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Travail, souffrance, réaction

Alors que la société nihiliste de la consommation et de la libération nous promet le bonheur, on s'aperçoit qu'on ne retrouve au fond que de la solitude.

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Je vous écris d’un dimanche soir. À cet instant, des millions de personnes pensent à leur reprise de boulot du lendemain. Angoisse. Non point qu’il existe des millions de fainéants en France. De ceux qu’ont pas assez de doigts pour bosser. Non. Il y a seulement des millions de personnes qui vivent leur travail comme une souffrance. Infirmiers, profs, clercs de notaire, agriculteurs, employés de la grande distribution, du nettoyage, employés des Ehpad et de l’agro-alimentaire. Si j’en oublie, envoyez vos témoignages au journal qui transmettra. Secteurs peu syndiqués pour certains ou sur-syndiqués pour d’autres mais qui vivent tous actuellement une mutation profonde. Car ces professions avalent des vies. Brisent des familles. Marquent des gosses qui voient et entendent leurs parents parler, parler et parler encore de leur souffrance quotidienne. Chialer après les nuggets. Autrefois, avoir un instituteur parmi la marmaille, pour une famille de paysans, c’était l’équivalent d’avoir un prêtre. Un honneur. Une décoration familiale. Maintenant les instits interdisent à leurs gosses de suivre la même voie et les incitent à faire coiffeuse ou plombier.

Bien entendu, les conditions de travail à la mine ou en usine étaient pires jadis. Absence de sécurité, milieux insalubres, journées de travail de 10 heures. Mais l’homme ouvrier faisait partie d’un collectif. D’une communauté. D’un monde. Or l’homme actuel est seul. Seul face au roué patronat qui aura réussi à diviser la classe ouvrière en de multiples sous-catégories opposées et opposables. Seul face à la ville. Seul face à la perte des solidarités traditionnelles. Seul face à la disparition des corps intermédiaires. Atomisation de la famille. Manettes de jeux vidéos. Shit et cachetons. Netflix. Gosses qui braillent. Femme seule. Vie de merde. Car l’homme actuel n’est plus l’homme traditionnel. L’homme actuel est fragile. Émotif. Et la femme actuelle n’est pas mieux. Elle ne dort plus. Elle est « libérée » de tout, sauf de sa souffrance. Morale. Elle peut jouir comme elle l’entend mais finit ramonée de l’intérieur. [...]

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