1. LE COURONNEMENT DE DIX ANNÉES DE CRÉATION
Avec ce troisième opus de la série « Music Boox », Sébastien Lovato poursuit une œuvre musicale en dialogue constant avec la littérature. Cette fois-ci, le pianiste convoque Mrs Dalloway et The Waves, deux romans phares de Virginia Woolf, pour prolonger sous forme musicale le long roulis des « courants de conscience » par lesquels l’écrivain anglais contribua à révolutionner le roman au XXe siècle. L’album signe l’aboutissement de dix années de contamination musico-littéraire.
2. WOOLF ET LE JAZZ : UNE CONNEXION ÉVIDENTE
D’évidentes similitudes existent entre la façon d’écrire de Virginia Woolf et l’esprit du jazz, ce qui permet à Lovato de réaliser, avec For Virginia, le parallèle le plus pertinent qu’on puisse espérer entre musique et prose. Le langage poétique de l’écrivain, sa perception unique du flux du temps – tantôt étiré, tantôt contracté – ses digressions et monologues intérieurs sont autant de détours, de manières, de reliefs qui renvoient à l’art jazzistique de l’improvisation. Et puis le jazz c’est le « TIME », un certain placement par rapport au temps rythmique, des mesures qui s’ajoutent, s’étirent ou se contractent jusqu’à produire une pulsation nouvelle, laquelle vient se superposer au premier tempo, tout cela au sein de divers cycles et répétitions, une esthétique qu’on peut rapprocher naturellement des thématiques de Mrs Dalloway et sa capacité à vivre simultanément plusieurs réalités.
Pour Sébastien Lovato l’écriture musicale a toujours été aussi essentielle que le jeu pianistique, ainsi peut-il pleinement exprimer ses impressions, états d’âme ou idées fortes à travers un schéma mélodique, un pattern rythmique ou un motif.
3. LOVATO : UN COMPOSITEUR SÉDUISANT DERRIÈRE L’INTERPRÈTE
Pour Sébastien Lovato l’écriture musicale a toujours été aussi essentielle que le jeu pianistique, ainsi peut-il pleinement exprimer ses impressions, états d’âme ou idées fortes à travers un schéma mélodique, un pattern rythmique ou un motif. Ses créations font moins preuve d’originalité au sens strict que d’une personnalité développée au sein de climats forts. À l’écoute, ça accroche d’emblée !
4. UN ENTOURAGE D’EXCEPTION
Lovato a aussi le talent de savoir s’entourer, ce qui ne gâche rien. Avec lui : Yves Torchinsky, doyen du groupe, amène avec son expérience un son de contrebasse rond, plein, chaleureux. Inventif batteur au service du groove, c’est Luc Isenmann qui régit l’espace rythmique avec un jeu ouvert, à l’écoute, qui laisse venir pour interagir sans rater la surprise : un pur esprit jazz qui sait allier la souplesse à une précision redoutable. Antoine Berjeaut, avec son goût pour l’expérimental et grâce à l’inventivité de ses phrases à la trompette ou au Bugle (un cuivre plus velouté et grave) appose une signature immédiatement identifiable. Place de choix pour Manu Codjia (guitare), qui pousse le chorus à son paroxysme, en pur improvisateur, notamment dans « Blue Seven », où il pulvérise la grille classique de départ avec une grande sensibilité. Au chant, enfin, Brunehilde Yvandre apporte une dimension magnétique, mystérieuse et paradoxale, et réunit ainsi, à l’instar de Virginia Woolf, la puissance et la fragilité.
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5. PLUSIEURS MORCEAUX IRRÉSISTIBLES
Comme un Pavane qui nous rappelle que Gabriel Fauré et Virginia Woolf étaient contemporains. Ce célèbre morceau du compositeur français à la mélodie si marquante présente une mélancolie qu’on pourrait aussi qualifier de « woolfienne ». L’impressionnisme sied à l’adaptation en trio. Certains accords et mesures ont été modifiés, la métrique est passée de 4 à 7 temps, rajoutant des interludes afin d’habiller la composition de jazz contemporain. Cette reprise est particulièrement éloquente et la touche personnelle ajoutée respecte néanmoins le thème initial. Quant à The Hours et Sirene, ce sont probablement les deux morceaux qui « traduisent » le mieux la littérature de Virginia Woolf à travers une mélodie obsessionnelle et languissante qui vient hanter diverses strates d’écoutes simultanées, des monologues extériorisés ou des visions en écho au bestiaire imaginaire de l’écrivain…
6. UN SON IDEAL
Le mythique studio de Meudon est décidément le paradis des pianistes. Sébastien joue sur un Fazioli exceptionnel. Le mastering a été confié à Raphaël Jonin qui sublime le mixage de Julien Bassères. Chaque musicien dispose de sa propre mesure de texture. La réverbération est travaillée en fonction de la propagation de chacun des sons et de la manière dont il se réfléchit dans l’espace ! Le résultat est sensationnel. Cette transcription musicale d’une œuvre littéraire qui traduit elle-même le processus de création s’avère donc une rare réussite. On se trouve immergé dans d’autres intimités, assistant à l’émergence des phrases, au mystère de la création, à ses visées d’éternité. Et à la suite de Virginia Woolf, après avoir écouté Lovato, on a envie de s’écrier : « Invaincue indomptable, c’est contre toi, ô mort que je m’élance ».

Acel/Quart de Lune, 17€





