Comment avez-vous accueilli la nouvelle de l’interdiction d’ouverture des librairies en France ?
Évidemment sans surprise, nous nous attendions depuis le mois de juin à un nouveau confinement, les indices commençaient à pulluler de la part du gouvernement. Ce qui nous choque le plus, c’est l’absence de bon sens totale dans cette histoire. Les librairies demandaient la réouverture pour concurrence abusive face aux supermarchés, le gouvernement ferme les rayons de livres de ces derniers et laisse ainsi le champ libre à Amazon. Plus besoin de siéger dans les conseils administratifs pour développer ces entreprises désormais. Jean Castex doit à tout prix se réveiller, il en va de la survie du pays profond !
En ce début de confinement, comment vous organisez-vous pour poursuivre autant que faire se peut votre activité ?
Nous avons opté pour des permanences de 10h à 13h, puis de 15h à 18h pour permettre aux gens de venir chercher leurs livres préalablement commandés sur le site. Les retraits en magasin permettent l’économie des frais de port à nos clients. Pour ceux qui sont plus éloignés, il y a les commandes en ligne avec livraison, France et pays étrangers. Nous avons beaucoup de commandes qui viennent du Canada notamment. Les commandes continuent donc, mais notre chiffre sera impacté sensiblement par cette crise.
Nous avons aussi mis en place des chèques cadeau et bons d’achat de 10 à 200 euros pour les gens qui souhaiteraient nous soutenir durant cette période et venir récupérer les livres qu’ils souhaitent plus tard, à leur rythme. Tout cela est disponible sur notre site www.lesdeuxcites.fr et nous prenons aussi les commandes particulières au 03.83.20.61.47. L’on peut également directement me contacter sur sylvain.durain@lesdeuxcites.fr.
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Dans quelle mesure votre modèle économique est-il touché par cette interdiction d’ouverture ?
Nous nous attendons à 20 % maximum de notre chiffre d’affaire prévisionnel, ce qui impactera grandement notre avenir, sauf si les lecteurs prennent le pas de soutenir les commerces comme le nôtre par le retrait en magasin ou la commande sur internet.
Pour ne pas faire de la concurrence aux petites librairies, le gouvernement a interdit aux grandes surfaces de vendre des livres, laissant par-là la voie grande ouverte aux géants comme Amazon. Quel est votre sentiment face à tant d’incohérences ?
Comme dit précédemment, cela mène aux thèses les plus complotistes qui puissent exister. Un peu de bon sens de la part du gouvernement remettrait le peuple dans l’idée que nos élites travaillent pour lui, ce qui devrait être la base de la démocratie. Travailler pour Amazon contre les librairies alors que nous sommes le grand pays de la culture et d’écrivains, c’est scandaleux. Cela doit cesser. Quand vous commandez sur Amazon, vous achetez un prix, alors que quand vous vous rendez dans une librairie vous faites vivre le lien social, vous bénéficiez des conseils du libraire qui peut vous faire découvrir un ouvrage inconnu de vous. Acheter sur Amazon, c’est tuer les librairies, mais aussi les maisons d’édition et les auteurs. Cela mène à une baisse générale du niveau des livres qui sont de plus en plus écrits à la va vite pour des besoins de rapidité et de baisse de coût.
Quand vous commandez sur Amazon, vous achetez un prix, lors que quand vous vous rendez dans une librairie vous faites vivre le lien social, vous bénéficiez des conseils du libraire qui peut vous faire découvrir un ouvrage inconnu de vous
Face à la grogne générale, espérez-vous que la position du gouvernement évolue ces prochains jours ?
Je le crois oui. Nous devons à tout prix réouvrir avant le 15 novembre, le gouvernement gardera la face et craquera face au pays réel. Il le faut, donc j’y crois. Dans le cas contraire, cela serait vécu comme une provocation de plus pour les petits commerçants du quotidien. L’image renvoyée à l’internationale serait désastreuse, l’on peut imaginer des révoltes, certains maires font d’ailleurs un travail exceptionnel en ce moment. La « gilet jaunisation » des maires contre l’État jacobin me semble une avancée intéressante pour notre survie.
N’est-il pas problématique que la France, pays de littérature et de lettres par excellence, puisse ne pas considérer les livres comme un élément essentiel dans la vie de nos compatriotes ?
C’est contradictoire avec leur volonté d’opposer la liberté d’expression face à l’islamisme. Si cette liberté d’expression n’est pas appuyée sur les livres et les grands auteurs, alors elle pourra servir les pires atrocités. En France, nous savons depuis des siècles que l’être humain se nourrit de pain, mais a besoin aussi d’une nourriture spirituelle, quelque chose qui l’élève de sa condition de mortelle. Nous nous appelons « Les Deux Cités » en référence à Saint Augustin qui mettait en avant la Cité Céleste face à la Cité terrestre. Si nous ne pouvons plus sauver nos mois, qu’ils nous laissent au moins sauver nos âmes. Rouvrons les librairies et les églises !
Propos recueillis par Rémi Carlu





