Varsovie : coups de maîtres

Pensé et instinctif, à l’énergie désespérée propice aux hautes envolées, le groupe Varsovie se distingue par des textes d’une qualité exceptionnelle.

 

Voici treize années, trois albums et un EP, que Varsovie distille un rock sombre, élégant et torturé, hors temps, et donc personnel, ce qui tend à en faire un événement relativement singulier au sein d’une scène rock française désespérément accrochée aux définitions en tous genres, vouée aux modes, soucieuse d’originalité attendue, et dont les engouements transpirent souvent le panurgisme. Varsovie opte précisément pour la posture inverse : en tenant une ligne précise entre permanence et nouveauté, imperturbables, Gregory Caterina et Arnault Destal emmènent leur rock inspiré, défiant à la fois les modes et la nostalgie facile, aux lisières de la cold wave, du rock alternatif et du métal, pour délivrer un Coups et blessures en forme de synthèse et de surmontement de leurs deux précédents albums.

 

Si « État civil », sorti en 2009, figurait un premier album coup de poing tandis que « L’Heure et la trajectoire » s’accordait, cinq ans plus tard, des nuances plus sombres, le troisième opus de Varsovie évolue entre des titres à la fois sauvages et introspectifs qui lui confèrent une tournure paradoxale où épure, raffinement des structures musicales, efficacité des riffs, et plages atmosphériques, inventent une harmonie aussi riche qu’indéfinissable. Ouvrant sur le titre éponyme, mid-tempo hypnotique aux reliefs subtils, et s’achevant sur un « Feux » mélancolique, les neuf titres de l’album exploitent un spectre musical aussi large que le genre le permet, partageant entre la fureur et l’accalmie quelques morceaux de bravoure dont Va dire à Sparte, longue piste de presque huit minutes, qui, construite en crescendo, figure assurément la pièce maîtresse de cet album coup de maître.

Album à la fois pensé et instinctif, à l’énergie désespérée propice aux hautes envolées, c’est aussi par les textes que Varsovie se distingue ; textes qui, s’ils ont toujours été d’une qualité exceptionnelle pour un groupe de rock, atteignent ici un niveau proche de la poésie pure. Et c’est une prouesse suffisamment rare pour qu’on la signale, tant les paroles restent toujours au service des chansons et se refusent au clinquant qu’arborent trop de chanteurs à textes. On l’aura compris, les amateurs de nouvelles tendances et autres hipsters passeront leur chemin, en revanche, il se pourrait bien que les amateurs de rock éclairés trouvent là un album culte…

 

Varsovie en concert le 15 juin

Salle Supersonic

9 rue Biscornet 75012

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remi@lincorrect.org

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