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Waldemar Brun-Theremin : « Vous ne posséderez rien mais vous serez heureux »

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Publié le

25 juin 2021

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Waldemar Brun-Theremin est directeur de Turgot Asset Management et contributeur régulier du Courrier financier et de la revue Conflits. Il revient pour L’Incorrect sur les leçons économiques et géopolitiques de la pandémie de Covid-19.

Le Great Reset de Klaus Schwab et Thierry Malleret a fait couler beaucoup d’encre. Ce concept peut-il vraiment être considéré comme opératoire pour l’économie et la finance mondiale ?

Contentons-nous d’un nombre limité de préceptes du Great Reset. Schwab et Malleret entendent construire sur de nouvelles bases (Build Back Beter). Mais au plan économique leur table rase n’en est pas une. Elle met en valeur, dans un mouvement que le covid a accéléré, certaines tendances lourdes des deux dernières décennies, comme la financiarisation et la digitalisation. Comme les taux d’intérêt sont à des niveaux très faibles, quand ils ne sont pas négatifs, il serait regrettable de ne pas s’endetter, notamment pour acheter un bien immobilier, pour paraphraser Alan Greenspan au milieu des années 90.

Et ainsi, tout achat devient prêt, abonnement, leasing, crédit revolving… Dans les petites vidéos très divertissantes qui figurent sur le site internet du World economic forum, on trouve cette vision réjouissante du futur : « You will own nothing and you will be happy » (qu’on peut traduire par : vous ne posséderez rien et/mais vous serez heureux).

Quant à la digitalisation, elle apporte des gains de productivité qui faisaient cruellement défaut au capitalisme de la période récente. Mais on peut s’interroger sur les conséquences de l’absence d’interaction professionnelle sur un lieu dédié au travail. Surtout, elle mène tout droit à la surveillance, comme s’en félicite dans le Financial Times l’autre gourou de l’époque, Yuval Noah Harari.

Pour la deuxième fois, le président Xi a tenu la vedette lors de son intervention au forum de Davos

La crise a renforcé les entreprises multinationales, et pas seulement les géants de la Silicon Valley, au détriment des entreprises modestes. Les vagues de faillites ont été reportées grâce aux aides budgétaires. Les « schwabistes » souhaitent surtout maintenir leur capitalisme d’extraction. Les ficelles sont un peu grosses.

En 2020, la Chine est la seule économie qui demeure en croissance. De la même manière qu’en 2008, peut-on considérer que cette crise sanitaire et économique lui profite ?

Pour la deuxième fois, le président Xi a tenu la vedette lors de son intervention au forum de Davos. Il y a appelé, dans des propos repris plus tard par Angela Merkel, à la neutralité de l’Europe et recommandé aux grandes puissances de la mesure dans leurs relations avec les nations plus faibles, cela au moment même où la Chine redoublait d’agressivité envers l’Inde ou l’Australie. La diplomatie du masque a muté en diplomatie du vaccin. Le lobbying chinois reste intense en Allemagne, et la Serbie, mise au ban de l’Europe dans les années 90, offre le visage parfait du vassal de Pékin : patrouilles de policiers chinois à Belgrade, caméras de surveillance chinoises dans tout le pays et utilisation très médiatisée du vaccin chinois. Les nouvelles routes de la soie ne passent pas loin.

Lire aussi : Effacer le grand reset

Pour nombre d’autres capitales, Pékin présente l’avantage de ne pas être une démocratie et, à ce titre, de ne pas s’immiscer dans la gestion des affaires locales autrement que pour un gain économique. À ce titre, la Chine a renfloué la Turquie à hauteur de 400 millions de dollars l’année dernière, et fait main basse au passage sur des infrastructures. Autre tendance lourde plus récente : le réveil des Américains face à la Chine. À la faveur du covid, on n’a pas assisté à un renforcement de la coopération internationale. C’est désormais Éric Schmidt, ancien dirigeant de Google et proche d’Obama, qui recommande de renforcer la lutte contre le vol de propriété intellectuelle et de maintenir le quasi-embargo sur les composants électroniques mis en place par l’administration précédente.

De quels moyens disposent les États-Unis pour se relever après la crise ?

Face à la Chine, les États-Unis renforcent leurs liens (militaires, logistiques, sanitaires) avec le Japon, l’Inde et l’Australie (alliance informelle connue sous le nom de Quad). Sur le plan domestique, les Américains ont sorti l’artillerie lourde avec plus de 4 000 milliards de dollars de relance. Ces dépenses pharaoniques entraînent des prédictions alarmistes : toute cette monnaie va générer de l’hyper-inflation qui aura pour effet de détruire la valeur du dollar. Mais n’allons pas si vite. Il semble difficile de prédire le déclin américain même si le thème est à la mode depuis des lustres. Mais surtout, il n’y a aujourd’hui aucune devise ni aucun système pour se substituer au dollar. Même les Chinois continuent à amasser des bons du Trésor américain.

Il semble difficile de prédire le déclin américain même si le thème est à la mode depuis des lustres

Pour la suite, les États-Unis préparent un plan supplémentaire de 2 000 milliards de dollars consacré aux infrastructures. Et une hausse de la fiscalité se dessine.

La « souveraineté économique » est soudain redevenue un élément de langage européen : mais est-ce vraiment envisageable ?

Du fiasco des masques (qui auront constitué en 2020 un trou de plus de cinq milliards d’euros dans notre déficit commercial record) à celui des aiguilles pour les vaccins, les chaînes d’approvisionnement vitales qui ont quitté l’Europe ne se comptent plus.

Quant aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre, ils se fondent en grande partie sur les énergies renouvelables. Au-delà de leur faible productivité liée à l’intermittence du vent et du soleil, ils présentent un défaut majeur : la Chine contrôle la production des éoliennes et des panneaux solaires. Métaux rares dans les composants et les aimants, cellules photovoltaïques : tout est produit en Chine.

En Europe, on soulignera le jeu trouble des Allemands : ils règnent sur la construction européenne même si l’ordo-libéralisme et les taux négatifs ne font pas bon ménage, ils maintiennent des liens privilégiés avec Moscou (le gaz naturel russe leur est indispensable) et Ankara, ils espèrent un retour à la normale des relations avec Washington.

On observe depuis quelques années en Allemagne une hausse des prix de l’énergie à la faveur de l’abandon du nucléaire. La France n’arrive pas à s’affirmer comme le champion du nucléaire

Et maintenant que l’automobile allemande a pris le virage du tout-électrique (BMW vise 50 % d’électrique pour 2030), on ne peut que constater que cette évolution nécessite des batteries, encore une chaîne d’approvisionnement qui dépend massivement de la Chine.

Ce n’est donc pas la révolution verte chère au Forum de Davos qui ramènera la souveraineté sur le continent européen. En revanche, l’écologisme et plus encore la tendance de fond de l’investissement socialement responsable pourraient bien produire l’inflation tant attendue. On pourrait se trouver face à des hausses des coûts de production qui se traduiront nécessairement par des hausses des prix à la consommation. On assiste déjà à des hausses du coût des matières premières (notamment les prix des métaux). On observe depuis quelques années en Allemagne une hausse des prix de l’énergie à la faveur de l’abandon du nucléaire. La France n’arrive pas à s’affirmer comme le champion du nucléaire. Espérons que l’intérêt que lui porte John Kerry, le monsieur climat de l’administration Biden, réveille l’administration française, qui pourrait aussi remarquer que la filière nucléaire ne passe pas par Pékin. Quand les autorités de la concurrence européennes plaident pour le démantèlement d’EDF, on peine à voir un regain de souveraineté.

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