Quel regard portez-vous sur l’explosion des suicides dans la police ? Le ministre de l’Intérieur a récemment déclaré que les causes étaient personnelles : « L’essentiel des suicides avait un lien direct avec la vie personnelle et non pas professionnelle de ces personnes ». Est-ce bien le cas ?
Depuis le début de l’année, il y a déjà eu dix suicides dans la police, soit près de deux par semaine. Ce chiffre est absolument énorme, et il me fait beaucoup de peine. Évidemment, il y a dans certains cas des motivations personnelles que l’on ne peut pas commenter. Mais il existe aussi des motifs professionnels qu’il ne faut pas taire. Les policiers sont en prise avec tous les malheurs du monde, et ces faits divers poussent parfois certains policiers à ces situations ultimes et malheureuses.
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Comment expliquer ces suicides, du mois pour leur ressort professionnel ?
Les raisons sont très diverses. Il y a d’abord la question de l’affectation : nous avons des gens qui viennent de toute la France, souvent de Provence, et qui sont affectés dans des zones sensibles comme Aulnay-sous-Bois. Ils y découvrent un monde qui leur est complètement inconnu et tombent de haut, ce qui alimente leur malaise. Ils doivent ensuite se loger dans des conditions déplorables puisque l’administration ne fait pas grand-chose pour le bien-être des policiers en dehors du service. Les nouvelles générations sont plus égocentriques et communiquent moins. Ajoutons une forte pression hiérarchique dans plusieurs services, et aussi une pression politique.
Les policiers ne voient plus de sens à leur travail. Ils sont sanctionnés lorsqu’ils effectuent leurs tâches de manière assidue. Nous sommes dans une époque où la justice est davantage rendue par les médias que par la justice. Je peux comprendre certains officiers qui demandent à leur équipe de prendre un peu de recul. Intervenir dans une cité pour des poubelles en feu ou pour interpeller un individu que nous avons identifié peut déclencher un caillassage, quand ce n’est pas pire. Le policier usant de sa légitime défense pourrait éborgner un malfaiteur, et ainsi risquer la suspension. Une photo prise lors d’une intervention et sortie de son contexte pourrait surgir sur les réseaux et entraîner un lynchage médiatique.
La hiérarchie devrait faire son travail en soutenant les policiers quand quelque chose se passe mal, et en évitant les suspensions immédiates pour faire plaisir aux politiques et à l’opinion publique
Il y a aussi la question des conditions de travail des policiers.
Effectivement. Elles sont extrêmement difficiles. Lorsque les policiers sont sur la voie publique, leurs moyens de travail sont minables. Les locaux sont délabrés. Les collègues en charge des plaintes ne disposent pas des outils nécessaires pour les gérer convenablement.
Y a-t-il des tests psychologiques lors du recrutement des policiers ? Existe-t-il un suivi psychologique au sein de la profession ? Gérald Darmanin a annoncé le recrutement d’une vingtaine de psychologues pour prévenir des suicides. Cette démarche est-elle suffisante ?
En ce qui concerne le recrutement, il y a des tests psychotechniques sous forme de QCM, un examen bref dans le cadre d’entretien. Nous ne sommes absolument pas en capacité de déterminer que certains individus sont plus faibles ou non que d’autres. Au sein de la police ensuite, il existe un suivi psychologique, mais les psychologues ne sont pas suffisamment nombreux, et ils interviennent souvent quand le mal est fait. La mesure annoncée par Gérald Darmanin n’est pas suffisante.
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Quelles mesures pourraient être prises pour endiguer le phénomène ? Le recrutement de plus de policiers réclamé par beaucoup serait-il une option efficace ?
La hiérarchie devrait arrêter de se focaliser sur les supérieurs pour se pencher davantage sur les effectifs. Je crois beaucoup à la discussion régulière avec les collègues. Je souhaiterais les recevoir autrement que via des fiches que l’on nous a données, pour développer des relations plus humaines. Par ailleurs, il faudrait davantage sécuriser les policiers en évitant qu’ils soient poursuivis pour de mauvaises raisons. La hiérarchie devrait faire son travail en soutenant les policiers quand quelque chose se passe mal, et en évitant les suspensions immédiates pour faire plaisir aux politiques et à l’opinion publique. Toujours en ce qui concerne la hiérarchie, plutôt que d’individus écrivant de belles notes sur la délinquance des quartiers, il nous faudrait des leaders qui savent parler aux équipes. Le recrutement de plus d’effectifs ne diminuera pas le taux de suicide car recruter beaucoup, c’est moins sélectionner et donc laisser passer certaines choses qui ne devraient pas passer. Au contraire, le recrutement devrait être affiné. Le soutien de l’opinion et des politiques aux policiers est un élément fondamental.
Qu’avez-vous pensé de l’échange entre Jean-Luc Mélenchon et Yannick Landurain, policier de la Bac du 93, dans « Face à Baba » ?
L’attitude de monsieur Mélenchon est tout simplement honteuse. Malgré mon respect pour les hommes politique, je dois admettre que le comportement de Jean-Luc Mélenchon est du niveau de Kim Kong-un ou de Nicolas Maduro. D’un point de vue global, ces histoires de manifestants éborgnés ne sont pas à prendre à la légère. Le tout s’est déroulé dans le cadre de manifestations très violentes où les policiers ont été acculés. Les gardiens de la paix sont respectueux des ordres et ils sont là pour faire respecter la légalité républicaine, non pour faire plaisir au président de la République. Jean-Luc Mélenchon les a insultés en les faisant passer pour des agents de torture, c’est scandaleux de la part d’un candidat à la présidentielle.





