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Thomas Belleil : « Nous sommes tous appelés à avoir une relation personnelle avec le Christ » (1/2)

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Publié le

2 décembre 2020

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Thomas Belleil, 24 ans, a grandi dans une famille catholique et vient de terminer des études en sciences religieuses à l’École Pratique des Hautes Études. Après un passage chez les évangéliques, il se consacre désormais à l’évangélisation de rue dans le cadre de la communauté catholique Aïn Karem. Son livre Mission possible tout juste publié aux éditions des Béatitudes fait le point sur ces diverses expériences et invite les catholiques à annoncer le Christ au monde d’aujourd’hui. Entretien (1/2).

Pourquoi est-ce si dur d’évangéliser aujourd’hui pour les catholiques ? Est-ce parce qu’ils ont intégré le paradigme moderne selon lequel la religion relèverait du domaine de la sphère privée ?

Il y a sans doute de cela. Le premier point est qu’au plan juridique, on a tout à fait le droit d’évangéliser, et d’évangéliser dans la rue. La plupart des gens ne la savent pas : on a l’impression que le droit, la laïcité, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen nous empêchent de le faire. Or dire que la religion relève de la sphère privée est quelque chose de très présent culturellement mais que le droit ne formule pas du tout dans ces termes-là. Nous avons le droit de proclamer publiquement notre foi dans le cadre de l’ordre public prévu par la loi.

Lire aussi : Thomas Belleil : « L’évangélisation de rue porte des fruits » (2/2)

Pour différentes raisons – puisque nous sommes sortis d’un régime de chrétienté, sommes passés par la loi de 1905, par mai 68 et sommes devenus minoritaires -, nous avons intériorisé le fait que la foi relevait de l’intime, ce que la société nous renvoie mais que malheureusement beaucoup de chrétiens pensent aussi. À cela, il faut ajouter le fait qu’avant, la foi était liée de manière plus prégnante à la culture, et se transmettait, d’une certaine manière, de générations en générations, avec les valeurs françaises dominantes, par la société elle-même, l’école, etc…

Tout cela n’est-il pas nouveau pour les catholiques qui, pendant des siècles, transmettaient la foi au sein des familles dans une société globalement chrétienne au sein de laquelle la foi allait de soi ?

Aujourd’hui, le fait d’être en minorité implique qu’on ne peut plus compter que sur nous-mêmes pour transmettre la foi, la société ne nous aidera pas. Je pense que ce qui fait le plus obstacle à la transmission de la foi, c’est que nous-mêmes avons oublié que la foi chrétienne est d’abord l’adhésion à la personne du Christ, le fait que Dieu est une personne en laquelle on croit, et non seulement une philosophie qui nous fait du bien et apaise nos angoisses existentielles. On croirait vaguement en Dieu et puis on vivrait le reste notre vie comme s’il n’existait pas.

La foi en Dieu est un phénomène qui concerne toute notre vie, nous avons vocation à partager cela. Si nous n’évangélisons pas, c’est parce que nous oublions notre propre relation à Dieu, notre vie de foi

Non, la foi en Dieu est un phénomène qui concerne toute notre vie, nous avons vocation à partager cela. Si nous n’évangélisons pas, c’est parce que nous oublions notre propre relation à Dieu, notre vie de foi. Or, c’est là que l’évangélisation prend sa source. Pourquoi les chrétiens partagent-ils ce qui est pour eux un trésor ? Parce qu’ils ont conscience d’avoir un trésor.  Avant de dire « il faut évangéliser » de manière un peu culpabilisante, il nous faut nous approprier à nouveau le fait que rencontrer Jésus Christ, avoir une relation personnelle avec Lui, avoir foi en Lui, est vraiment ce qui fait notre joie, ce qui nous comble et ce à quoi tous les hommes sont appelés. Saint Augustin dit que notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en Dieu.

Bien sûr, la diffusion des valeurs chrétiennes dans la société est très importante, d’une certaine manière, elle fait aussi partie de l’évangélisation. Selon que l’on soit de gauche ou de droite, nous allons plutôt mettre l’accent sur des valeurs sociales, humanitaires, identitaires, anthropologiques,… Toutes ces choses sont bonnes. Cependant, nous ne devons pas en oublier Dieu lui-même ; donner la possibilité aux gens qui nous entourent de Le rencontrer. La seule chose qui nous empêche d’en parler, c’est nous, catholiques, qui mettons des barrières à l’évangélisation.

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Ni Allah, ni César : Dieu

Cela signifie-t-il que ceux qui n’évangélisent pas n’ont pas conscience d’avoir un trésor ? Témoigner est-il plus fort que nous si nous avons vraiment la foi ?

Les choses ne sont pas forcément aussi binaires. Nous pouvons avoir envie de témoigner et avoir des craintes. Certains chrétiens ont une très belle vie de foi, très sincère, sans qu’ils n’en témoignent. En revanche, il est vrai qu’il y a une dynamique selon laquelle plus on s’enracine dans la foi au Christ, plus on se rend compte à quel point cela dépasse une conviction philosophique mais englobe toutes les dimensions de notre vie. Il y a alors comme un mouvement naturel qui nous fait prendre conscience que Dieu fait l’unité, la joie de notre vie, et nous avons envie de le partager. Pour ma part, c’est comme cela que je l’ai vécu.

Pourriez-vous nous dire comment avez-vous découvert ce trésor qu’est la foi catholique et ce qui vous a poussé à vouloir faire de l’évangélisation de rue ?

Comme Obélix, je suis tombé dans la marmite étant petit. Mes parents étaient très engagés dans la vie de foi, j’ai donc reçu toutes les conditions autour de moi pour découvrir ce qu’est une vie de prière et voir comment Dieu transformer des vies etc… Depuis que je suis enfant et adolescent, je crois en Dieu et sais qu’Il a créé le monde.

Cependant, le moment déterminant a été pour moi la découverte des évangéliques. Ma sœur s’est fiancée avec un protestant il y a plusieurs années et cela m’a amené à me questionner sur le protestantisme. D’abord cela a été intellectuel et je me suis demandé quelles étaient les différences théologiques entre catholiques et protestants… Ensuite, je suis allé voir sur place comment les protestants vivaient leur foi. Cela m’a conduit à aller au culte évangélique à Lille. Des choses très fortes s’y sont passées. Des choses que je savais intellectuellement dans ma tête parce qu’on me les avait toujours enseignées sont devenues alors très concrètes et sont descendues de la tête au cœur : la création du monde, la vie éternelle, la bonté de Dieu, la confiance que l’on pouvait avoir en Lui, etc.

J’ai découvert que la foi me concernait personnellement et qu’elle appelait une réponse claire de ma part. Jésus m’a demandé si oui ou merde, je voulais être son disciple

Je me suis rendu compte que Jésus n’était pas mort sur une croix pour le monde en général mais pour moi personnellement. Beaucoup de choses se sont alors enracinées profondément en moi : j’ai découvert que la foi me concernait personnellement et qu’elle appelait une réponse claire de ma part. Jésus m’a demandé si oui ou merde, je voulais être son disciple. Les choses se sont posées comme cela pour moi. Je n’avais plus envie de vivre ma vie comme avant.

Pourquoi avoir eu besoin de passer par les évangéliques pour goûter cette radicalité de la vie de foi ? N’était-ce pas possible dans l’Église catholique ?

Les conversions, les cheminements de foi, peuvent se faire de façon radicale, comme saint Paul sur le chemin de Damas,…  Pour d’autres, ce sera plus progressif. Tous les formats de conversion sont possibles. Ce que j’ai vécu dans les églises évangéliques, j’aurais pu le vivre dans l’Église catholique. Les grâces qui sont présentes dans l’Église évangélique, la Parole de Dieu, la louange, la vie communautaire, ce sont des choses qui font partie de la tradition catholique. C’est juste qu’aujourd’hui, les évangéliques ont tendance à davantage mettre en valeur que nous ces éléments. Sur le moment, cela m’a questionné et conduit à remettre en cause à peu près tous les dogmes catholiques. Aujourd’hui, avec le recul, j’en suis revenu et sur chaque point sur lequel j’avais eu des doutes (Eucharistie, Vierge Marie, etc.), j’ai été « reconverti » au catholicisme.

Je pense que Dieu peut nous conduire par des chemins qui nous paraissent un peu mystérieux. Cela ne signifie pas que dans mon enfance, ce qui m’a été donné au niveau spirituel n’avait aucune valeur. Au contraire, c’est parce que ces choses m’étaient déjà connues qu’elles ont pu, dans un second temps, me concerner personnellement. Cela faisait partie de mon cheminement de foi. Nous ne devons pas mépriser toutes les valeurs que les parents nous transmettent même si nous sommes appelés ensuite à vivre notre propre chemin de foi.

Mission possible. Petit guide pour oser évangéliser de Thomas Belleil
Éditions des Béatitudes, 246 p., 16€

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