Pour quelles raisons Guiseppe Conte a-t-il démissionné de son poste de Premier ministre ce mardi ?
Cette crise a été déclenchée par Matteo Renzi, dont le parti était membre de la majorité gouvernementale. Cette majorité était le résultat d’une alliance contre nature entre lui et le Mouvement 5 étoiles, alliance née exclusivement sur l’opposition à la droite mais sans aucune vision commune. Politiquement, Renzi est un joueur de poker : il a toujours mal toléré Conte et désirait avoir plus de pouvoir au sein du gouvernement, notamment sur le contrôle de nos services secrets. Il a continué de provoquer Conte pour essayer d’obtenir le plus possible, en jouant sur le fait que son soutien était fondamental pour avoir une majorité. En face, Conte a toujours refusé les compromis avec Renzi, en pensant que celui-ci n’aurait jamais risqué de provoquer des élections anticipées puisque son parti est à 3%. Finalement, la tension est tellement montée que Renzi a tenté d’obliger la majorité à remplacer Conte, en jouant sur la volonté du Parti démocrate d’augmenter son poids dans l’équipe gouvernementale au détriment du Mouvement 5 étoiles. Et sans oublier de faire un clin d’œil au centre-droit pour former une éventuelle majorité alternative.
Conte est-il en capacité de former une nouvelle coalition ? Si oui, avec quel parti et pour quel projet politique ?
Conte a accepté de déclencher cette crise gouvernementale car il pensait pouvoir récupérer un nombre suffisant de sénateurs pour remplacer le groupe parlementaire de Renzi. Il se disait que, de peur de perdre leur siège en cas de nouvelles élections – du fait de la réduction du nombre de parlementaires selon le référendum de septembre 2020 – ils se rendraient disponibles pour sauver le gouvernement en inventant un nouveau groupe au Sénat.
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Sauf qu’il est en train d’avoir beaucoup plus de problèmes que prévu. Il risque de devoir rouvrir la porte à Renzi, qui est favorable à un nouvel accord mais qui en réalité préfère un nouveau Premier ministre. Il y a une autre option sur la table qui est réclamée : former un gouvernement d’unité nationale avec une majorité large incluant aussi le centre-droit. Berlusconi s’est déjà rendu disponible et une partie de la Ligue y serait aussi favorable.
Un premier gouvernement Conte avait déjà explosé après le départ de Matteo Salvini. Cette volatilité gouvernementale est-elle liée à la personnalité du Premier ministre ou est-elle habituelle en Italie ?
Giuseppe Conte est assez incroyable : il était Premier ministre d’un gouvernement souverainiste et populiste, opposé à la politique de l’Union européenne et à l’immigration, sympathisant de Trump. Et seulement un an après, il est devenu Premier ministre d’un gouvernement anti-souverainiste et antipopuliste, aligné sur l’Union européenne et immigrationniste, sympathisant de Biden. En réalité, il est devenu Premier ministre un peu par hasard, parce qu’il était totalement inconnu et sans aucun curriculum politique, à un moment où il n’y avait aucun consensus électoral. Cette situation en a fait la solution parfaite pour tous les partis – Ligue et 5 étoiles d’abord, 5 étoiles et Parti démocrate ensuite – qui ne voulaient pas d’un Premier ministre faisant de l’ombre à leur leaders politiques respectifs. Cependant, avec le changement de gouvernement, Conte – poussé par son énorme narcissisme – a voulu s’élever au rôle de leader politique, détruisant en cela l’atout qui l’avait amené au pouvoir. Ce n’est pas une coïncidence si la crise a été déclenchée par le leader le plus narcissique de cette majorité, Renzi.
Il est temps que la droite italienne construise un projet capable d’obtenir un large consensus électoral et de toucher tous les milieux composant une nation : peuple et bourgeoisie, ouvriers et industriels, agriculture et finance, périphéries et métropoles
Cependant, le problème de la volatilité gouvernementale est beaucoup plus profond. Depuis 1946, l’Italie a déjà changé 66 fois de gouvernement et 29 fois de Premier ministre, ce qui signifie que rarement dans l’histoire un gouvernement a terminé son mandat. Notre système parlementaire et son mode de scrutin permettent l’élection de petits groupes parlementaires sans créer de consensus électoraux. Ce système favorise les manœuvres politiciennes dans le Palais plutôt que des mandats populaires, et sacrifie la stabilité politique. On aurait besoin d’un système électoral majoritaire avec l’élection directe du président de la République, mais malheureusement il est probable qu’on aille au contraire vers un système encore plus proportionnel qui aggravera les choses.
Quel bilan tirer du gouvernement Conte, notamment au regard de la gestion de la crise du Covid 19 ?
Pour répondre, il suffit de rappeler que nous sommes l’un des pays qui avons le plus de morts, et en même temps qui subissons le plus la crise économique à cause des mesures adoptées pour limiter la mortalité. Par exemple, les aides pour ceux qui ont dû fermer leurs activités commerciales ne sont jamais arrivées. Le chômage partiel du premier confinement n’est pas encore arrivé pour beaucoup de gens.
Très concrètement, que va-t-il se passer dans les prochaines semaines sur le plan politique ?
L’élément le plus intéressant concernant les dynamiques politiques italiennes n’est pas le destin personnel de Giuseppe Conte, mais plutôt les mouvements de partis. Au sein de toutes les forces politiques se développe une tendance vers le centrisme. D’où la compétition entre Conte et Renzi, les souhaits d’un gouvernement d’unité nationale de Berlusconi et d’une partie de la Ligue, ou encore l’appel du Parti démocrate et d’une partie du 5 étoiles à un rassemblement européiste. Pour comprendre cela, il faut voir ce qui s’est passé il y a quelques jours en Allemagne : la CDU a choisi Armin Laschet pour succéder à Merkel. Il représente la continuité de sa stratégie politique, c’est-à-dire la formation en Europe d’une force politique centriste que puisse garantir à Bruxelles et dans les États membres importants comme l’Italie des gouvernements stables, contrôlés et fidèles aux décisions allemandes.
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Le modèle populiste a été un échec, utile pour accroître la force électorale mais inadapté pour construire une alternative concrète de gouvernement. S’il y a formation d’un grand centre, celui-ci aura tout de même besoin d’un allié à droite ou à gauche pour avoir la majorité nécessaire. Ceux qui à droite, séduits par le pouvoir facile, veulent aller vers le centre nous condamnent à demeurer dans la main de la gauche. Mais ceux qui veulent s’enfermer dans la rhétorique populiste nous condamnent tout autant.
Il est temps que la droite italienne construise un projet capable d’obtenir un large consensus électoral et de toucher tous les milieux composant une nation : peuple et bourgeoisie, ouvriers et industriels, agriculture et finance, périphéries et métropoles. L’erreur de la droite populiste des dernières années a été de se prêter au jeu d’une sorte de nouvelle lutte de classes, en imitant l’attitude idéologique propre à la gauche. Or, la mission d’un mouvement national est de créer une synthèse entre ces classes-là en utilisant le principe du réalisme et du pragmatisme politique. Il est grand temps que la droite grandisse !





