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[Cinéma] The Northman : échec et mat

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Publié le

11 mai 2022

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Robert Eggers, le nouveau petit malin du cinéma américain arty et inodore, revient avec une épouvantable fresque viking étalonnée en bleu, parce que ça fait « nord ». Temps ressenti : 8 heures.
The Nprthman

Propulsé « auteur » en deux films moyens qui ont jeté de la poudre aux yeux des lecteurs de Ciné Live et de Première, Robert Eggers incarne à merveille cette nouvelle vague de réalisateurs surcotés qui fait mouiller la cinéphilie d’aujourd’hui. Une cinéphilie aveugle, amnésique et capable de s’emballer pour le moindre gugus qui cite vaguement Tarkovski entre deux plans à la steady cam. Annoncé comme l’alpha et l’oméga du film de viking ce Northman ennuyeux et boursoufflé se voudrait sans doute comme une sorte de trip régressif ultime, quelque part entre Conan le Barbare et Thorgal. Las, faute de la moindre idée de mise en scène et d’une direction artistique paresseuse qui lorgne vers le feuilleton de luxe tristoune à la Games of Thrones et autres Witcher, le film ressemble plus à un jeu vidéo « triple A », dont la grammaire cinématographique se résume à coller ensemble d’interminables plans séquences censés déployer un univers immersif… et qui ne font que montrer, si besoin était, la facticité totale du dispositif. Le film est d’autant plus vain qu’à aucun moment il ne choisit ce qu’il est, la faute à un scénario oscillant constamment entre la fable héroïque et le réalisme guindé, affublé d’une violence cache-misère et de béances narratives qui achèvent de vous désolidariser complètement du sort de ses tristes pantins.

Lire aussi : La colline où rugissent les lionnes : pétard mouillé

Persuadé d’être un grand cinéaste, Eggers oublie même d’être fun : ce qui aurait pu donner lieu à une série B jouissive et cathartique ne sera au final qu’un épouvantable pensum étouffé par son manque total de second degré, qui confine au grotesque lors de plusieurs séquences nanardesques filmées avec un indécrottable sérieux. Mention spécial à l’apparition ridicule de Björk en pythie nordique digne d’un Roger Corman et à une hideuse Walkyrie en presque full-CGI qui nous ferait regretter les dieux égyptiens d’Alex Proyas (eux moins étaient rigolos). Quant aux acteurs, ils moulinent à vide dans cette pâte numérique bleuâtre : Alexander Skarsgård affiche la même expression monolithique pendant deux heures et la bankable mais indolore Anya Taylor-Joy joue aux Femen scandinaves sans grande conviction. Seule Nicole Kidman tire son épingle du jeu en matriarche shakespearienne, lors d’une confrontation avec son fils qui constitue peut-être l’unique de moment de cinéma du métrage. C’est un peu court. Après deux heures éprouvantes qui en paraissent 8, gentil et méchant viking s’affrontent devant un volcan dans ce qui ressemble à une mauvaise redite du duel final de la Revanche des Sith. C’est dire.


The Northman (2h17) de Robert Eggers, Alexander Skarsgård, Nicole Kidman, Claes Bang, en salle le 11 mai.

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