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Valérie Pécresse : autopsie d’un fiasco oratoire

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Publié le

21 février 2022

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En singeant l’art du discours politique traditionnel plutôt qu’en adoptant un style qui lui est plus approprié, Valérie Pécresse a commis une grave erreur oratoire, d’autant plus visible que le fond est illisible.
Pécresse Capture d'écran YouTube

Le meeting du Zénith de Valérie Pécresse est un lourd échec. Il risque de coller durablement à la peau de la candidate, de la même manière que Marine Le Pen reste encore marquée par le fiasco du débat de l’entre-deux-tours de 2017. Les causes du naufrage oratoire de Valérie Pécresse tiennent à la fois à des questions de forme, de format et de fond.

L’art du discours politique possède son histoire et ses codes. Il a été bâti par et pour des hommes. Il s’appuie traditionnellement sur une prestance, une gestuelle et des intonations mieux adaptées au masculin qu’au féminin. Certaines femmes, par leur contenance et leur timbre de voix assez bas, le maîtrisent parfaitement. Mais il est évident que Valérie Pécresse ne possède pas les dons naturels pour se livrer avec réussite à ce genre d’exercice. Or son erreur a été de vouloir s’y plier à tout prix, en cherchant à copier le style oratoire masculin au lieu de casser les codes. Elle aurait pu pourtant s’inspirer d’autres modèles. Il existe en effet, notamment dans la profession d’avocat, nombre des femmes qui excellent dans l’art de la plaidoirie, et plus globalement dans celui de la prise de parole en public. Confrontées aux mêmes difficultés que Valérie Pécresse, ces oratrices ont su inventer un style très efficace, adapté à leurs qualités. Elle aurait dû chercher à s’en inspirer plutôt que de vouloir imiter la manière des hommes. Elle dénonce aujourd’hui ceux qui la critiquent en les accusant de « machisme ». Cependant c’est elle qui, en choisissant de s’exprimer à la façon des hommes, s’est soumise à un conformisme oratoire masculin qui se retourne contre elle, que personne ne lui imposait, et cela alors qu’elle aurait tout à fait pu procéder autrement.

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La tenue d’un grand meeting politique pose de plus une difficulté supplémentaire tenant à son format, qui rend l’exercice très complexe. Il faut en effet parvenir simultanément à accomplir une performance relevant de l’art oratoire de salle et de la prestation télévisuelle. Le discours face à un vaste public exige généralement une gestuelle spécifique, poignante, accompagnée d’un jeu de respiration et d’échange, de quasi communion avec la salle. L’ambiance porte la parole. Le rythme domine. Or la retransmission à la télévision écrase tout ceci. L’espace se rétrécit. Le jeu du corps et des intonations se doit alors d’être beaucoup plus minimaliste, pour éviter la grandiloquence et pour ne pas créer le sentiment de surjouer. Tenir les deux dimensions s’avère compliqué. Il faut s’installer dans un équilibre oratoire fragile mêlant chacun des styles, en les harmonisant. Surtout, les défauts de la performance oratoire se trouvent immédiatement amplifiés. La tentative malheureuse de Valérie Pécresse d’imiter l’art masculin de la prise de parole a rendu, à l’écran, ses défauts encore plus visibles.

La tentative malheureuse de Valérie Pécresse d’imiter l’art masculin de la prise de parole a rendu, à l’écran, ses défauts encore plus visibles.

Enfin, la rhétorique ne constitue pas qu’une question de forme, mais aussi de fond. La structure du discours, son contenu, donne vie au style. Les idées doivent être incarnées, authentifiées par la parole, ses tonalités et la gestuelle. Sinon, elles ne passent pas la rampe et ne touchent pas réellement l’auditoire aux tripes, ni au cœur. Or Valérie Pécresse navigue dans un entre-deux idéologique qu’elle ne parvient pas à synthétiser. D’où la sensation d’une logorrhée fausse, cousue façon patchwork, sans unité ni ligne directrice, flottant entre la ligne d’Éric Ciotti, proche de celle d’Éric Zemmour, et la ligne centriste attirée par Emmanuel Macron. Un tel discours devient alors très difficile à prononcer d’une manière convaincante, surtout quand par ailleurs la technique oratoire de la personne qui s’exprime s’avère fragile.

Coincée entre une droite dure et un centre fuyant, Valérie Pécresse ne donne pas l’impression de dominer les contraires en les soumettant à sa propre vision de la France. Elle paraît plutôt courir derrière chacun en cherchant à cocher toutes les cases pour s’attirer les bonnes grâces des uns puis des autres. Il en résulte un sentiment de faiblesse là où il faut incarner une force. En réalité, Valérie Pécresse a certainement voulu, en affichant un style martial totalement inadapté à ses qualités oratoires, affirmer par la forme une image d’autorité afin de compenser celle dont elle ne dispose pas sur le fond. C’est exactement l’inverse qu’elle aurait dû rechercher.

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