Fuzati n’est pas un auteur de chansons écrites pour se sentir bien, son rap est à des années-lumière du rap gentillet des petits-bourgeois blancs de 2020 et plus encore du rap des cités. Si ses textes ne paraissent pas « engagés », ils sont pourtant des brûlots nihilistes épinglant les horreurs de la vie des trentenaires esclaves du tertiaire et revenus de tout. Finie, la prospérité des enfants du baby-boom, la précarité est désormais partout. En cela, Fuzati est moins un rappeur versaillais qu’un rappeur générationnel.
La génération LinkedIn et start-up est « bolossée » dans les grandes largeurs : « Tas l’air dégueu comme un plateau-repas mais je dois faire avec. Si t’étais pas célibataire tu nous verrais plus que ton mec. Surinvestie comme tous ces gens qui à côté n’aiment pas leur vie. La seule personne que tu vois le soir c’est le veilleur de nuit », dit-il à une de ses collègues de bureau. Ses collègues rappeurs ne sont pas non plus épargnés, ni le mythe de la maison individuelle et les reliquats de convention sociale de l’époque, les plans de carrière et les écrans qui changent irrémédiablement nos rencontres mammifères.
Lire aussi : Sébastien Lovato : Woolf in jazz
« Dis leur vite d’appeler le doc. Qu’il ramène la DeLorean et que je me casse de cette époque. Où le mobile du crime peut être un mobile dernier cri ! » C’est limpide et synthétique. Au fond, comme tous les romantiques, Fuzati est un poète réactionnaire. Il a quelque chose d’obsidional : il nous agresse parce que nous l’assiégeons. Son dernier album, autoportrait sonore en forme de « vanité », ces crânes nous rappelant notre mortalité, est un exercice d’une grande modestie. À l’ère de l’exhibition, Fuzati, masqué, ne dévoile qu’un art noir et ciselé. Le ton du disque, d’un grand classicisme par ses beats, gagne en psychédélisme par ses mélodies et ses claviers, rappelant même ses camarades de Air. Une réussite.

Idot, 13,99€





