« Un pays qui a fait beaucoup de mauvaises choses » … et fondateur de l’ordre international

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« Je viens d’un pays qui a fait beaucoup de mauvaises choses » ! Déchainé, immodéré, à court d’oxygène pour finir ses phrases, tapant du poing sur le pupitre à l’assemblée générale des Nations Unies, comme pour montrer sa sincérité, son indéfectible volonté, Emmanuel Macron a encore une fois dérapé pour défendre sa weltanschauung.

 

Il faudrait veiller toutefois à conserver à l’égard d’Emmanuel Macron, comme pour tout acteur de la vie politique nationale et internationale, une certaine objectivité. Bien sûr, il est extrêmement difficile de garder son sang froid quand un président de la République en exercice multiplie les déclarations tapageuses dénigrant son propre pays. Emmanuel Macron parviendra-t-il un jour à prononcer un discours à l’étranger sans accuser la France de crime contre l’humanité, sans expliquer que la culture française « n’existe pas », sans qualifier ses sujets de « Gaulois réfractaires », sans se mettre à genoux pour manifester à quel point notre histoire est honteuse, sans faire acte de contrition ou de repentance ? Ces maladresses concourent d’ailleurs à parasiter son discours, de moins en moins lisible.

 

Nous vivons une crise profonde de l’ordre international libéral westphalien que nous avons connu. Emmanuel Macron

 

Pourtant, à l’Assemblée générale des Nations unies, le président de la République a aussi su formuler quelques constats sur lesquels nous pourrions tous tomber d’accord, toutes tendances politiques confondues, ou presque. Ainsi de sa lucide observation sur l’état des relations internationales : « Nous vivons une crise profonde de l’ordre international libéral westphalien que nous avons connu, parce qu’il a échoué pour partie à réguler ses propres dérives financières, sociales, climatiques, qui n’ont pas trouvé de réponse à la hauteur ». Ou même de son jugement presque gaullien sur la principale organisation supranationale mondiale, considérant que « l’ONU pourrait finir comme la SDN qui l’avait précédée, c’est-à-dire comme un symbole d’impuissance. Les responsables sont ici, les responsables sont les dirigeants que nous sommes », avant de conclure, fataliste, qu’il n’y avait pas encore de « peuple mondialisé ».

 

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Tant de jugements de bon sens qui échouent, faute d’analyse plus profonde de la part d’Emmanuel Macron. L’ordre westphalien (pourquoi y accoler le terme « libéral », plutôt que « classique » ?) a disparu depuis au moins la fin de la Seconde Guerre mondiale, et de nombreux Etats ont tenté de le dépasser dès après sa création, à commencer par la France de Napoléon Bonaparte et l’Allemagne de Bismarck puis d’Adolf Hitler. De fait, l’idée westphalienne ne saurait s’épanouir dans le contexte contemporain où les puissances sont si hétérogènes et aux intérêts si dissemblables, ayant été pensé pour une Europe certes fracturée mais tendant à l’unité culturelle et artistique, impliquant une définition commune de la souveraineté. Emmanuel Macron lui-même semble parfois faire peu de cas de la souveraineté de ses voisins, tançant les pays « méchants, ou sortis du « cercle de la raison ». Ces voisins lui reprochent d’ailleurs, symétriquement, d’essayer d’établir une hégémonie française sur l’Europe. Bref, le serpent se mord perpétuellement la queue.

 

Les Etats-Unis ne sont plus le seul coq dans la basse cour de l’ordre international, ce qui est une première depuis la fin de la Guerre froide.

 

De la même manière, les critiques formulées à l’encontre de Donald Trump, accusé de vouloir mettre un terme au « multilatéralisme » au profit des seuls Etats-Unis d’Amérique, échouent sur le mur de la réalité et de l’histoire. Et pour cause, il serait absurde de considérer que le président Républicain cherche à imposer un droit du plus fort qui a déjà cours depuis des décennies, brutalement pratiqué par Bush et habilement suggéré par Obama. Seule différence : les Etats-Unis ne sont plus le seul coq dans la basse cour de l’ordre international, ce qui est une première depuis la fin de la Guerre froide. La Chine est aujourd’hui une puissance en passe de devenir « globale », dont la vision du monde et du commerce international diffère largement de celle que nous partageons en Occident. Donald Trump veut s’y adapter. Il le fait peut-être brutalement, reste qu’il est entendu par Pékin. Oui, un monde globalisé doit posséder des outils de gouvernance internationale, a fortiori quand des acteurs traditionnellement non souverains, tels que les GAFAM, possèdent aujourd’hui des monopoles de fait sur des ressources vitales nécessaires à l’ensemble de la population mondiale. Oui, le défi de la démographie et des grandes migrations peut, en partie, être résolu par la coopération entre Etats-nations, Empires renaissants ou ensembles régionaux. Cela personne ne le nie, pas plus Emmanuel Macron que Donald Trump ou Xi Jinping.

Et dans cet ensemble mondial, battra toujours le cœur de la France. Un pays petit par la géographie et grand par les réalisations. Un pays digne qui n’a pas à se reprocher de « mauvaises choses », mais qui pourra se targuer, même après sa disparition, d’avoir fait don au monde de Racine, Diderot, Pascal, Molière, Poincaré, Napoléon, Chrétien de Troyes, Saint Louis ou Honoré de Balzac. Mais aussi d’avoir été à l’origine de l’édification de l’ordre international tel que nous le connaissons encore aujourd’hui. Qu’Emmanuel Macron puisse le garder à l’esprit…

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grobin@lincorrect.org

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