La chasse fait aujourd’hui l’objet d’attaques violentes de la part de militants qui la disent rejetée par la population. Mais quelle image en ont réellement les Français ?
Hélas, les Français méconnaissent la chasse. Évidemment, si l’on se fonde sur le traitement médiatique de la chasse, personne ne la connaît réellement. Il y a un peu une méthode Coué qui est à l’œuvre. C’est-à-dire que l’on répète en boucle que la chasse est violente et barbare. 90 % des Français n’ont que ce seul prisme pour voir la chasse, parce que le traitement médiatique et celui des réseaux sociaux le veulent ainsi. On tire quelques phrases sorties de leur contexte, quelques images d’une partie de chasse, on les présente de façon malveillante, et ça fonctionne.
Certains militants écologistes radicaux voudraient interdire purement et simplement la chasse en France. Quelles seraient les conséquences d’une telle interdiction, notamment sur la biodiversité ou l’agriculture ?
Ce serait extrêmement compliqué, tout le monde le sait, parce que ç’a déjà été tenté : par exemple dans le canton suisse de Genève, qui a décidé d’interdire la chasse depuis 1974. La chasse y est donc interdite, mais le canton est obligé de faire appel à des professionnels de l’abattage d’animaux, qui opèrent avec des lunettes thermiques, de jour comme de nuit. Tout le monde a bonne conscience en pensant que la chasse n’existe plus ; en vérité, le canton a compris qu’il était extrêmement complexe d’arrêter la chasse. Et d’ailleurs, suite à cela, aucun autre canton suisse n’a supprimé la chasse, toutes les votations sur ce sujet ont vu la victoire du droit de chasse. Personne ne veut imiter Genève. Cela coûterait trop d’argent aux citoyens, plusieurs dizaines d’euros par an par personne en Suisse, qui est un petit pays. Imaginez ce qu’il en serait en France, territoire beaucoup plus vaste et complexe. Ce serait ingérable #nancièrement pour l’État : ça coûterait plus cher que le plan de relance.
Quand on chiffre notre action en faveur de la nature, c’est un montant de trois milliards d’euros, hors action de chasse
L’idéologie végane et animaliste se développe en France. Cela vous inquiète-t-il ?
Comment combattre ces idéologies profondément antinaturelles ? Nous sommes obligés de prendre cela en compte. Nous sommes pour eux la première marche de l’escalier : c’est- à-dire qu’il y a des gens derrière qui financent ou qui ont acheté des brevets très importants sur la viande de synthèse, par exemple. En fin de compte, l’enjeu actuel est le changement alimentaire de la planète dans les années qui viennent, et pour eux nous sommes vraiment ce qu’il y a de pire. Pourquoi ? Parce qu’en #n de compte, nous vivons en autarcie avec le vivant : nous tuons l’animal et le mangeons. Par conséquent, ils vont jouer sur l’empathie de la population en attaquant systématiquement la chasse : une fois qu’il n’y aura plus de chasseurs, ils auront un boulevard devant eux. Les autres activités humaines qui lient l’être humain au vivant pourront tomber : la pêche, l’élevage, la corrida. Nous sommes dans une guerre idéologique extrêmement violente, mais il ne faut pas se tromper : derrière cette guerre idéologique, il y a un paquet de pognon à ramasser dans les années qui viennent pour ces militants !
Vous dites que les chasseurs sont les premiers écologistes de France. Comment cela se traduit-il concrètement ?
Par les chiffres, tout simplement, qui sont des chiffres d’État. Quand les chasseurs déposent leurs armes, ils restent des passionnés de nature, d’écologie, n’en déplaise à Yannick Jadot, et passionnés par les animaux. On va à la chasse, on tue des animaux, oui, mais n’importe quel chasseur enverrait sa voiture dans le fossé pour ne pas rouler sur un lapin ! Nous travaillons énormément pour la nature, nous plantons des kilomètres de haies, des dizaines de milliers d’arbres, avec notre argent d’ailleurs. Quand on chiffre notre action en faveur de la nature, c’est un montant de trois milliards d’euros par an, hors action de chasse : qui peut se prévaloir d’offrir trois milliards d’euros sur ses deniers personnels à la nature ? Personne. Cette réalité, qui prouve que nous sommes effectivement les premiers écologistes de France, fait bondir les « écolos ». Mais quand nous nettoyons les zones humides, entretenons les marais, les forêts, quand nous plantons des fleurs ou des arbres, parce que tout cela c’est nous qui le faisons, on voit bien le décalage avec ces gens qui nous critiquent, qui restent bien au chaud dans leurs salons parisiens.
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Chaque saison de chasse est, hélas, marquée par des accidents, parfois mortels, impliquant des chasseurs. Que fait concrètement la Fédération pour combattre ce phénomène qui inquiète légitimement ?
Il inquiète légitimement, bien sûr. Mais ce sujet est aussi complètement déformé : il y a une chance sur quarante-six millions d’avoir un accident de chasse quand on se promène dans la nature. Vous avez plus de chance de gagner au loto ! Il y a beaucoup plus de gens qui trouvent malheureusement la mort dans un accident de voiture avec un animal, il ne faut jamais l’oublier. Le risque zéro n’existe pas, j’en suis bien conscient, mais nous avons pris le problème à bras le corps : la courbe des accidents et des morts à la chasse a fortement baissé en trente ans. Nous sommes passés d’une cinquantaine de victimes d’accidents de chasse par an, à moins de dix depuis trois ans. Cependant, nous ne sommes pas des machines, nous sommes des êtres humains comme tous les autres, il peut arriver parfois une erreur, c’est ce qui provoque ces accidents, qui, ceux-là, sont malheureusement incompressibles. Néanmoins, nous formons de plus en plus les chasseurs à la sécurité. Depuis l’année dernière, nous avons décidé de reformer systématiquement et régulièrement l’ensemble du million de chasseurs français. Nous avons donc parfaitement conscience de tout cela. Il y a un nouveau paramètre qui entre en compte, et qui nous empêche d’approcher le zéro absolu en termes d’accidents, c’est l’évolution des mœurs. J’entends par là qu’aujourd’hui il y a un afflux inédit de personnes dans la nature, ce qui est une très bonne chose. Mais souvent il y a une incompréhension de la chasse, une difficulté au dialogue de la part de certaines de ces personnes. Cependant, nous avons ouvert un dialogue avec les autres associations d’usagers de la nature. Nous avons signé des conventions de communication avec les associations de randonneurs, de VTTistes, pour mieux nous comprendre. Dorénavant, lorsqu’il y a une chasse, tout est signalé par des panneaux avec des QR codes mis en place en lien avec les autres associations d’usagers du plein-air. Nous ne voulons pas d’un jour pour les randonneurs, un jour pour les vélos, un jour pour les chasseurs, comme le propose Yannick Jadot, c’est idéologique et complètement démagogique ! La sécurité pour tout le monde, chasseurs ou non, est notre première priorité.
Qu’attendez-vous des candidats à l’élection présidentielle sur la question de la chasse ?
La plupart se sont déjà exprimés après les propos de Yannick Jadot [il souhaite interdire la chasse durant le week-end et les vacances scolaires, NDLR], et la plupart ont déclaré qu’ils n’étaient pas opposés à la chasse, parce que ce serait stupide, tout simplement. D’ailleurs, le même Yannick Jadot, il y a quatre ans, donnait une magnifique interview dans Chassons.com où il disait que la chasse était moderne, qu’elle avait beaucoup évolué, et que nous, chasseurs, étions tous formidables ! Quatre ans après, les circonstances politiques ne sont plus les mêmes, et il a décidé, pour regonfler un peu sa campagne, de taper sur les chasseurs. Soit. L’écologie politique n’a que l’interdiction à la bouche : interdire la chasse, les sapins de Noël, le Tour de France, l’empoisonnement des rats dans les villes et dans les champs, la pêche, l’élevage, etc. Je pense que tous les gens qui veulent ou peuvent accéder à la présidence de la République doivent avoir un petit peu plus d’intelligence que cela, soient capables de prendre un peu de hauteur. On ne peut pas démarrer une campagne présidentielle en essayant de monter les Français les uns contre les autres. Nous attendons donc des candidats qu’ils s’expriment, qu’ils nous disent ce qu’ils pensent de la chasse. Nous sommes ouverts à la discussion, nous sommes prêts à faire des efforts, à améliorer certaines choses, mais il y a un principe auquel nous ne toucherons pas : c’est le droit d’aller à la chasse.





