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Valérie Pécresse : à la fin, c’est le centre qui gagne

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Publié le

6 janvier 2022

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La droite dure des Républicains a rejoint d’un seul homme la candidature de Valérie Pécresse. L’histoire du parti démontre pourtant qu’ils ne seront qu’un faire-valoir électoral sans prise sur l’orientation politique une fois une pouvoir. Avis aux amateurs.
Pécresse

La victoire de Valérie Pécresse au congrès des Républicains a accouché d’une indéniable poussée dans les sondages. D’à peine plus de 10 % des intentions de vote, Les Républicains ont vite grimpé au point de flirter avec les 20%, faisant de la présidente de la région Île-de-France la candidate la plus à même de battre Emmanuel Macron. Certes, elle enregistre ces derniers temps une légère rechute qui la place au niveau de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour ; elle n’en reste pas moins une prétendante sérieuse au second tour, et plus encore à la victoire finale – car Valérie Pécresse a tout d’une candidate de second tour, capable de réunir sur le « moindre mal ».

Et cette poussée dans les sondages a une explication simple : le discours très droitier d’Éric Ciotti et son excellent résultat au second tour du congrès (40%). Ayant de suite rallié Valérie Pécresse, tout en négociant une place d’influence dans la campagne – on se rappelle le rapport de force engagé publiquement dès le lendemain –, Ciotti est devenue la caution droitière affichée par Pécresse. Les ralliements express de toutes les figures de l’aile droite du parti à sa candidature – Laurent Wauquiez, François-Xavier Bellamy, Bruno Retailleau, Brice Hortefeux et Julien Aubert – auront fini de convaincre l’électorat traditionnel du parti : la « droite vraiment de droite » sera aux manettes avec Pécresse en cas de victoire.

Lire aussi : Valérie Pécresse, la droite dans le vent

Et au regard de la distribution des voix, c’était plus qu’une nécessité. Dans le sondage Harris Interactive du 5 janvier, seuls 50% des électeurs de François Fillon envisagent de voter pour Valérie Pécresse. Si une partie d’entre eux (13%) choisissent désormais En Marche, c’est surtout à droite qu’a eu lieu l’hémorragie : 27% disent désormais opter pour Éric Zemmour. Après un mois de novembre compliqué qui a vu celui-ci chuter dans les sondages, Ciotti a permis de colmater la brèche en servant d’affichage sécuritaire et identitaire, empêchant ainsi le départ pressenti de nombreux élus vers l’équipe du polémiste. « Éric Ciotti aura une place singulière auprès de moi, la place que tenait un Charles Pasqua auprès de Jacques Chirac », se félicitait alors Valérie Pécresse, ragaillardie.

Charles Pasqua, le cocu de la chiraquie

Et le parallèle est particulièrement bien senti : Charles Pasqua a joué un rôle prépondérant dans le lancement de la fusée Jacques Chirac, que ce soit dans la création du RPR en 1976 pour succéder à l’UDR, dans la conquête de la mairie de Paris en 1977, dans la chute de Valéry Giscard d’Estaing en 1981, ou encore dans la deuxième tentative présidentielle du Corrézien en 1988. Ministre de l’Intérieur de Chirac durant la première cohabitation (1986-1988) puis de Balladur durant la seconde (1993-1995), le Corse a surtout incarné avec quelques autres l’aile droite du parti, héritière du gaullisme historique. Dans une moindre mesure et avec moins de talent, Éric Ciotti est parti pour jouer le même rôle de propulseur, et connaître le même destin de faire-valoir.

Car le destin de Pasqua fut tragique. Quand Chirac commençait à virer vers le centrisme européiste, lui se faisait dès 1986 l’avocat d’un rapprochement avec le Front national au nom de « valeurs communes ». Sur des lignes politiques tout à fait incompatibles, l’idylle ne pouvait finir qu’en rupture : lors de la présidentielle de 1995, Pasqua choisit de soutenir Édouard Balladur plutôt que Chirac, puis de fonder en 1999 un nouveau parti souverainiste, le RPF, aux côtés de Philippe de Villiers et Marie-France Garaud. En tout et pour tout, il aura donc longtemps joué la caution souverainiste et identitaire d’un RPR n’ayant cessé de dériver au centre, jusqu’à adopter le logiciel intellectuel de son allié d’alors, l’UDF, lorsqu’il était au pouvoir. Semblant d’équilibre et résultats dans les urnes pour le parti ; perte des arbitrages et défaite idéologique pour Pasqua : une pincée d’empirisme organisateur suffit à deviner l’avenir promis à Éric Ciotti. Utilisé comme vitrine, il n’aura pas son mot à dire sur le contenu de l’arrière-boutique.

La droite des Républicains ne sert qu’à tenir des positions électorales et à donner un semblant d’équilibre politique au parti ; une fois au pouvoir, ils ne sont rien d’autres que des faire-valoir systématiquement défaits sur le plan idéologique

L’échec permanent de l’entrisme

Adoptant les éléments de langage d’un conseiller marqué à droite (Patrick Stefanini), surjouant avec théâtralité la rhétorique volontariste, Valérie Pécresse tente assez grossièrement de refaire le coup réussi par Nicolas Sarkozy en 2007, au point qu’elle en singe désormais le vocable – « Je vais ressortir le Kärcher de la cave » – en plus d’en revendiquer l’héritage – « Cela fait dix ans qu’il y est et il est temps de l’utiliser ». Comme si un cocufiage n’avait pas suffi aux électeurs ! Avec aussi peu de convictions en ce qu’elle dit que son aîné, au point de répéter à qui veut l’entendre qu’elle est bien de droite, comme pour se convaincre elle-même, il y a fort à parier qu’il y aurait un virage à 180 degrés une fois la candidate installée à l’Élysée. Celle qui avait déclaré être prête « à rassembler les conservateurs et les progressistes » en quittant Les Républicains en 2019 ne rechignerait sûrement pas à accueillir ses Bernard Kouchner, Martin Hirsch et Rama Yade. La liste des conseillers thématiques récemment annoncée est déjà éloquente : plutôt que le conservateur François-Xavier Bellamy, c’est le chef de la majorité parlementaire Damien Abad qui a été nommé conseiller à la famille, lui qui ne s’est jamais opposé publiquement à toutes les lois sociétales votées les unes à la suite des autres, quand il ne les a pas directement votées.

Morale de l’histoire : la technique de l’entrisme ne fonctionne pas. Au sein du parti, c’est l’UDF qui l’emporte toujours sur le RPR. La droite des Républicains ne sert qu’à tenir des positions électorales et à donner un semblant d’équilibre politique au parti ; une fois au pouvoir, ils ne sont rien d’autres que des faire-valoir systématiquement défaits sur le plan idéologique, mais la présence silencieuse participe à la mise en place de politiques qu’ils jugent eux-mêmes délétères pour le pays. Il faut croire que le confort du poste justifie ces coupables compromissions. Courage, fuyons.

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