L’Allemagne a voté contre la reconnaissance du nucléaire dans la « taxonomie » verte européenne. Le ministre de l’Économie et du Climat Robert Habeck a justifié sa position : «?En tant que gouvernement fédéral, nous avons une fois de plus clairement exprimé notre rejet de l’inclusion de l’énergie nucléaire. Elle est risquée et coûteuse ». Cette position est un coup très dur porté à la France qui souhaitait bénéficier d’une reconnaissance dans le cadre du Green Deal. Le Green Deal a pour objectif de faire de l’Europe le premier continent neutre en carbone à l’horizon 2050. Pour se faire, 1 000 milliards d’euros sont prévus pour aider les projets entrant dans les critères du projet écologique, d’où l’intérêt français.
Cette décision allemande est d’autant plus difficile à encaisser pour la France qu’Emmanuel Macron vient d’annoncer la création de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR d’ici 2050. Huit autres sont envisagés ainsi que plusieurs petits réacteurs. Pour ce faire, le président compte déployer des « financements publics massifs de plusieurs dizaines de milliards d’euros ». D’où l’importance économique cruciale pour la France que le nucléaire figure au sein de la taxonomie.
Le positionnement français se trouve entre autre soutenu par un rapport du 26 mars 2021 du Centre commun de recherche commandé par la Commission européenne qui avait estimé que ses analyses « ne révèlent pas de preuve scientifique que l’énergie nucléaire serait plus dommageable pour la santé ou pour l’environnement que d’autres modes de production d’électricité déjà inclus dans la taxonomie ». La voix allemande est pourtant catégorique, son intérêt étant de limiter le nombre de bénéficiaires de l’enveloppe. D’où ce bras de fer avec la France et neuf autres pays européens dont la Pologne et la Hongrie.
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Sans nucléaire, pas d’indépendance énergétique
L’opposition allemande est d’autant plus scandaleuse dans le contexte actuel, alors que la guerre ukrainienne démontre les problèmes d’une forte dépendance énergétique au reste du monde, et notamment de la Russie. Depuis 2020, les Russes sont les premiers exportateurs de gaz naturel avec 22,6 % des exportations nettes mondiales et les deuxièmes exportateurs de pétrole brut avec 13,2% des exportations nettes mondiales (ce qui devrait changer avec les embargos posés par l’UE et les États-Unis contre la Russie).
Et en matière de dépendance, nos voisins sont de très mauvais élèves. 70% des besoins en énergie de l’Allemagne en 2020 sont couverts par les importations. Certes, face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie cette année, Robert Habeck, a déclaré le 25 mars 2022 que la part des importations russes « aura probablement diminué de moitié d’ici le milieu de l’année. Nous visons une quasi-indépendance à la fin de l’année ». La dépendance de l’Allemagne au gaz russe aurait été abaissée de 55% à 40%. L’Allemagne espère la réduire à 30% à la fin de 2022, et cela en construisant de nouveaux terminaux de GNL. Robert Habeck considère qu’« il sera possible de devenir indépendant d’ici la mi-2024 ». On a hâte de découvrir sa recette de l’indépendance sans recourir au nucléaire.
La France fait à l’inverse figure de bon élève : elle dépendrait à moins de 25% du pétrole russe et moins de 17% du gaz russe. Et cela, mine de rien, grâce à l’énergie nucléaire : celle-ci représente 40% de notre bouquet énergétique, contre 28 % de pétrole, 16 % de gaz naturel, 14 % d’énergies renouvelables et déchets et 2 % de charbon. Comment ne pas deviner ici la tentation allemande de jalouser la France pour son autonomie ?
Cette position allemande est en définitive un réel coup de poignard dans le dos de la France, qui est la deuxième puissance nucléaire mondiale derrière les États-Unis
L’Allemagne contre le climat
Dans les objectifs du Green Deal, il est essentiellement question de réduire les émissions de CO2. La déclaration allemande va donc à contre-courant d’une décision rationnelle reconnaissant l’émission délirante de CO2 de ses sources d’énergies !
Ainsi que le montre l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), le nucléaire est de très loin la meilleure solution face à la pollution carbone avec 0,006 kgCO2e/kWh. Sans être une solution miracle car il consomme beaucoup d’eau, le nucléaire reste donc une solution très intéressante. Le gaz allemand est plus propre que le nucléaire français, mais le charbon très utilisé par les Allemands (plus de 20% de l’énergie primaire consommée, près de 30% dans la production d’électricité) constitue l’une des pires alternatives (1,06 kgCO2e/kWh). En plus de jouer contre la France, l’Allemagne joue donc contre le climat.
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Le couple franco-allemand n’existe pas
Cette position allemande est en définitive un réel coup de poignard dans le dos de la France, qui est la deuxième puissance nucléaire mondiale derrière les États-Unis. Ce genre de décision anti-française n’est pas nouveau de la part de l’Allemagne, signe d’une unité européenne fort relative.
Récemment, après avoir choisi de réarmer, les Allemands ont décidé de commander des avions de combat américains F-35 plutôt que de se tourner vers le Rafale français, ce qui est contraire à toute volonté d’une Europe de la défense. En fine négociatrice, l’Allemagne a par ailleurs réussi à récupérer le moteur Vinci d’Ariane 6 élaboré par la France pour des dizaines de milliards d’euros. Au travers d’une campagne de dénigrement, ils avaient par ailleurs participé à casser le « contrat du siècle » entre la France et l’Australie pour la vente des sous-marins Aukus. Dès le lendemain, ils présentaient un projet d’accord aérospatial avec l’Australie.





