Après s’être accordé avec Europe-Ecologie Les Verts et avec le Parti communiste français, La France insoumise vient de trouver un accord avec le Parti socialiste, bâtissant ainsi une force de frappe électorale impressionnante – La Nouvelle Union populaire écologique et sociale – ayant obtenu près de 30% au premier tour de la présidentielle. Les discussions avec le Nouveau parti anticapitaliste de Philippe Poutou sont en cours, quoique celui-ci ait vivement critiqué l’accord passé avec le PS. « Ce parti, malgré les nombreuses ruptures en son sein, reste le parti du social-libéralisme […]. À gauche, nous sommes des millions à vouloir tourner la page des politiques menées par ce parti, et nous ne comprenons pas la recherche d’un accord avec lui ». Seule Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière, refuse strictement l’alliance, ironisant d’ailleurs sur Twitter de ce « ravalement de façade ».
En ce qui concerne la répartition des circonscriptions, une centaine devrait être réservée à EELV et environ soixante-dix au PS. Cinquante autres seraient destinées au PCF, pour les onze députés sortants en plus de cinq autres jugées gagnables (Vierzon, Dax, Denain, Creil et Lens-Avion). Le NPA considère pour l’heure que les circonscriptions qui leur sont proposées ne sont pas assez favorables. En tout et pour tout, d’après les différentes projections, cette Nouvelle Union populaire pourrait remporter entre 70 et 90 sièges.
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C’est donc la logique de l’alliance qui aura eu raison des diverses chapelles car toutes y trouvent leur compte en vue des législatives : force principale du grand bloc de gauche, LFI impose ses cadres et ses idées, en plus d’augmenter partout ses chances de qualification au second tour dans un contexte abstentionniste a priori défavorable (il y aura tout de même des contestataires-dissidents, ci-et-là) ; les autres partis s’aménagent une présence au Palais Bourbon alors qu’ils risquaient bien, du fait de l’alignement des législatives sur la présidentielle, d’en être balayés. Chef de cette nouvelle force politique, face à une droite en lambeaux, Jean-Luc Mélenchon tient sa revanche sur le PS et pourra revendiquer le titre de premier opposant à Emmanuel Macron (et c’est ce que pensent déjà 37% des Français, d’après un sondage pour BFM).
Quand toute la gauche se rallie à l’islamo-gauchisme
Les sujets de divergence ne manquaient pourtant pas entre les différents protagonistes : sur les questions économiques, l’alliance réunit des réformistes membres des « partis de gouvernement » et des anticapitalistes de tout poil, favorables à un grand renversement du système en place. Sur les questions européennes, elle fusionne des forces résolument européistes, pour certaines même fédéralistes (ainsi que l’était, sans le dire, le programme de Benoît Hamon en 2017), et des Insoumis souverainistes proposant de sortir des traités européens quand ils ne rêvent pas secrètement du Frexit, et qui ont d’ailleurs imposé aux membres de l’union la « désobéissance » aux règles de l’UE. Sur le plan énergétique enfin, elle fonde en une seule et même force des pro et des anti-nucléaires, Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon, quand bien même le premier, qui souhaitait jadis réinvestir massivement dans le nucléaire, disait il y a quelques mois du second qu’« agiter les peurs du nucléaire de cette manière est irresponsable ».
Fabien Roussel, celui qui s’est fait passer pour l’anti-Sandrine Rousseau, siégera donc à ses côtés au Palais Bourbon, entre Taha Bouhafs et les écologistes grenoblois ayant approuvé le port du burkini dans les piscines françaises
Mais l’opposition principale entre toutes ces gauches résidait en un clivage plus essentiel encore car anthropologique, et que beaucoup croyaient pour ainsi dire indépassable, entre d’un côté les partisans de l’émancipation individuelle issue de l’héritage des Lumières (raison, progrès, laïcité et universel), et de l’autre une nouvelle gauche woke qui, y voyant les attributs de la domination blanche occidentale, leur préfère les différentialismes de minorités en tout genre (féminisme, racialisme, indigénisme, décolonialisme, etc), ainsi que l’a décrit la philosophe Stéphanie Roza dans son essai La Gauche contre les Lumières ? Cette deuxième gauche aujourd’hui triomphe.
C’est en particulier Fabien Roussel qui a semble-t-il avalé le plus de couleuvres, lui qui des mois durant a été acclamé par tous, y compris à droite, pour sa défense des policiers et son soutien à Charlie Hebdo, son éloge du vin, de la viande et de la chasse. Sur tous ces sujets, en plus du nucléaire, il a dû se coucher. C’est que beaucoup se sont illusionnés sur son cas, croyant qu’il serait l’incarnation d’une gauche redevenue populaire, républicaine et laïque ainsi qu’il se définissait lui-même, alors même que « communiste » (ce qui aurait dû nous mettre la puce à l’oreille), il prône l’écriture inclusive et défend le lobby LGBT, hésite à placer Staline parmi les « camarades » et considère que « Taïwan appartient à la Chine ». Celui qui s’est fait passer pour l’anti-Sandrine Rousseau siégera donc, au moins symboliquement, à ses côtés au Palais Bourbon, entre Taha Bouhafs et les écologistes grenoblois ayant approuvé le port du burkini dans les piscines françaises. Il faut croire que son positionnement anti-mélenchoniste lors de la présidentielle était plus stratégique que sincère.
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Hormis quelques vieux éléphants refusant de céder (François Hollande, Stéphane Le Foll, Bernard Cazeneuve, Jean-Christophe Cambadélis, Carole Delga ou encore Julien Dray) dont on verra s’ils sont à terme solubles dans le macronisme, c’est donc toute la gauche française qui se rassemble d’un seul mouvement derrière la bannière islamo-gauchiste. Si dans tout pays à peu près en ordre de marche, le seul fait d’avoir manifesté aux côtés des islamistes, qui ne sont rien de moins que nos ennemis existentiels, devrait avoir disqualifié Jean-Luc Mélenchon à vie, et si la longue litanie de toutes leurs compromissions politiques en fait des complices objectifs du séparatisme islamiste et de la dissolution nationale, LFI a réussi ce tour de force d’être en France le point de ralliement des gauches. La clarification politique, quoiqu’effrayante, est salutaire : il n’existe pas d’autres voies à gauche. C’est que tous, quel que soit leur degré de radicalité, partagent un même objectif à long terme : la France créolisée. La Nouvelle Union populaire écologique et sociale a le mérite de réunir les créolisateurs de tous bords, qu’ils soient masqués, prudents, enthousiastes ou empressés. La droite ferait bien de s’en inspirer.





