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UNI Grenoble : « Il y a une mainmise de l’extrême gauche sur Sciences Po Grenoble »

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Publié le

20 avril 2023

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Lundi à Sciences Po Grenoble, des étudiants d’extrême-gauche ont tenté de bloquer physiquement l’accès à une salle de cours, avant de traiter élèves et professeurs de « collabos ». Responsable de l’UNI Grenoble, Yvenn Le Coz nous raconte.
Sciences Po Grenoble

Comment se sont déroulés les faits à l’IEP Grenoble ?

Lundi, nous avions un cours en amphithéâtre qui avait été déplacé car il était censé avoir lieu lors d’une journée de mobilisation, journée pendant laquelle l’IEP était fermé à cause des grèves et des blocages. Il s’agissait donc de rattraper ce cours, ce que souhaitaient le professeur et de nombreux élèves. Or, le comité de mobilisation – organisation non-déclarée soutenue par les syndicats étudiants d’extrême gauche tels que l’OURSE, l’UNEF ou encore l’UEG qui organise des blocages contre la réforme des retraites – ne voulait pas que ce cours soit décalé : ils considéraient que s’il avait été annulé pour cause de mobilisation, il ne devait pas avoir lieu plus tard. Ainsi, au moment où les élèves se rendaient devant la salle, une vingtaine de militants ont organisé un sit-in pour bloquer l’accès. Le professeur a réussi à rentrer avec ses étudiants en passant par une seconde porte, le tout sous les railleries des militants. Pendant le cours, les militants ont installé des enceintes avec de la musique extrêmement forte afin d’empêcher sa bonne tenue.

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Mais le plus grave était à venir. À la sortie du cours, les étudiants se sont rendu compte que les toilettes avaient été taguées. Ces tags, réalisés aux feutres indélébiles, désignaient directement la directrice comme étant complice du gouvernement, car elle ne soutient pas les militants. D’autres inscriptions visaient les forces de l’ordre ainsi que toutes les personnes qu’ils appellent les « fachos ». Aussi, des appels à la violence, avec notamment des références aux incidents de Sainte-Soline. Les étudiants ont pu s’apercevoir que les militants avaient également tagué les portes de l’amphithéâtre et y avaient collé une pancarte avec pour inscription « collabos ».

Dans quel contexte s’inscrit ce genre d’actions ?

Les faits ne sont pas isolés : cela fait des années que les mêmes groupuscules d’extrême gauche dégradent ou déstabilisent les institutions. Nous alertons sur ce phénomène depuis très longtemps mais malheureusement les directions de l’UGA et de Sciences Po Grenoble ne mettent pas fin aux blocages et ne sanctionnent pas les coupables. Cela est contraire aux règlements de Sciences Po Grenoble et de l’UGA, mais aussi à la loi. Je dois leur envoyer un mail chaque semaine pour leur demander de réagir et ainsi éviter que la situation ne s’aggrave. Hélas, ce sentiment d’impunité alimente un cercle vicieux et crée encore plus de dérives.

« Ces militants savent qu’ils peuvent dépasser les limites comme ils l’ont fait lundi, car ils jouissent d’une impunité totale »


Yvenn Le Coz

Les élèves de l’IEP Grenoble craignent-ils pour leur sécurité ?

Oui, largement. Pour ceux qui sont engagés politiquement, notamment à droite, il y a un risque sécuritaire. Nous sommes régulièrement menacés et intimidés. Mais à la limite, même si ce n’est pas normal, c’est un engagement que l’on a choisi. Le pire, c’est pour ceux qui ne sont même pas engagés politiquement, mais qui ne sont juste pas d’accord avec les blocages. Ces gens-là ont particulièrement peur, car ils ne choisissent pas de s’impliquer politiquement, ils veulent juste pouvoir étudier dans des conditions sereines. Il y a une mainmise de l’extrême gauche sur Sciences Po Grenoble. Ces militants savent donc qu’ils peuvent dépasser les limites comme ils l’ont fait lundi, car ils jouissent d’une impunité totale. Les autres étudiants ont donc peur d’être exclus des cercles sociaux ou que l’on s’en prenne directement à eux.

L’administration a-t-elle réellement le pouvoir d’intervenir ? S’agit-il d’un manque de volonté de sa part ?

Il s’agit plus d’une neutralité qui au final est complaisante car la direction peut effectivement agir. Elle avait par exemple porté plainte contre moi il y a un an lorsque j’avais dénoncé le financement du hallal dans la cafétéria des locaux de Sciences Po. Ils avaient également porté plainte contre l’UNI ou encore CNews. Contre l’extrême gauche, ils ont donc clairement le pouvoir de sanctionner ceux qui bloquent, qui menacent ou qui dégradent. Mais ils ne le font pas parce qu’ils savent pertinemment que ce noyau dur d’une trentaine de militants d’extrême gauche va à nouveau dégrader l’IEP et à nouveau causer des problèmes. Ils préfèrent donc fermer les yeux en se disant que ça va passer. Sauf qu’en agissant ainsi, ils créent un sentiment d’impunité.

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De tels actes vont donc se reproduire, voire s’amplifier ?

Clairement. Lundi, il y a eu amplification car jusqu’à maintenant, il s’agissait de blocages ; là, ils étaient à l’intérieur de Sciences Po pour tenter de bloquer physiquement l’entrée d’un professeur et de ses étudiants dans une salle. Une grande majorité d’entre eux étaient des élèves de Sciences Po mais symboliquement, le fait d’être au sein même de l’institution et non pas devant pour la bloquer, c’est beaucoup plus fort. Ils ont essayé d’entraver la tenue d’un cours, et le pire est qu’ils ont clairement désigné le professeur et les étudiants comme « collabos ». Chose qui s’était déjà produite il y a deux ans lorsque deux professeurs ont été menacés car ils n’étaient pas d’accord avec les groupuscules d’extrême gauche sur l’« islamophobie ».

Que comptez-vous faire avec l’UNI pour empêcher que cela ne se reproduise ?

Avec l’UNI, nous avons directement communiqué avec la direction pour les en informer. Peut-être qu’elle n’était pas au courant. Les militants ont pu agir en toute impunité dans le sens où la sécurité n’est jamais intervenue, alors même qu’ils mettaient la musique très fort dans les couloirs de Sciences Po et qu’ils ont intimidé un professeur et ses élèves. Nous les avons donc informés de ces actes. Ensuite, on essaye de relayer différents témoignages d’étudiants qui ne sont pas à l’UNI pour montrer que c’est quelque chose qui touche les étudiants, qui nuit aux cours et aux institutions. Ce que l’on souhaite, c’est que la directrice sanctionne enfin les fauteurs de troubles. Une fois sanctionnés, ils se rendront compte qu’il y a certaines limites à ne pas franchir.

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