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Trois critiques du mois

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Publié le

10 décembre 2018

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16. Sagan et JJP

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UN MYTHE DE L’ÉDITION

 

Le titre (Pauvert l’irréductible) et le sous-titre (Une contre-histoire de l’édition) de cette histoire des éditions Pauvert ont un petit côté rodomont agaçant, tout comme le ton de redresseuse de tort souvent adopté par Chantal Aubry (tel écrivain est « honteusement oublié », tel historien empile les erreurs, etc. : à la lire, on a l’impression d’être sur le banc des accusés, en compagnie du monde entier). Cette réserve faite, il faut lire ce gros volume passionnant qui retrace moins la vie de Jean-Jacques Pauvert (renseignements personnels réduits au minimum, pas d’exploration de sa généalogie sur dix générations) que l’histoire de sa maison, articulée autour des grandes entreprises (Sade, le Littré, Hugo, les surréalistes et pataphysiciens, etc.), des coups d’éclat (Histoire d’O) et des contemporains qui ont inspiré l’éditeur (Breton, Bataille, Paulhan ou l’avocat Maurice Garçon dont Chantal Aubry a exploité les archives, entre autres documents inédits).

 

Ayant travaillé à ses côtés, Chantal Aubry donne de Pauvert un portrait piquant, avec sa mauvaise foi insigne et sa mégalomanie charmante. Plus largement, c’est une histoire de l’édition indépendante de la deuxième moitié du siècle dernier, avec son fonctionnement artisanal et ses fortes têtes (Losfeld, Corti…), destinées à être avalées à partir des années 1970 par les nouveaux groupes financiers et industriels qui s’emparent du monde du livre. On croise dans ces pages Revel (créateur de la collection « Libertés »), Mandiargues, Pia, Le Brun, Siné, Régine Deforges et bien d’autres ; on (re)découvre combien dangereuse était la censure d’État à l’époque, en particulier pour les textes érotiques (sur ce plan, les années 1960 étaient vraiment un autre monde) ; on se passionne pour les questions de maquette, de typographie, de fabrication, auxquelles Pauvert a toujours accordé tant de soin. Un document indispensable pour tous ceux qu’intéressent l’histoire littéraire et les coulisses de l’édition.

Pauvert l’irréductible, Chantal Aubry, L’Échappée 590 p. – 26 € Critiques

Par Jérôme Malbret

 

GRAND PRIX SPÉCIAL !

 

Ce qui fait aujourd’hui l’objet du livre de Christopher Gérard, son enfance avec un père alcoolique et destructeur, il le cachait naguère avec angoisse, de peur du jugement des autres. Désormais « prince d’Aquitaine à la tour abolie », il choisit de s’adresser à son père disparu dans des lignes incarnées et vibrantes de dégoût, de mépris et d’amour, des lignes magnifiques et personnelles. C’était peut-être une belle vocation pour Christopher Gérard de ne pas avoir été armé pour le bonheur, mais pour la lucidité nécessaire à notre monde. Son livre a en effet la force d’un manuel de résistance qui parle à tous. Sauvé par les stoïciens, l’histoire, l’amour d’une femme qu’il évoque avec une tendresse poignante, cet homme a choisi de faire de sa vie une croisade contre le déclin : son père l’aura préparé à son siècle. Ce réchappé méritait notre « Grand Prix Spécial »!

Le Prince d’Aquitaine, Christopher Gérard, Pierre-Guillaume de Roux, 158 p. – 19,90 €

Par Mélanie Marcel-Sorgue

 

QUI FAIT LA POLICE ?

 

La typographie est partout : dans les titres, les intertitres, les exergues, les textes de labeur; sur les écrans, les affiches, les couvertures, dans la presse ou l’édition. Mais qui la connaît en dehors de quelques graphistes ? Dans cet ouvrage didactique, le graphiste et photographe David Rault entraîne onze dessinateurs de bande dessinée – et pas des moindres – pour conter l’épopée de la lettre latine, de sa naissance sur les rives de la Méditerranée à son exploitation contemporaine numérique. Livre d’histoire avant tout, ce petit guide est aussi une bonne et sympathique introduction à la lettre et à son dessin, une invitation pour le néophyte à observer les lettres qui l’entourent et à comprendre peut-être mieux les raisons pour lesquelles certaines mises en page sont meilleures que d’autres. Une réussite.

 

Abcd de la typographie, Collectif sous la direction de David Rault – Gallimard, 128 p. – 24,90 €

Par Nicolas Pinet

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