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Valérie Pécresse prise en étau entre Zemmour et Macron

À l’issue de la défaite de François Fillon en 2017, les Républicains sont devenus un parti d’élus locaux sans cohérence doctrinale. Leur destin national ne repose donc plus que sur des aléas indépendants de la volonté de ses cadres. Son électorat comme sa force militante se trouvent maintenant éclatés entre des propositions concurrentes beaucoup plus marquées. Quel destin pour Valérie Pécresse en avril ?

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© DR

La politique n’est pas une science exacte. Nous ne sommes donc jamais à l’abri d’une surprise. Il est toujours possible que Valérie Pécresse, désignée à l’issue des primaires, puisse passer au second tour et éventuellement devenir présidente de la République. Ce n’est toutefois pas le pari le plus certain à l’heure où ces lignes sont écrites, pour plusieurs raisons objectives. Pour commencer, l’embellie sondagière de Valérie Pécresse semble n’être que purement contextuelle, parfaitement corrélée au moment spécifique des primaires. Cette progression n’est donc pas liée à une personnalité toujours peu connue des Français, à l’exception notable des Franciliens, ni à une proposition programmatique qui serait particulièrement remarquable.

Valérie Pécresse a toutefois compris et analysé certaines erreurs commises par les Républicains dans les mois qui ont suivi la déception Fillon. Faisons un petit retour en arrière. Peu après l’élection d’Emmanuel Macron, lors de la campagne pour la présidence des Républicains, Laurent Wauquiez actuellement très peu impliqué dans la présidentielle, comme s’il attendait son tour pour la fois d’après, déclarait : « Il y a un très méchant Dark Vador qui essaie d’étouffer tout espoir dans la galaxie. Mais une flamme renaît, qui va permettre de battre le méchant empire En Marche. Et cette flamme, c’est celle que je porte ». Persuadé de pouvoir évincer Marine Le Pen en reprenant à son compte un discours bien à droite sur les questions régaliennes et civilisationnelles, Laurent Wauquiez estimait que le centre-droit était perdu pour les Républicains après les départs d’Édouard Philippe ou encore de Bruno Le Maire.

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Il notait probablement que le XVIII Brumaire du centrisme qu’avait été l’arrivée d’Emmanuel Macron, détruisait de fait le consensus entre le RPR et l’UDF qui avait conduit à la naissance de l’UMP. La droite du congrès du Bourget était morte comme le Parti socialiste du congrès d’Épinay. S’il n’y avait pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que Manuel Valls ne pouvait plus longtemps cohabiter dans la même structure que Benoît Hamon, Xavier Bertrand n’avait aucune raison de rester membre des Républicains sous une présidence Wauquiez. De même qu’une certaine … Valérie Pécresse. Elle a attendu un peu plus longtemps, ne quittant les Républicains qu’en juin 2019 après la débâcle électorale des Européennes – sur le plan des idées et de la qualité de la campagne de François-Xavier Bellamy, ce ne fut pas une défaite mais un moment qui pourrait peut-être peser demain dans une reconfiguration de la droite autour de Reconquête, mais ce n’est pas le sujet du jour.

« Ça fait trois ans que je plaide pour un changement de ligne et un changement de stratégie, j’ai plaidé pour l’élargissement de la droite : on a eu le rétrécissement », déclarait ainsi l’actuelle candidate à la présidence de la République. Logique : la droite classique ne peut pas gagner sans le centre que Laurent Wauquiez avait encouragé à partir, pensant pouvoir détruire le Rassemblement national. Une équation intenable que Valérie Pécresse ne saura pas résoudre non plus dans deux mois. Avec l’apparition d’Éric Zemmour et l’orientation que prend actuellement la campagne d’Emmanuel Macron, ce pourrait même être pire.

Le ralliement d’une personnalité comme Éric Woerth à Emmanuel Macron est le signal qu’attendait une partie de l’électorat des Républicains pour voter Emmanuel Macron en ayant la conscience tranquille

Le ralliement d’une personnalité comme Éric Woerth à Emmanuel Macron est le signal qu’attendait une partie de l’électorat des Républicains pour voter Emmanuel Macron en ayant la conscience tranquille. Valérie Pécresse n’est qu’un clone d’Emmanuel Macron en jupon, sans les attributs du sortant et le charisme. Sur sa droite, le départ de Guillaume Peltier décoincera aussi ses électeurs les plus attachés aux enjeux de sécurité et d’immigration, pour lesquels Éric Zemmour est une figure aussi appréciée que connue. Quelle place là-dedans pour une personnalité moins intéressante pour les centristes et moins percutante pour les plus droitiers ? Il est à craindre qu’elle soit prise en étau, atomisée façon puzzle. Pour rappel, un électeur sur deux de François Fillon était âgé de plus de 65 ans.

Un électorat âgé qui permettra à Valérie Pécresse de ne pas être ridicule, mais probablement pas d’être au second tour. Journaliste au Figaro, Alexandre Devecchio réagissait sur Twitter juste après la large victoire de Laurent Wauquiez : « La droite gaullo-bonapartiste n’a pas besoin d’une armée d’apparatachiks qui ne représentent qu’eux-mêmes. Il lui suffit du peuple ». Le peuple n’en a pas voulu. Il semble toutefois qu’il puisse s’accommoder de la personnalité d’Eric Zemmour qui, lui, a la capacité de créer un parti dont les meetings ressemblent au « métro à 6h du soir », selon l’expression consacrée par André Malraux à propos du RPF.

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La sociologie militante d’Éric Zemmour, à mi-chemin entre le Front national et La Manif Pour Tous, n’y suffira pas. En revanche, sa personnalité peut séduire bien au-delà de ce cœur militant initial. Il s’appuie sur une importante notoriété et sur des traits de caractère qui le rendent parfaitement identifiable. Ce n’est pas un simple bigot ou un réactionnaire pur jus. Choses qui se ressentent d’ailleurs dans les conversations de monsieur et madame tout le monde. Rarement candidat de droite assumée n’avait fait autant causer, notamment dans des endroits plutôt rétifs au Rassemblement national. Il est en tout cas mieux placé que Valérie Pécresse pour accéder au second tour et rassembler « le peuple de droite ».

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