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Syrie : valse avec Bachar

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Publié le

7 février 2018

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bachar

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La realpolitik serait-elle de retour? En la matière, Emmanuel Macron semble avoir pris le taureau par les cornes et avoir renversé la vapeur, après le mandat calamiteux de François Hollande. Son implication mesurée dans le dossier syrien en témoigne.

 

« Khrouchtchev, au moins, il est drôle. » C’est en ces termes curieux que le général de Gaulle évoquait le dirigeant soviétique lors d’une visite de l’exprésident Eisenhower à l’Élysée. En 1962, pourtant, le Secrétaire général du Parti Communiste d’Union Sovié- tique était le diable. Certes, ce n’était pas Staline (avec qui pourtant tous les Alliés parlèrent à partir de 1941), mais pour le Général, la politique devant s’accommoder des réalités, il était de toute façon indispensable de parler avec les dirigeants soviétiques.

Après sept ans de conflit syrien, véritable casse-tête pour les analystes en même temps que vaste cimetière des prophéties, injonctions et surtout gesticulations françaises, Emmanuel Macron a jeté un pavé dans la mare des néoconservateurs français. « Le vrai aggiornamento que j’ai fait sur ce sujet, c’est que je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout », déclarait-il dans un entretien à huit quotidiens européens le 21 juin 2017. Quant à Bachar-el-Assad, le président français ajoutait: « Personne ne m’a présenté son successeur légitime. »

 

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Le 17 décembre, sur France 2, Emmanuel Macron, tout en estimant que le dirigeant syrien méritait d’être traduit en justice, expliquait qu’à court terme, « Bachar-el-Assad sera là […] donc on ne peut pas dire qu’on ne veut pas parler avec lui ou ses représentants ».

Ces prises de position nouvelles de la part de la France ont déclenché la fureur de la « secte », comme l’a surnommée le journaliste Vincent Jauvert dont la contre-offensive ne s’est pas fait attendre : « Dans ces conditions, il peut sembler étrange que M. Macron, dans son interview du 17 décembre, paraisse préparer la voie d’une normalisation avec le régime syrien […]. En quoi les intérêts et les valeurs de la France seraient mieux défendus? […] On peut craindre que sur la Syrie, le président Macron se trompe de diagnostic et qu’il ait donc du mal à définir une stratégie pertinente », ripostait dès le 21 décembre Michel Duclos, ancien diplomate, dans une note pour l’institut Montaigne.

 

Une tendance lourde

 

Qu’on ne se méprenne pas: il s’agit d’une vraie bataille au sommet, entre ceux, majoritairement représentés au Quai d’Orsay, partisan d’une ligne dure et douce à la fois (le recours à la force et « en même temps » la promotion des valeurs démocratiques), et d’autre part les conseillers et visiteurs du soir de l’Élysée, comme Dominique de Villepin, Jean-Pierre Chevènement ou Hubert Védrine qui semblent avoir l’oreille d’Emmanuel Macron sur le sujet. Il est assez cocasse au passage de voir que le dernier d’entre eux, homme de gauche, blanchi sous le harnais de la politique internationale pour avoir traversé les crises majeures de la fin du XXe siècle, soit devenu la bête noire des tenants de l’« irrealpolitik », qui n’hésitent pas à l’affubler des sobriquets éculés de « facho » et de ringard.

JeanPierre Filiu, qui avait, lui, l’oreille de François Hollande et de Laurent Fabius et qui fut en partie à l’origine du fiasco de la politique française sur le dossier, dans un exercice d’équilibriste dont il a le secret, se répandait au début de l’année 2018 sur toutes les radios de service public en martelant sans rire : « Face à Assad, la morale est une arme stratégique. » Les valeurs, le refus de la « realpolitik », tous les ingrédients qui ont fait de la France un acteur passif et médusé des printemps arabes depuis 2010 ont encore de chauds partisans au plus haut sommet de l’État, capables de prouver encore qu’ils avaient raison dès le début.

A défaut d’un enthousiasme délirant pour sa personne, la population syrienne reste dans son écrasante majorité attachée à l’État syrien

En réalité, l’inflexion donnée par Emmanuel Macron semble correspondre à une tendance lourde. Car Bacharel-Assad est toujours là. Toutes les enquêtes de terrain montrent qu’à défaut d’un enthousiasme délirant pour sa personne, la population syrienne reste dans son écrasante majorité attachée à l’ordre précaire que garantit l’État syrien. Cet ordre, qu’on le veuille ou non, c’est Bachar-el-Assad qui l’incarne. C’était ignorer complètement le contexte moyen-oriental que de penser faire de sa personne un préalable à tout règlement politique de la crise.

En politique, c’est le rapport de force qui compte et c’est précisément parce que le président syrien est un acteur de ce rapport de force que sa légitimité est réelle, certes parmi ses partisans mais aussi auprès de ses ennemis. Vladimir Poutine, en invitant par surprise le président syrien à Sotchi le 20 novembre dernier, a clairement fait passer le message : le départ d’Assad ne dépendra que de Moscou et les Russes ne sont pas pressés. Il est vraisemblable que Bachar-el-Assad ira au moins jusqu’à la fin de son mandat qui court jusqu’en 2021, et que la question de son départ ne se posera qu’à ce moment-là. Et encore : la Constitution actuelle l’autorise à se représenter pour un dernier mandat de sept ans, soit jusqu’en 2028…

 

Lire aussi : Libye, vers un début  de retour au réel ?

 

En attendant, Emmanuel Macron pense que la France doit prendre position dans les arbitrages internationaux sur le dossier syrien. Profitant du trou d’air américain dans la région, soucieux de restaurer l’influence française dans le monde, Macron sait pourtant que la marge de manœuvre de la France est étroite. Parler à Assad n’est pas pour demain, mais le tabou a été brisé, et le président français a pris des risques. Bachar-el-Assad lui a d’ailleurs rendu un fier service en répliquant fin décembre 2017 que « la France a été le porte-étendard du soutien au terrorisme en Syrie dès les premiers jours » et qu’elle ne devait pas avoir voix au chapitre.

Au fond, pour qui est familier de l’histoire diplomatique entre Paris et Damas depuis quarante ans, nous voilà revenus à des relations presque normales, mélange subtil de provocations, d’insultes et d’attirance irrépressible l’un pour l’autre. En somme, derrière les simagrées, la voie est libre pour une reprise du dialogue.

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