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Villes moyennes : Faut-il fuir les métropoles ?

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Publié le

8 décembre 2020

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Les métropoles feraient-elles sécession ? Dans l’ensemble du monde occidental, la rupture culturelle est consommée entre les populations des métropoles et les populations des campagnes ou des périphéries. Cependant, les habitants des grandes villes qui profitent des avantages de la mondialisation commencent aussi à entrevoir le revers de la médaille : coût du logement, difficultés à fonder une famille, vie passée dans les transports, présence massive de l’immigration ou encore insécurité. Et s’il existait une voie médiane avec les villes moyennes ? La France des sous-préfectures permettrait-elle d’échapper aux métropoles tout en conservant les atouts essentiels des villes ? Enquête.
villemoyenne

En juillet 2020, une étude de l’IFOP sur les villes moyennes montrait que 84 % des Français interrogés trouvaient plus enviable de vivre dans une ville aux dimensions modeste que dans une grande métropole. Plus intéressant, 82 % des 18-35 ans déclaraient aussi leur préférence pour les villes moyennes, alors que cette catégorie d’âge a longtemps été attirée par les métropoles qui permettent d’obtenir les plus belles opportunités professionnelles en début de carrière. Des résultats qui ont fait dire aux sondeurs de l’IFOP que ces chiffres pouvaient « être annonciateurs d’un changement de tendance en matière de dynamique démographique territoriale pour les années qui viennent ». S’ils en avaient le choix, 50 % des Français interrogés iraient y vivre prioritairement selon l’étude.

Dans un article de février 2017 le New York Times s’étonnait pourtant du déclin de la France intérieure, celle de ces sous-préfectures qui ont longtemps innervé le pays : « La France perd ce qui a fait l’esprit de ces capitales provinciales historiques – denses centres urbains perdus dans la campagne où des juges jugeaient, où les préfets administraient et où les citoyens avaient le choix entre une cinquantaine de variétés de fromages chez le crémier, comme dans les romans de Balzac ». Progressivement marginalisées et exclues du développement territorial, les villes moyennes ont souffert les maux de la modernité comme la nouvelle donne économique continentale. Parfois enclavées par une mauvaise desserte en transports (aéroports lointains, diminutions des lignes ferroviaires), elles ont aussi pâti de la désindustrialisation, de l’exode des jeunes et de la désertification des centres-villes commerçants.

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Durant les années 1960 et 1970, l’État a encouragé le développement des grandes surfaces commerciales en banlieues. Confrontés à une féroce concurrence qui s’accompagnait d’un changement radical du mode de vie des Français, les indépendants ont souvent dû mettre la clé sous la porte. Une situation que la crise du virus aura éclairée d’une lumière crue. Président de l’Institut des Territoires, Franck Gintrand l’explique dans Le jour où les zones commerciales auront dévoré nos villes : « En l’espace de quelques années, la multiplication des zones commerciales aura transformé la France plus radicalement que l’exode rural d’après-guerre. Comment en sommes-nous arrivés là et pourquoi cette folie des grandes surfaces dans un contexte économique pour le moins atone ? Contrairement à ce qui est si souvent affirmé, la folie actuelle des grandes surfaces n’est pas le résultat d’une réglementation qui serait allègrement détournée mais le fruit d’une volonté politique délibérée remontant à 2007.  En intensifiant la concurrence entre les enseignes de la grande distribution, le gouvernement d’alors espérait créer une relance de l’économie. Ce fut un échec. La relance ne s’est jamais produite mais la libéralisation des implantations et la guerre des prix, elles, ont littéralement bouleversé le paysage ».

Paradoxalement, ce sont les mêmes qui ont mis en place ce modèle qui demandent aujourd’hui aux Français de consentir des efforts toujours plus importants, notamment en réduisant leur temps de trajets et en se débarrassant de leurs diesels. Cette politique a détruit ce qui était autrefois la France : enlaidissement des paysages, extension perpétuelle du domaine de l’urbain, agriculteurs désespérés, villes de province mortes ! Pourtant, ces villes peuvent se targuer de ne pas ressembler à des dystopies cyberpunk ou à la ville nouvelle que craignait de voir un jour Jacques Tati, qui désenchante leurs populations.

Ajoutez à cela le fameux « vivre ensemble », la paradoxale solitude des villes surpeuplées, les difficultés à fonder une famille, l’éloignement des proches, et vous aurez tous les ingrédients pour une épidémie de « burn-out », maladie des âmes de ce siècle

Deux tiers des Parisiens envisagent de quitter Paris à court, moyen ou long terme, selon l’étude Ipsos « Les Parisiens et Paris : rapport à la ville, habitudes, opinions, volet quantitatif » de septembre 2017 commandée par la Mairie. Dans les métropoles gentrifiées, les élites urbaines auraient-elles le mal de vivre ? Les grandes villes devenues ghettos ont tout de la prison dorée. Paris perd en ce moment autant d’habitants chaque année depuis 2011 qu’elle en gagnait durant la décennie précédente. Vivre dans un arrondissement parisien avec les atouts du village est une chose. Emprunter les transports en commun plusieurs heures par jour, s’épuiser dans des stratégies d’évitement pour que ses enfants ne soient pas dans des classes remplies d’élèves étrangers et subir l’insécurité en est une autre. Pour les jeunes diplômés en quête de vie en ville, les obstacles sont nombreux et le quotidien loin d’une sinécure. L’immobilier est d’ailleurs un des principaux facteurs qui encouragent le départ, l’accession à la propriété devenant de plus en plus compliqué.

Si 60,5 % des Français sont propriétaires de leur résidence principale, seuls 34 % des Parisiens l’étaient en 2015 selon l’Insee. Les prix augmentent drastiquement, comme à Bordeaux qui a connu une flambée du prix au mètre carré de 23,8 % au cours des cinq dernières années, portant le prix moyen d’un appartement de plus de 70 mètres carrés à 300 000 euros. Nul doute que Cherbourg, Angers ou Cholet sont autrement bon marché. Ajoutez à cela le fameux « vivre ensemble », la paradoxale solitude des villes surpeuplées, les difficultés à fonder une famille, l’éloignement des proches, et vous aurez tous les ingrédients pour une épidémie de « burn-out », maladie des âmes de ce siècle.

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Ce phénomène entamé au début des années 2010 est renforcé par les attentats terroristes qui frappent majoritairement les grandes villes. La « fatigue » de vivre en ville est toutefois contrebalancée par l’exaltation, la vie culturelle et sociale qu’on y trouve. Les célibataires, par exemple, jugent qu’il y est plus facile de rencontrer quelqu’un qu’au fin fond de l’Auvergne. Pour une nuit, c’est certain. Pour la vie ? Ça l’est moins. Reste que la ville continue à offrir les activités, les fêtes, les restaurants, les clubs de sport et les théâtres qu’on ne trouve pas ailleurs… du moins si nos épisodes confinés ne deviennent pas la nouvelle norme. Elles sont donc agréables aux personnes seules, ou aux familles fortunées. Quid des autres ? Elles rêvent souvent d’en partir, de profiter d’une grande maison avec jardin et d’écoles de qualité.

Cherchant des témoignages de gens ayant franchi le pas et s’étant installés dans des villes moyennes, j’ai posté une annonce sur une page Facebook consacrée aux familles. Les réponses multiples ne se sont pas fait attendre : « J’ai quitté Paris pour La Roche-sur-Yon. Couple de profs, on pouvait pas survivre en IDF ! » ; « Parti de Paris cet été pour Angoulême. Projet familial, nous voulions retourner en province pour une vie plus « équilibrée » : moins de temps de transport, plus de temps en famille. Dans les faits, maintenant je vois mes enfants matin, midi et soir, alors qu’à Paris je ne les voyais que le WE. Le prix de l’immobilier permet également de se loger dans des conditions plus confortables » ; « L’an dernier nous avons quitté la banlieue lyonnaise pour une ville moyenne. Aucun regret. Aucun. Tout s’est amélioré : l’école des enfants, notre rythme de vie, notre pouvoir d’achat, notre confort… » ; « Paris pour Nancy il y a 5 ans. Pas près de revenir. Ou si, à partir de 20 000 euros par mois. Et encore ! ».

Les villes moyennes, quand elles sont bien desservies et qu’elles bénéficient d’un marché de l’emploi dynamique, ont donc les capacités de ressusciter la « France des sous-préfectures » disparue

Les villes moyennes, quand elles sont bien desservies et qu’elles bénéficient d’un marché de l’emploi dynamique, ont donc les capacités de ressusciter la « France des sous-préfectures » disparue. Le métropolitain n’est en effet plus uniquement ce « grand gagnant » de la mondialisation qui a fait sécession, qui ne se sent plus appartenir à la grande famille française. Il est aussi désormais un perdant de la mondialisation, sujet au stress et aux maladies professionnelles, vivant dans des appartements minuscules. Il est déclassé ou en voie de déclassement, surendetté pour un T2 ou locataire dépensant ce qui lui reste de revenus en chauffeurs Uber et en repas commandés sur Deliveroo, quand ce n’est pas dans un coûteux abonnement Tinder.

Pour l’heure, le départ des métropoles vers les villes moyennes n’est pas un mouvement de masse. Certaines personnes ne peuvent se le permettre ou doivent y renoncer à contrecœur, comme le précise ce père de famille : « Mon épouse a eu un mal fou à trouver un boulot et nous revenons en région parisienne au bout de quatre ans en raison de ce manque d’opportunités professionnelles ». Évidemment, travailler dans les médias ou dans la publicité sera un frein. En revanche, les fonctionnaires ou les professionnels de la santé n’ont que des avantages à s’installer dans une ville moyenne, a fortiori si celle-ci se trouve près de la mer ou de la montagne, avec un marché de l’immobilier abordable.

Attractives, les villes moyennes le seront encore davantage avec la généralisation du télétravail, qui permettrait à certains salariés de n’être présents au bureau qu’une moitié de la semaine. Elles doivent aussi se doter d’infrastructures culturelles, se connecter aux transports, pratiquer des politiques d’urbanisme et des politiques fiscales dynamiques. L’avenir est en tout cas à elles quand nos métropoles se transforment en Gotham City.

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