Trump et la diplomatie du tourbillon

On voudrait bien défendre Donald Trump contre ses innombrables détracteurs, mais force est de constater que sa diplomatie est toujours aussi brouillonne. L’intéressé entend faire passer son improvisation pour de l’imprévisibilité, comme s’il était le seul à comprendre les contradictions de sa propre politique étrangère.

 

Après le transfert du peu diplomate Mike Pompeo depuis la CIA jusqu’au Département d’État, la promotion de sa première adjointe, la très controversée Gina Haspel, à la tête des services secrets américains et la nomination du particulièrement faucon John Bolton au poste de conseiller à la sécurité nationale, Donald Trump a encore durci son équipe diplomatique. Un jeu de chaises musicales d’autant plus surprenant qu’il est intervenu au moment où le président américain se décidait à faire des gestes d’ouverture. Au bout de plusieurs mois d’invectives, il déclarait soudainement vouloir rencontrer Kim Jong-un, l’héritier du royaume communiste de Corée du Nord. Le risque est d’entériner les avancées nucléaires de Pyongyang sans contrepartie. Pékin, qui craint au contraire que la Corée du Nord ne bascule dans le camp d’en face, a reçu Kim Jong-un en catastrophe.

 

Une volte-face en Extrême-Orient qui intervient peu avant que le président américain n’annonce à ses électeurs de l’Ohio que ses troupes quitteront la Syrie avant la fin de l’année. Si Trump est désormais connu pour ses coups de poker et son appétit à faire monter les enchères, il n’en reste pas moins que sa volonté constante de contrer l’Iran apparaît contradictoire avec un retrait précipité de Syrie. Une sortie qui profiterait surtout à la Turquie et qui sonnerait le glas des Kurdes. Mais cette retraite pourrait effrayer les alliés saoudiens et israéliens de la Maison-Blanche.

Or, la diplomatie américaine se retrouve, en ce mois de mai, confrontée à la convergence de plusieurs échéances. La première est l’ultimatum envoyé par Donald Trump à propos de la fin de l’« Iran deal », accord qui organisait depuis le 14 juillet 2015 la dénucléarisation du régime des mollahs. La seconde est l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem. Il se murmure que Donald Trump pourrait annoncer la sortie américaine de l’accord iranien à cette occasion. Cet événement serait également le moment choisi pour exiger l’approbation de Mahmoud Abbas quant à un bantoustan palestinien. « Le deal du siècle » réduit à peau de chagrin.

 

À Ramallah et à Téhéran, nul doute que les décisions américaines ne seront pas même étudiées. Et donc l’initiative de l’axe Washington-Jérusalem-Riyad risque d’apparaître comme un coup de force qui ne réglera pas la question palestinienne. Au mois de mai est aussi prévue la fameuse rencontre avec Kim Jong-un qui, selon Trump, amorcera la dénucléarisation de la péninsule coréenne. L’espoir fait vivre… Hormis sur le dossier israélien, les partenaires de Washington peinent à comprendre où veut aller le 45e président des États-Unis. Tout le monde a bien compris qu’il n’y a pas de véritable compromis avec Trump sinon un bras de fer où le plus faible finit soit par plier soit par payer. Reste à savoir dans quel sens la main nerveuse du président américain va s’orienter. Le sait-il lui-même ? Probablement pas.

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hdesuin@lincorret.org

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