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Thierry Mariani : « La direction des Républicains joue un double-jeu flagrant »

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Publié le

4 mai 2021

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Dimanche, dans le cadre des élections régionales en Provence-Alpes-Côte d’Azur, le Premier ministre Jean Castex a annoncé le soutien officiel de LREM à la liste LR de Renaud Muselier, depuis remaniée pour intégrer des membres de la majorité. Les Républicains lui ont immédiatement retiré l’investiture du parti et se réunissent ce mardi en réunion de crise. Pour Thierry Mariani, tête de liste du Rassemblement national dans la région, il s’agit d’un double-jeu qui témoigne de la profonde scission au sein de LR. Entretien.
Mariani

Dimanche, LREM a annoncé son soutien à Renaud Muselier en PACA. Comment avez-vous réagi à cette annonce ?

C’est incompréhensible et cela restera dans les annales. Mercredi sur le plateau de BFM TV, monsieur Muselier explique qu’en aucun cas il n’y aura des accords d’appareils. Dimanche par le JDD, on apprend par la voix du Premier ministre qu’il a le soutien d’En Marche et que les listes fusionnent. Et ensuite que les noms qui doivent figurer sur la liste en PACA ont été donnés directement par l’Élysée ! En matière de revirement de position en quatre jours, c’est assez radical ! La situation est désormais très claire : la liste de Renaud Muselier est la liste d’En Marche. Christian Jacob lui a retiré l’investiture, dans un communiqué très ambiguë d’ailleurs : en six lignes, il est dit à deux reprises qu’il ne doit pas y avoir d’accord au premier tour, or le préciser signifie que tout est possible au second.

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La leçon, c’est que les Républicains continuent de lentement dériver vers En Marche. Certes, il y a eu quelques voix courageuses comme Eric Ciotti, Guillaume Peltier ou Nadine Morano qui ont fait pression. La situation n’en reste pas moins hypocrite. Hypocrite parce que la liste qui se présentait de droite est aujourd’hui la liste d’En Marche. Hypocrite parce qu’ils ont retiré l’investiture mais que la liste reste constituée en grande partie par des élus LR. À une autre époque, quand des élus étaient sur une liste d’un parti concurrent, ils étaient immédiatement suspendus ou exclus. La direction des Républicains joue un double-jeu flagrant.

Précisément sur cette question, Bruno Le Maire a parlé d’un « acte de divorce définitif entre deux parties des Républicains irréconciliables ». Comment voyez-vous cela du point de vue du RN ?

Il ne faut jamais oublier que Les Républicains sont les héritiers de l’UMP, qui était la fusion de deux tendances : le RPR et l’UDF. Ce que dit Bruno Le Maire n’est que l’histoire de ce mouvement qui a mis ensemble des gens aux positions radicalement différentes. Aujourd’hui, il n’y a plus grand-chose qui sépare la branche historique du RPR – ou bonapartiste-gaulliste pour reprendre les travaux de René Rémond – avec le Rassemblement national.

Messieurs Estrosi, Falco et Muselier, qui sont les trois barons LR de cette région, ont fait le choix d’aller vers le pouvoir, en espérant pour au moins deux d’entre eux – c’est un secret de Polichinelle – être dans un futur gouvernement Macron

Nous avons des points communs de plus en plus évidents. Éric Ciotti l’a d’ailleurs reconnu : quand il dit que « ce qui nous différencie du RN, c’est notre capacité à gouverner », cela veut dire que plus grand-chose ne nous sépare. Le principal pour gouverner, c’est un peu de compétences et beaucoup de courage. Messieurs Estrosi, Falco et Muselier, qui sont les trois barons LR de cette région, ont fait le choix d’aller vers le pouvoir, en espérant pour au moins deux d’entre eux – c’est un secret de Polichinelle – être dans un futur gouvernement Macron.

Quel retentissement cette décision a-t-elle eu localement auprès des habitants ?

Il est peut-être un peu tôt pour le dire. Ce que je peux vous dire, c’est que j’étais avec des agriculteurs d’Avignon qui représentent l’électorat traditionnel de la droite, et qu’eux n’ont pas compris cette décision. Ou du moins, avec leur bon sens paysan, ils ont tout de suite compris les arrière-pensées politiciennes.

Espérez-vous que cette tentative de Front républicain anticipée incite une frange désabusée des électeurs LR à se tourner vers votre candidature ?

L’idée de Front républicain est dérisoire en soit, parce que la République n’est pas menacée par le RN. Quand des maires RN ont gagné des mairies, ils se sont en général fait réélire, ce qui prouve d’ailleurs que leurs promesses ont été tenues. Les rares qui n’ont pas été réélus se sont inclinés. Qui peut donc croire que Marine Le Pen veut prendre le pouvoir et le garder par la force ? Tout ça est tellement ridicule que plus personne n’y croit. En 1981, le dernier argument de défense de la droite contre Mitterrand était de dire que les chars soviétiques débarqueraient. C’était grotesque, personne n’y croyait et ça n’a pas marché. LREM et LR sont dans la même situation et c’est assez pathétique.

En privé, les messages de maires, de conseillers généraux voire même de parlementaires de la région sont nombreux depuis ce qu’a fait Muselier

Le message que nous adressons aux électeurs qui traditionnellement votaient LR est clair : c’est le RN qui aujourd’hui défend un vrai programme sur la sécurité, le respect de nos institutions et la lutte contre l’islamisme. Aux Républicains comme toujours, certains tiennent un discours ferme qui n’est jamais respecté une fois au pouvoir. Le meilleur exemple reste Sarkozy qui avait promis le karcher mais qui, comme je le dis sous forme de boutade, n’a jamais branché le tuyau.

Des élus LR vous ont-ils depuis rejoint ?

Ce que l’on ne mesure pas, c’est que toutes les villes sont enchevêtrées dans les intercommunalités et agglomérations, et les élus qui choisiraient de soutenir ouvertement le RN seraient immédiatement sanctionnés. Je cite souvent l’exemple des sénatoriales et de Stéphane Ravier. Sur le papier, il était annoncé battu à coup sûr. Il disait pourtant qu’il avait une chance d’être élu, car beaucoup d’élus de droite lui disaient qu’ils voteraient pour lui, sans pouvoir le dire publiquement de peur d’être sanctionnés dans l’intercommunalité. À la sortie, il a gagné en remontant près de 250 voix qui ne pouvaient venir principalement que de la droite classique.

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Tout cela pour dire que nous n’avons pas essayé de chercher des élus LR parce que l’on sait très bien que ce serait pour eux suicider les finances de leur commune. En privé cependant, les messages de maires, de conseillers généraux voire même de parlementaires de la région sont nombreux depuis ce qu’a fait Muselier.

Comment voyez-vous la suite de la campagne désormais : LR peut-il présenter une liste alternative ? Cela change-t-il quelque chose pour vous ?

Dès le début de la campagne, nous disions qu’il y avait deux listes En Marche : la liste officielle LREM de madame Cluzel et la liste cachée de monsieur Muselier. Voilà qui est plus que confirmé ! Les Républicains jouent un double jeu mais les électeurs ne seront pas dupes. Simplement, la situation s’accélère : nous pensions qu’il y en aurait deux au premier tour et une seule au deuxième ; les masques sont tombés et il n’en reste qu’une dès le premier tour. LR décidera-t-il de monter une deuxième liste ? Ils ont jusqu’au 17 mai pour le faire. S’ils le faisaient, ils donneraient une certaine crédibilité à leur position. S’ils ne le font pas, cela veut dire qu’ils veulent juste refaire le coup du barrage républicain ; que c’est donc un jeu de rôle où ils suspendent l’investiture sans retirer la qualité de membre pour mieux se ré-associer au second tour.

Dans cette région, j’ai été élu à tous les mandats ; j’ai été tête de liste à la demande de Nicolas Sarkozy et aujourd’hui à la demande du Rassemblement national. Les électeurs que je rencontre me disent qu’ils ont suivi le même parcours que moi, de LR au RN. Beaucoup d’électeurs considèrent que la droite est trop compromise, et que la seule véritable alternative est le RN.

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