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Le 18 octobre s’est ouvert le 19e Congrès du Parti Communiste qui décidera du renouvellement partiel, significatif ou total des membres du Comité central et du Politburo, mais aussi des cadres administratifs et militaires. Les 2 270 délégués du Congrès National du Peuple approuveront les décisions et sept personnes seront désignées ou reconduites pour décider du sort d’1 milliard 379 millions d’habitants.
La Chine possède le plus important PIB mondial[1], la plus vaste législature du monde, avec 2 924 délégués siégeant à l’Assemblée Nationale Populaire en 2017, ainsi que le plus grand parti communiste au monde. Fondé en juillet 1921 dans la salle de classe d’une école de filles de la concession française de Shanghai, le PCC (Parti Communiste Chinois) était composé à l’origine de 50 membres. 96 ans plus tard, il en compte près de 89 millions. Au cœur de la structure décisionnelle du Parti, il y a les 200 membres du Comité central. Au cœur du Comité central, il y a les 25 membres du Bureau Politique et au cœur du Bureau Politique, il y a les 7 membres du Comité Permanent du Bureau Politique.
Le 18 octobre dernier, le 19e Congrès du Parti Communiste a rassemblé 2 287 délégués afin de décider du renouvellement partiel, significatif ou total des membres du Comité central et du Politburo mais aussi des cadres administratifs et militaires. Sans surprise, les 2 287 délégués du Congrès National du Peuple ont approuvé les décisions prises par les membres du Comité central et du Bureau politique et sept personnes ont été désignées ou reconduites pour décider du sort d’1 milliard 379 millions d’habitants[2]. Sept personnes parmi lesquelles figure évidemment Xi Xinping.
La RPC n’a jamais cherché à offrir au monde extérieur les apparences du pluralisme. Bien au contraire, le souci principal des dirigeants chinois est de présenter aux yeux étrangers l’image d’une inébranlable unité, renvoyée par l’image d’Epinal (ou plutôt de Pékin) de députés chinois disciplinés et dociles, levant toujours bien la main quand il faut et approuvant consciencieusement les décisions du Politburo. En 2012 cependant, au moment où s’ouvrait le 18e Congrès du PCC, la belle façade d’unité s’est dangereusement fissurée suite à l’affaire Bo Xilai, sans doute le plus grand scandale ayant secoué la République populaire depuis la chute de la bande des quatre en 1976[3]. Au soir du 7 février 2012, les résidents de la rue du Consulat à ChengDu, capitale du Sichuan, ont assisté, médusés, à un déploiement policier impressionnant dans la zone du consulat américain de la ville autour duquel s’étaient massées des centaines de policiers chinois, au point que les Marines qui protègent le Consulat se regroupèrent arme au poing pour protéger l’accès au bâtiment.
Cette agitation était due à la tentative de défection de Wang Lijun, ex-chef de la police de ChongQing et bras droit de Bo Xilai, étoile montante du PCC. Après avoir menacé Bo Xilai de révéler le rôle joué par sa femme dans le mystérieux décès de l’homme d’affaire britannique Neil Heywood, retrouvé mort dans un hôtel de ChongQing le 15 novembre 2011, Wang Lijun a compris que Bo Xilai ne se laisserait pas intimider et allait chercher à le faire taire à tout prix. La seule solution était donc de tenter de fuir le pays ou de provoquer un scandale. L’arrestation et les révélations de Wang Lijun ont ruiné la carrière de Bo Xilai et l’ont conduit à la prison à perpétuité. Relayée par les médias internationaux, l’ « affaire Bo Xilai » a aussi levé le voile sur les impitoyables luttes de pouvoir au sein du PCC.
Dirigeants de la sixième génération
La Chine n’a jamais été aussi proche qu’aujourd’hui de jouer un rôle de puissance globale, mais plus ce rôle se confirme et plus le PCC se trouve placé face à une exigence contradictoire : continuer à préserver l’orthodoxie politique et le « centralisme démocratique » tout en assurant les conditions du développement économique. Les contradictions entraînées par cette double contrainte se reflètent au plus haut niveau du pouvoir. Le tandem formé par Hu Jintao et Wen Jiabao, qui a dirigé la Chine de 2003 à 2013 en poursuivant la politique « sortir de la Chine »[4] de Jiang Zemin, a laissé place au président Xi Jinping et au Premier ministre Li Keqiang, à l’issue du 18e Congrès du PCC qui s’est tenu entre le 8 et le 14 novembre 2012, dans un climat tendu, avec en toile de fond l’affaire Bo Xilai et la lutte des factions pour le contrôle du Parti et du pouvoir.
La première faction est celle des « taizidang », ou « princes rouges », enfants ou petits-enfants de dirigeants, groupe « élitiste » que l’on associe à la « Clique de Shanghai », sur laquelle plane encore l’ombre du vénérable Jiang Zemin (91 ans), ancien président de la RPC de 1993 à 2003, faction à laquelle appartient également Xi Jinping, l’actuel président. La seconde est celle des « tuanpai », les « populistes », figures montantes du PCC qui ont pour beaucoup fait leurs armes au sein des Jeunesses Communistes Révolutionnaires Chinoises ou dans les provinces, un groupe dont la figure centrale reste Hu Jintao, prédécesseur de Xi Xinping à la présidence de la RPC.
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Si le 19e Congrès revêt une importance particulière, c’est parce que, depuis 1997, la législation chinoise impose aux responsables de haut rang de plus de 65 ou 67 ans, selon le poste occupé, de se retirer en faveur des dirigeants politiques de la génération montante. Les dirigeants de la cinquième génération, nés dans les années 50, encore largement présents dans les institutions centrales, étaient donc susceptibles de s’effacer au profit des dirigeants de la sixième génération, qui gravit les échelons au sein des institutions municipales et provinciales. En cela, le 19e Congrès devait éventuellement paver la voie à un renouvellement plus ambitieux des instances dirigeantes et à la succession de Xi en 2022.
Cette perspective s’éloigne cependant aujourd’hui puisque le bal des débutants n’a tout simplement pas eu lieu. Sous l’œil de Xi Xinping (64 ans) et de son inamovible Premier ministre Li Keqiang (en poste depuis mars 2013 et âgé de 62 ans), le 19e Congrès a claqué la porte au nez de la génération montante, laissant Xi entouré d’une garde rapprochée de fidèles, tous suffisamment âgés pour ne représenter aucun danger politique quand le 20e Congrès du PCC abordera en 2022 la difficile question de la succession éventuelle de l’actuel président de la RPC.
Approche unilatérale du pouvoir
On a déjà pu observer les prémices de la reprise en main du pouvoir par Xi au sein de l’Armée de Libération du Peuple (ALP). Pour Cheng Li[5], analyste du Brookings Institute : « le plus grand mouvement de renouvellement des officiers de haut rang dans l’histoire de l’Armée Populaire de Libération est en train d’advenir »[6]. 17 % au mieux des représentants militaires au Comité Central (7 sur 41) devraient conserver leur poste à l’issue du vaste mouvement de renouvellement qui suivra le 19e Congrès. Et les nouvelles têtes seront assurément celles de proches de Xi Xinping. Le renouvellement des cadres militaires annonce aussi celui des cadres politiques. Sur 376 membres du Comité Central du Congrès, 38 ont déjà fait l’objet de mesures disciplinaires pour corruption et 200 devraient également se retirer en raison de la limite d’âge, ou pour des motifs dont la nature véritable est difficile à percer.
Le grand nettoyage a déjà commencé, alors que viennent tout juste d’être désignés les nouveaux membres du Comité Permanent du Bureau Politique : Li Zhanshu, âgé de 67 ans, l’un des soutiens les plus influents de Xi Xinping, Zhao Leji, un petit jeune de 60 ans, nommé à la tête de la toute-puissante Commission centrale pour l’Inspection disciplinaire du Parti[7] (qui remplace l’ex « Tsar de l’anti-corruption », Wang Qishan, touché par la limite d’âge à 68 ans), Han Zheng, ancien maire de Shanghai, aujourd’hui âgé de 63 ans, dont la principale qualité semble être d’avoir pu survivre aux scandales et aux campagnes anticorruption en prenant soin de ne jamais afficher de trop hautes ambitions politiques, Wang Yang, 62 ans, ancien rival de l’infortuné Bo Xilai, favorable à une « libéralisation raisonnée » de l’économie chinoise. Parmi les heureux élus, c’est surtout la figure de Wang Huning, 62 ans, qui retient l’attention.
Après avoir présidé le Centre de recherche en politiques publiques du Comité central, celui qui est considéré comme la plume de Xi Xinping, accède à la direction du département de propagande du Parti. Wang Huning avait publié en 1991 un ouvrage intitulé Les ?tats-Unis contre les ?tats-Unis, fruit de l’observation minutieuse des contradictions de la société américaine après un séjour de six mois aux ?tats-Unis. Homme de l’ombre, parlant couramment l’anglais et le français, Wang est considéré comme le théoricien de Jiang Zemin, Hu Jintao et Xi Xinping, l’architecte de la politique d’affirmation internationale de la Chine sous ces trois présidences et un fervent partisan de l’autoritarisme du pouvoir central.
le règne d’un nouveau monarque rouge
Entouré de ses fidèles, dans un Comité Permanent du Politburo qui compte désormais cinq membres de la faction de Xi sur sept membres, l’actuel président chinois semble en passe de consolider son pouvoir et de reconduire son mandat en 2022. Aucun rival ni successeur apparent n’émerge en effet désormais dans la structure du Parti. Bien au contraire, les hommes qui forment le nouveau Comité Permanent sont soit des fidèles, soit des hommes politiques qui doivent tous quelque chose à Xi Xinping, à l’image de Han Zheng, l’ancien maire de Shanghai qui doit sa survie politique à son ancien « patron » Xi Xinping.
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Quant à ceux qui étaient susceptibles de s’opposer au président chinois, ou du moins de lui faire un peu d’ombre, ils ont été écartés, à l’instar de Liu Yunshan, ex-directeur du Département de la Propagande, qui avait essuyé les remontrances de la Commission d’inspection disciplinaire en juin 2017 pour son « manque de conscience politique »[8], ou encore de Yu Zhengsheng, trop peu susceptible de se plier à l’autorité de Xi pour rester en place. L’exemple le plus emblématique des discrètes purges ayant entouré le 19e Congrès reste celui de Sun Zhengcai, étoile montante du Parti communiste et benjamin du Bureau Politique à 53 ans, sur lequel la commission de discipline du Parti communiste chinois (PCC) a ouvert une enquête interne pour « grave violation de la discipline ».
À l’opposé de ces quelques exemples de disgrâce, la nomination du Général Xu Qiliang à la tête de la puissante Commission militaire centrale montre la rapidité avec laquelle Xi Xinping attribue à ses partisans et fidèles les principaux leviers du pouvoir. Entré dans les forces aériennes chinoises à l’âge de 16 ans, Xu Qiliang, aujourd’hui âgé de 67 ans, est un ancien protégé de Jiang Zemin. Sa nomination en tant que vice-président de la Commission militaire aux côtés de Xi complète le tableau d’un pouvoir chinois désormais verrouillé par l’actuel président de la RPC. Triomphe ultime, le Parti vient d’inscrire dans sa charte « la Pensée de Xi Jinping du socialisme à la chinoise de la nouvelle ère », suprême honneur dont seul Mao avait bénéficié jusqu’alors. La Chine semble désormais prête pour accueillir le règne d’un nouveau monarque rouge.
Taklamakan. Le désert d’où l’on ne revient pas
Laurent Gayard, Dominique Laugé
[1] D’après le FMI et en parité de pouvoir d’achat PIB-PPA qui ramène sur la même base l’achat d’un café à New York et à Pékin.
[2] Recensement 2016
[3] Composée de Zhang Chunqiao, Yao Wenyuan, Wang Hongwen et Jiang Qing, « l’impératrice rouge », épouse de Mao Zedong et instigatrice de la Révolution culturelle qui fascina tant d’intellectuels français dans les années 1970.
[4] La formule “sortir de la Chine” [Z?uCh?Qù] a été officiellement prononcée pour la première fois par Jiang Zemin en 1999. En 2002, il inclut à ce mot d’ordre la politique “exporter la culture chinoise” [WénHuà Z?uCh?Qù ] au cours du 16e Congrès.
[5] Directeur du John L. Thornton China Center et membre de la Brookings Institute. Directeur du comité pour les relations Chine – Etats-Unis et spécialiste de la question du renouvellement des élites en Chine.
[6] Cheng Li. « Why China’s military facelift ahead of the Party Congress could be a sign of bigger changes », Brookings Institute. 10 octobre 2017
[7] Le Secrétariat du PCC chapeaute sept départements : celui de la propagande, le département de l’organisation, le département du Front Uni du Travail qui contrôle les huit partis politiques existant en plus du PCC, censés assurer le « pluralisme » de la vie politique, le bureau de recherche politique, la très crainte Commission centrale pour l’Inspection disciplinaire du Parti, le département des Relations Internationales et le Bureau du Comité Général. Le Secrétariat du PCC reçoit ses instructions directement du Comité Permanent du Politburo mais les directeurs des départements ne siègent pas nécessairement au Comité Permanent.
[8] Information révélée le 15 juin 2017 par le Epoch Times
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