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Thomas Fauré : Whaller d’avenir

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Publié le

21 décembre 2017

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Nous sommes en 13 ap. Zuckerberg. Toute la planète est occupée. Toute ? Non. Car un petit réseau social résiste encore et toujours. Et s’apprête à pêcher au gros.

 

« Dans ton combat contre le monde, seconde le monde », a dit Kafka, avec cette caractéristique clarté qui nous a toujours semblé obscure – jusqu’à un matin de gris novembre où nous avons croisé la route de Thomas Fauré, l’inventeur du seul anti-facebook qui marche. Quoiqu’il soit notre compatriote, c’est du mot anglais Whaller (à peu près : « le baleinier »), certainement pour sa congruence avec le français valeurs, que le jeune homme Fauré a baptisé son invention, qui vise modestement la conquête de l’Europe.

 

Le temps de Zuckerberg est compté

 

L’histoire raconte que ce sont les interrogations d’un proche sur l’éventuel usage des réseaux sociaux par sa fille pré- adolescente qui ont conduit l’ingénieur féru de nouvelles technologies à imaginer, aux alentours de l’an 10, son contre-monde. Après une assez courte unité de temps où il joue le développeur solitaire façon Bill Gates dans son garage, Fauré fait entrer Vincent Bolloré dans son plan et dans son capital. C’est le début de la ruée.

 

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Au café du Trocadéro, l’entrepreneur a sous le masque détendu les yeux brillant de la fièvre du trouveur d’or. Non pas de cet or banal qui fait rêver les ploucs, mais de cet or caché et profond à quoi aspirent ceux qui ont choisi de changer le monde. Têtu comme un chef scout, Fauré y croit dur comme plomb : le temps de Zuckerberg est compté. Oh, que lui ne compte pour le moment que 150 000 utilisateurs, une paille devant les quelques milliards de facebookers, ne fait rien à l’affaire : son réseau social a l’avenir devant lui, pour cette bonne raison-ci qu’on y est en tant qu’usager le maître. Finies les publicités importunes ; finie la récolte de données personnelles ; finie surtout l’exhibition incontrôlée de sa vie intime. Avec Whaller, les amitiés redeviennent réelles, c’est-à- dire limitées. « Personne n’a 5000 amis ».

 

 

Fins limiers et fiers journaleux à qui on ne la fait pas, nous sommes allés enquêter sur whaller.com. En effet, c’est sé- duisant, léger, simple, graphique, maniable – et voilà qu’on se met à écrire comme pour une réclame auto de 1987. En réalité, sur Whaller, c’est comme dans un essai de Peter Sloterdijk : on y crée ses sphères, ses bulles et ses globes. C’est-à- dire que l’on choisit, discrimine, classe, répertorie, ordonne le monde virtuel où l’on se risque. Évidemment, il y a un revers : « On a abandonné pour le moment le marché de l’adolescent ».

Si l’on se méfie tant du monde nouveau que l’IA nous prépare, pourquoi s’y risquer ? Parce que, suppose notre héros, la technique est humaine, et la technique mérite d’être redomestiquée

Que ferait en effet, je vous le demande, le djeune en quête de risques inutiles dans l’univers sage de Thomas Fauré ? Le jeune préfère naturellement s’emmerder, bayer aux oiseaux bleus et perdre le seul avantage qu’il possède sur le reste de l’humanité, le temps, là où lui a dit de le faire. Mais le jeune n’a qu’à bien se tenir : à l’image de son maître Zuck, il finira lui aussi un jour ou l’autre sur Whaller.

 

 

Quand il ira chercher du travail, par exemple, et qu’il n’en trouvera pas comme tout le monde. C’est alors que Whaller deviendra son meilleur ami, puisque Fauré vient de signer une convention expérimentale avec quelques antennes de Pôle Emploi, par où lui est confiée la lourde tâche de mener à bon port le chômeur, en lui proposant la sphère adéquate. Si vous voulez savoir comment ça marche exactement, allez-y vous-même. Vous n’en reviendrez pas.

 

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Pour le reste, Thomas Fauré est catholique, même s’il n’en fait (bizarrement) pas un argument de vente. Et il est vrai que ça le regarde, sa foi, ma bonne dame : néanmoins, lorsqu’il s’anime à parler de verticalité, et de vision anthropologique, on ne peut se garder d’y repenser et même, peut-être, de s’en réjouir. Son monde virtuel est, dans une phraséologie toute ellulienne, décrit comme un outil, c’est-à-dire le prolongement de la main réelle de l’homme réel. Et non comme cette maudite machine qui vous domine, vous asservit et vous vole le peu d’âme que vous vous reconnaissiez. Whaller contre les voleurs.

Mais diantre, si l’on se méfie tant du monde nouveau que l’IA nous prépare, pourquoi s’y risquer ? Parce que, suppose notre héros, la technique est humaine, et la technique mérite d’être redomestiquée. Fauré, un homme de progrès ? Il ne s’en cache pas. Et, c’est sans doute là sa leçon principale : le progrès est peut-être tout ce dont on ne peut pas faire comme s’il n’existait pas.

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