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Valérie Pécresse, la droite dans le vent

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Publié le

15 septembre 2021

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En campagne, Valérie Pécresse a mis un indéniable coup de barre à droite, et le répète à qui veut bien l’entendre. Problème : au-delà du discours sécuritaire, rien chez elle n’indique une vision du monde conservatrice.
Pécresse

Valérie Pécresse est en campagne. Et comme à son habitude, elle multiplie les déclarations qui claquent. Baisse drastique de l’immigration, contrôle des frontières, durcissement du regroupement familial ou révision du droit du sol : Valérie Pécresse a mis un remarquable coup de barre à droite. « Il va falloir un choc d’autorité dans notre pays. »

Et pour cause, la présidente de la région Île-de-France maîtrise parfaitement les très hypocrites ressorts du mécanisme démocratique : définir la portion d’électorat à séduire pour pouvoir l’emporter, et lui adapter un discours et des propositions sur-mesure. Avec la droitisation évidente de l’opinion, la marche à suivre était attendue, ce d’autant plus que Xavier Bertrand et Emmanuel Macron visent la même portion d’électorat, et alors que le spectre Zemmour pourrait très largement l’amputer à droite. À court terme, son objectif est simple : il faut rallier Bruno Retailleau pour mettre la main sur l’aile droite de LR. L’avantage, c’est qu’elle est déjà accompagné par des proches de François Fillon – son directeur de campagne Patrick Stefanini et sa plume Igor Mitrofanoff.

Pécresse de droite ? Ben voyons !

« Les valeurs de la droite sont devenues centrales dans la société. Il serait donc paradoxal qu’elles ne soient pas incarnées par quelqu’un sincèrement de droite, qui ne pratique pas la godille politique » a-t-elle déclaré en visant ouvertement le président. « Quelqu’un sincèrement de droite » ajoute-t-elle encore. Outre que cette nécessité de répéter que l’on est de droite interroge – on répète quand les gens ne savent pas, donc quand on n’en a jamais fait la démonstration : avez-vous déjà vu Jean-Marie Le Pen répéter qu’il est de droite ? – et que tout porte à croire qu’elle le martèle pour s’en convaincre elle-même, il faut encore s’interroger sur la droite dont elle se revendique, c’est-à-dire une droite qui n’est vraiment pas de droite dans son rapport au monde, et qui préfère bien sagement se soumettre au politiquement correct.

Lire aussi : Tout le monde, il est de droite

À la primaire de 2017, Valérie Pécresse a soutenu Alain Juppé, alors chantre de l’identité heureuse et qui proposait d’intégrer les immigrés en respectant la diversité et leur identité. Bien loin de la politique de fermeté dont elle se réclame aujourd’hui. Suite à la débâcle des élections européennes en 2019, elle décide de quitter Les Républicains, considérant que les cadres du parti « ne souhaitent pas ouvrir une réflexion sur la France d’aujourd’hui », et lance son mouvement Soyons Libre ! : « J’ai acquis la conviction que la refondation de la droite ne pourra pas se faire de l’intérieur du parti mais de l’extérieur » lance-t-elle alors, se disant prête « à rassembler les conservateurs et les progressistes ».

Ses références intellectuelles et politiques sont tout aussi éloquentes. Elle se dit « au barycentre des trois droites que décrivait René Rémond » sans que l’on entrevoie hélas ce qu’il y a de légitimiste chez elle, si ce n’est la « légitimité chiraquienne » dont elle s’honore – et ce n’est, hélas encore, pas de l’humour corrézien. Elle ajoute qu’elle se veut « 2/3 Merkel et 1/3 Thatcher », savant mélange de tout ce qu’à peu près toutes les droites occidentales vomissent en 2021 : un centre-droit managérial et immigrationniste incapable de penser la continuité nationale, couplé à un néolibéralisme économique sans frontières qui coûte sur le plan de l’industrie, du social et de l’environnement.

Quoique « moderne », Pécresse pense encore béatement avec le paradigme post-communiste de la droite libérale des années 2000, et n’a décidément pas pris le pouls de l’époque qui s’ouvre

Quoique « moderne », Pécresse pense encore béatement avec le paradigme post-communiste de la droite libérale des années 2000, et n’a décidément pas pris le pouls de l’époque qui s’ouvre. Quand Trump, Johnson ou Orban se font élire, elle prétend incarner « l’aile droite du juppéisme ». Reconnaissons-lui au moins l’esprit de nuance. Et de conclure : « En 2022, le candidat pour presque rien ne doit pas être président plus longtemps. Vous l’avez cru réformateur ; il l’est moins que moi. Il voudrait ressembler à la droite : il en est une pâle copie, je suis, avec vous, l’originale. Il est déjà le passé. Nous serons l’alternance. Nous serons l’avenir. » L’alternance 2022 sera donc plus macronienne que Macron. Avis aux amateurs !

Famille, islam, écologie pas vus de droite

Fort logiquement, son paradigme si peu de droite s’incarne pratiquement dans son comportement et ses propositions. Prenons les dernières élections régionales, où Valérie Pécresse a brillé par la godille politique en chassant de ses listes tous les membres de VIA-La voie du peuple (ex-PCD) et du Mouvement conservateur (ex-Sens Commun). À leur place, Valérie Pécresse a préféré s’ouvrir à toutes les sensibilités, à des « gens qui ne se réduisent pas à être de droite » d’après les mots de Frédéric Péchenard – et en tant qu’ils ne sont pas de droite, serait-on tenté d’ajouter.

Outre de nombreuses personnalités Macron-compatibles, des représentants des minorités sexuelles ont fait leur entrée en force dans la majorité. Ainsi, Catherine Michaud, la présidente de GayLib, le mouvement de droite qui milite « en faveur de l’égalité des droits LGBT », et patronne à Paris du Mouvement radical, progressiste et libertaire. Cette nomination en dit long sur la conception fort peu traditionnelle de la famille qu’a Valérie Pécresse, quand bien même elle se revendique catholique pratiquante. Jadis, pour profiter de la vague Manif pour tous, elle votait contre la loi Taubira et proposait de « démarier » les couples homosexuels. En novembre 2014, elle changeait pourtant d’avis après « avoir réfléchi ». En 2015, elle réunit pourtant sur sa liste plusieurs personnalités opposées à la loi Taubira, et nomme Caroline Carmantrand, une anti-mariage gay, à la présidence de la commission famille. « On ne subventionnera pas la théorie du genre » promet-elle encore. Présidente de région, elle a pourtant financé le CRIPS, qui fait la promotion de tout type de plaisir sexuel dans les écoles auprès d’enfants de 13 ans, et le festival Solidays, vitrine de l’idéologie libertaire du lobby LGBTQIA+. Il y a quelques semaines, elle s’en prenait par ailleurs à Victor Orbán et à sa volonté d’interdire la promotion de l’homosexualité dans les écoles.

Lire aussi : Comment Valérie Pécresse finance l’idéologie LGBT

Madame Pécresse se croit encore de droite pour avoir musclé son discours sécuritaire. Elle a pourtant sur sa liste une figure islamo-compatible en la personne de Bruno Beschizza. Ancien officier de police, il avait mis en cause ses collègues lors de l’affaire Théo en 2017 par pur clientélisme, au mépris de la présomption d’innocence. Maire d’Aulnay-Sous-Bois depuis 2014, il entretient des liens assez confus avec les islamistes locaux : rappelons qu’il a prêté en 2015 le gymnase municipal pour une soirée spéciale où plusieurs prédicateurs salafistes se sont exprimé, dont Nader Abou Anas et Mehdi Bouzi, ce dernier étant qualifié d’adepte de discours « prodjihadistes » par la préfecture. « Ce n’est pas à moi d’être un censeur au niveau des idées » s’était défendu Bruno Beschizza. En 2017, il offre à l’Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis la tête de Nadia Hamour, proche de Précresse qui avait qualifié la burqa de « symbole de l’oppression de la femme ». En 2018, il attribue un bail emphytéotique à une association musulmane sulfureuse qui veut créer une école privée musulmane hors contrat dans les locaux d’une ancienne école publique. Belle résistance civilisationnelle.

Quid encore de son rapport à la nature et à nos paysages ? Son approche n’est résolument pas conservatrice : Valérie Pécresse est pro-éolienne et opposée au nucléaire, dont elle a annoncé que l’Île-de-France devait « sortir progressivement ». Rappelons d’ailleurs que l’éolien en mer français a connu un déblocage soudain lorsque Valérie et son mari Jérôme ont été simultanément nommés au ministre du Budget pour la première et président d’Alstom Renouvelables pour le second. Nul doute qu’une présidence Pécresse tapisserait nos si beaux paysages de géants à pales.

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