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Stéphane Ravier : « Une campagne de terrain finit toujours par payer »

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Publié le

28 septembre 2020

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Stéphane Ravier a été réélu sénateur des Bouches-du-Rhône à une vingtaine de voix près. Le Marseillais a du aller chercher au terme d’une campagne de terrain, deux cent grands électeurs en plus des cent quarante de son propre parti. Au delà de cet exploit individuel rendu possible par la petite proportionnelle dans sa circonscription, le fait que le RN ait un seul sénateur sur 350 est préoccupant démocratiquement. Entretien.

Peut-on qualifier votre réélection d’exploit compte-tenu du contexte ?

Presque ! En tous cas c’était très loin d’être gagné et nombreux étaient les observateurs qui m’avaient déjà enterré. C’est une très belle performance puisque nous disposions de moitié moins de grands électeurs qu’en 2014. Nous n’en avions que 140, et nous avons trouvé 204 grands électeurs supplémentaires pour gagner ce septième siège. Selon nos calculs, ce gain s’est fait en défaveur de la République en marche, à qui nous coupons l‘herbe sous le pied pour une vingtaine de voix. Chaque voix compte, et une campagne de terrain finit toujours par payer.

Où étaient vos réserves de voix ?

Chez des grands électeurs attachés aux réalités. Des élus qui ne sont sous le coup d’aucune menace ou pression de qui que ce soit. Les 119 maires des Bouches-du-Rhône sont tous plus ou moins sous la menace du double chéquier de la présidente de la métropole et du conseil municipal, qui est la même personne : Martine Vassal. Elle soutenait, bien sûr, la liste de monsieur Boré. Nombreux sont d’ailleurs les élus de droite qui m’ont fait part de leur ras-le-bol de cette pression permanente du cabinet de madame Vassal, qui appelle pour conseiller de voter pour telle ou telle personne, y compris lorsqu’il s’agit de la présidence d’un syndicat d’arrosage. Mais dans les petites communes, hors Marseille, Istres ou Aix (même si Aix est un cas particulier), les équipes sont faites de gens de bonne volonté qui veulent agir pour leur commune, et qui sont des hommes et des femmes libres. Ils n’ont pas de comptes à rendre à madame Vassal ni à qui que ce soit. Ils sont touchés au quotidien par les conséquences de la politique nationale, en matière de baisse des dotations financières, d’hyperfiscalité, d’immigration massive, d’insécurité, etc.

Nombreux sont d’ailleurs les élus de droite qui m’ont fait part de leur ras-le-bol d’être sous pression permanente du cabinet de madame Vassal, qui appelle pour conseiller de voter pour telle ou telle personne, y compris lorsqu’il s’agit de la présidence d’un syndicat d’arrosage

À ce propos, est-ce sur des thèmes de portée nationale que vous avez fait campagne pour convaincre les grands électeurs ?

J’ai un peu parlé de la réalité la plus crue : du terrorisme islamiste, qui est la conséquence du communautarisme, qui est la conséquence de l’immigration massive, de l’idéologie de l’immigration massive qui est portée aujourd’hui tant par la droite que par la gauche. Je leur ai rappelé que je fais partie de ceux qui en parlent depuis longtemps, y compris au Sénat. Mais je leur ai aussi fait connaître mon travail de sénateur au service des réalités locales. Je pense que ce qui a aussi marqué, c’est ma proposition de loi contre la loi idéologique par excellence, et qui va à l’encontre des réalités des territoires, la loi SRU. Je leur ai fait savoir que j’ai proposé de modifier en profondeur cette loi qui veut qu’à partir de 3 500 d’habitants, vous devez avoir entre 20 et 25% de logements sociaux. Alors que les maires, tant de droite que de gauche, ont des adjoints à l’urbanisme et aux finances qui leur disent soit qu’ils n’ont pas le foncier, soit qu’ils n’ont pas la demande, soit qu’ils n’ont pas les moyens, et ils sont considérés comme des délinquants s’ils ne le font pas. Ils sont taxés à hauteur de 100 000, 200 000 ou 50000€ ! Alors je leur ai démontré qu’avec de la volonté on peut se battre et faire une proposition de loi, en espérant que mes confrères aient le courage de me soutenir. Ça les a marqués de voir un sénateur proche de leurs préoccupations de tous les jours.

Plus que jamais, l’organisation des institutions se fait au détriment du RN : votre parti qui rassemble un tiers des votants a un sénateur sur 350. Et il se trouve que c’est la proportionnelle qui vous fait élire. Est-ce que l’ajustement des modes de scrutins va prendre de plus en plus de place dans le programme du RN ?

Moi qui commence à être un historique du RN, je me félicite que la question de la proportionnelle soit un point que nous portions depuis longtemps. Nous en avons parlé avec les grands électeurs : lorsque je me présentais et que j’indiquais être le seul sénateur RN, ils ne comprenaient pas cette injustice. Avec autant de voix, n’avoir qu’un seul sénateur et sept députés est une escroquerie. Même si dans les Bouches-du-Rhône, il y a une sorte de proportionnelle. Certains ont eu le réflexe de me dire qu’il faut une majorité stable pour pouvoir gouverner. Je leur rappelais que seule la France subissait ce système-là. La France, qui donne des leçons de démocratie à la terre entière ! Il paraît qu’il faut copier les Allemands : mais en Allemagne, madame Merkel est élue depuis longtemps à la proportionnelle, et ça ne l’empêche pas l’existence de gouvernements faisant des majorités à droite à gauche en fonction des projets. En France, les élus n’ont pas envie de se remettre en question : ça demanderait de se mettre au travail et de prendre les avis de tous. C’est une nécessité absolue si l’on veut que les électeurs retournent aux isoloirs.

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Sur quels axes allez-vous vous concentrer vos efforts pendant ces six ans ?

Sur la ligne qui a été la mienne et qui est on ne peut plus souhaitée par les élus locaux qui se sentent abandonnés par les élus de Paris. Les dotations se réduisent comme peau de chagrin : il y a même une commune des Bouches-du-Rhône qui est en dotation négative, c’est à dire qu’elle donne de l’argent à l’État ! [Les-Baux-de-Provence, une commune qui n’a que trois cents habitants à l’année mais est visitée par un million de touristes en été, Ndlr]. Des élus qui se plient en quatre par passion, par amour de leur commune, mais qui sont de plus en plus sous pression par manque de moyens financiers, et aussi par le retrait des prérogatives via la métropole. Si j’ai reçu le soutien de grands électeurs, c’est aussi parce qu’ils m’ont entendu combattre la métropole marseillaise, moi le Marseillais ! La Métropole a ponctionné les prérogatives jusqu’à s’occuper des cimetières, des piscines, de la voirie ! Les maires et leurs équipes ont été dépossédés de leurs moyens et prérogatives par l’État et par Marseille.  Ils ont pu constater que j’ai tenu mes engagements de 2014.

Propos recueillis par Louis Lecomte

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