Vive le français libre !

© Romée de Saint Céran pour L’Incorrect

Bien avant l’Afrique, l’Amérique a été la principale ambition mondiale française. Malheureusement, Paris a renoncé à ses conquêtes canadiennes après la perte de Québec en 1759.

 

Dès 1830, la France reporte ses aspirations coloniales vers la rive sud de la Méditerranée où la compétition avec l’Angleterre semble plus équilibrée. « Laissons au coq gaulois ces sables à gratter », riait perfide Lord Salisbury. Et de fait, Londres accapare les terres les plus riches du continent noir, les plateaux d’Afrique australe et de l’Est qui descendent jusqu’au Nil. Il ne reste à la France que le Sahara, le Sahel, un morceau du golfe de Guinée et surtout un énorme complexe d’infériorité face au monde anglo-saxon.

 

Lire aussi : Nos mirages

 

Aujourd’hui la compétition avec le monde anglophone est tout aussi déséquilibrée. À ceci près que huit francophones sur dix naissent sur le continent africain et que la tendance va s’accentuer. C’est dans ce contexte que la France a souhaité donner à une Africaine de souche, Louise Mushikiwabo, la direction de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), il y a quelques mois. Mais cette Rwandaise a fait sa scolarité et fondé sa famille aux États-Unis avant de rejoindre le chef du gouvernement très hostile à la France et en place depuis 20 ans, Paul Kagamé.

 

La décision de remplacer la Québécoise Michaelle Jean est-elle surprenante de la part d’une personnalité, qui s’exprime en anglais aux sommets internationaux et organise à Paris un « One Plannet Summit » suivi d’un « Tech for good » et d’un « Paris Peace Forum » ?

 

La langue de Molière est non seulement un creuset culturel inestimable mais aussi l’un des piliers de notre influence dans le monde. Laisser prospérer une franglophonie au nom du pragmatisme et de l’ouverture équivaut à brader notre histoire impériale dans le grand marché mondial. La langue française aussi a besoin de protectionnisme. Pire que Louis XV après la guerre de Sept ans, la France abandonne sa langue et ses amis québécois sur ce continent américain que nous avons perdu avant de l’envier puis de le singer.

 

« Combien de temps me reste-t-il à vivre ?

– Quelques heures à peine.

– Tant mieux, je ne verrai pas les Anglais à Québec ».

Les derniers mots du Lieutenant-Général de Montcalm résonnent toujours à nos oreilles. Pour combien de temps encore ?

 

.

hdesuin@lincorret.org

Pin It on Pinterest

Share This