Skip to content

Stéphane Simon : écran total

Par

Publié le

18 mai 2020

Partage

De bons moments, mais un ennui profond et l’envie impatiente d’en finir avec l’adolescence. » C’est clair, net et précis, ce que Stéphane Simon retient de son enfance, partagée entre une vie à Nantes et des vacances lénifiantes en Vendée. C’est dit sans amertume aucune, et avec une certaine tendresse dans la voix.
ss-1

Ses parent étaient tous deux dans l’enseignement, lecteurs assidus de Libération, et même ancien du PCF pour son père soixantuitard. Ils lui ont fait deux cadeaux : des conversations sans fin, et une très grande liberté. Il mettait cette dernière à profit en s’investissant dans son groupe de rock nommé S3 , pour les trois Stéphane qui le composaient. Dans les soirées nantaises, qui n’ont manifestement pas trop changé depuis, il passait de la funk ou de la coldwave, pour se faire déhancher Pascal Praud et Éric Brunet qu’il fréquentait sans se douter de leur avenir.

Lire aussi : [ PORTRAIT ] Blanche Streb : vitale

Mais puisque Joy division ne fait des concerts qu’à Paris, et parce qu’il lui tardait de travailler, direction l’École supérieure de journalisme de Paris. Nous sommes en 1989. Pèlerin magazine lui propose une embauche à la fin de son stage de première année. Tant pis pour les deux suivantes, il signe. Avec l’argent gagné en trois mois, il part pour le Népal et l’Inde d’où il pige par fax pour L’Avancée médicale, Automobile magazine, Le Journal du dimanche et Libération. Dix kilos en moins et une dengue plus tard, il délaisse le Gange pour la Seine. La promiscuité quasi absolue, l’extrême misère : le chapitre indien de son roman initiatique ne lui laisse pas un souvenir très agréable, mais renforce sa détermination.

Le rédacteur en chef Monde de Libé lui fait une offre ; désireux de devenir meilleur avant d’intégrer Libé par égard envers son père, Stéphane Simon part pour France-Soir. Sans regret a posteriori devant l’écroulement du niveau de ce quotidien. Lui nous dira « affaiblissement ». Pudique, mais c’est un homme de télé : son ton en a dit plus que son mot. Huit ans plus tard, où TF1 lui propose un poste de rédacteur en chef. Une proposition qu’on ne peut pas refuser. L’occasion de découvrir la chaîne alimentaire de l’écran : « Participer aux arbitrages financiers, au choix du rédacteur en chef… Ceux qui décident dans une émission, c’est le producteur et l’animateur ». Il sera producteur, reste à trouver l’animateur.

Il sera producteur, reste à trouver l’animateur. Un peu plus tôt, pour une pige destinée au magazine Paris nuit, il avait interviewé Thierry Ardisson au Bristol. Banco: en 1993, ce dernier lui confie la rédaction en chef d’Entrevue

Un peu plus tôt, pour une pige destinée au magazine Paris nuit, il avait interviewé Thierry Ardisson au Bristol. Banco : en 1993, ce dernier lui confie la rédaction en chef d’Entrevue, son magazine orienté critique télé pour lecteur masculins. Avec sa société TéléParis dont Ardisson possède 49 %, il va créer quatre-vingt-deux émissions originales. Certaines sont devenues mythiques : « Rive droite rive gauche », « Paris dernière », « Salut les terriens », « 93 faubourg Saint-Honoré », « Polonium ». Il a aussi produit Les Molières… Las : « Tout les patrons de chaîne ont fait le calcul de la part d’audience. Or, comment en gagner ? En faisant de la facilité, en flattant le bas-instinct. Ça a bâti des fortunes individuelles, mais une télévision qui baisse en qualité, c’est une perte pour le collectif ».

La télévision est mangée par le web, écroulée sur elle-même par la pesanteur de ses codes et la médiocrité de son contenu. Stéphane Simon a l’idée de créer un écosystème de petites web-télés : Michel Onfray, Gilles-William Goldnadel, Réac-and-roll pour Causeur, Komodo avec Aymeric Caron pour parler antispécisme, ou Tellement soif pour parler vins. L’idée, c’est de substituer à une grande audience un cumul de plusieurs petites audiences. Stéphane Simon produit également du spectacle vivant via sa boîte Red velvet, notamment David Azencot, Jeremstar, ou encore la pièce de théâtre 10 ans après, avec Bruno Solo. Le personnage n’est pas dénué d’une certaine habileté. Pour survivre dans le monde de la télé, il faut des appuis. Or, Stéphane Simon n’a jamais trop grenouillé dans les cercles de pourvoir.

Lire aussi : Culture : L’exception contre la série

Peut-être ses lectures donneront une petite idée de ses convictions : les intégrales de Marcel Aymé, Cioran et Becket, beaucoup de Céline, de Ionesco… et plusieurs éditions des Voyages de Gulliver dont une de 1822. Et quelques Blondin, dont il rencontra l’auteur « carbonisé par l’alcool » peu avant qu’il ne meure. Il franchit cependant le Rubicon en lançant cette année un trimestriel et un site (frontpopulaire.fr) en compagnie du « philosophe » autour des souverainismes : « Je crois que c’est facile à comprendre ; chacun à le droit de vouloir être souverain chez soi ; quand on achète un appartement, on n’a pas envie que ce soit le voisin d’à-côté ou le syndic qui décide à votre place de la déco et des meubles. C’est aussi simple sur le plan politique ». On peut néanmoins demeurer circonspect devant la tête de gondole. Ce bon-vivant traîne ses guêtres chez les bouquinistes à la recherche d’éditions rares, et chez les cavistes à la recherche de bouteilles qui le sont tout autant. Il se repose en contemplant sa collection d’art pré-colombien, qui lui rappelle que de grandes civilisations ont été mortelles. C’est de circonstance.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest