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Xavier Driencourt : « L’influence de la France en Algérie diminue régulièrement »

« L'énigme algérienne » rassemble les mémoires d'un ambassadeur en poste durant sept années à Alger. Une mission difficile accomplie avec détermination, en dépit des embuches et des difficultés. Comment la France doit-elle envisager ses rapports avec l'Algérie contemporaine ? C'est à cette question que nous allons tenter de répondre avec son auteur, Xavier Driencourt.

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© Éditions de l’Observatoire

Comment définiriez-vous en quelques mots les liens historiques qui unissent la France à l’Algérie ?

Les liens entre la France et l’Algérie sont multiformes : l’histoire (132 années de colonisation), la proximité géographique (Marseille n’est qu’à 800 km d’Alger) et aujourd’hui, l’immigration, (avec sans doute 5 à 6 M d’Algériens ou Franco-algériens en France) font de cette relation, une relation très particulière que la France n’a, en fait, avec aucun pays au monde. En ce sens, cette relation est unique en son genre.

L’intimité presque affective qui lie la France à l’Algérie semble de plus en plus à sens unique, à l’image des passions malheureuses. La France doit-elle envisager que la « relation particulière » n’est plus et traiter l’Algérie comme elle le fait avec les autres nations du monde ?

On peut en effet imaginer une relation normalisée. Mais il ne faut pas non plus « banaliser » cette relation, car on ne peut effacer un passé, une histoire, fût-elle tragique, et surtout la somme de mémoires individuelles, celles des pieds-noirs, des harkis, de tous ceux qui ont fait l’Algérie. Notre relation aurait pu s’arrêter en 1962, mais elle s’est prolongée au-delà et continue, aujourd’hui encore à « imprégner » – je crois que c’est le bon terme – la politique intérieure française.

Le Sahara occidental, c’est en quelque sorte l’Alsace-Lorraine de l’Algérie ! Nous avons toujours veillé à maintenir un équilibre sur ce dossier

La question du Sahara occidental est un casus belli entre l’Algérie et le Maroc. Si la France rejoignait l’Espagne en reconnaissant officiellement la souveraineté du royaume chérifien sur la zone saharienne, les relations avec Alger en seraient-elles affectées ?

Oui, dans cette hypothèse, Alger prendrait évidemment des mesures de rétorsion. Le Sahara occidental, c’est (même si la comparaison est excessive) en quelque sorte l’Alsace-Lorraine de l’Algérie ! Nous avons toujours veillé à maintenir un équilibre sur ce dossier, même si Alger reproche à la France de soutenir les positions marocaines.

La volonté algérienne d’intégrer les BRICS est manifeste. Quel rôle joue Alger dans la stratégie africaine de l’axe sino-russe qui tente de nous chasser de la plupart de nos zones d’influence ?

C’est un sujet compliqué : certes les relations algéro-russes sont importantes, mais je ne pense pas que l’Algérie ait un intérêt évident à voir la France quitter l’Afrique. Les autorités algériennes sont réalistes et savent le rôle que la France joue sur le continent africain. La France, ils la connaissent, ils savent comment la traiter, la combattre, l’éviter, etc.

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Quels échanges commerciaux, humains ou militaires peuvent aider à améliorer nos rapports avec l’Algérie ?

Il faudrait évidemment densifier, augmenter, nourrir, en un mot « mettre de la chair » dans ces relations. Nos relations économiques doivent être plus denses et nos entreprises moins frileuses, Alger n’est pas plus éloigné de Marseille que Lille ou Strasbourg ! On peut aussi imaginer qu’un jour, l’Algérie s’équipe en matériel militaire français, et la création d’un comité militaire franco-algérien est à cet égard encourageante. Mais le plus important est sans doute la relation culturelle et intellectuelle : c’est en formant une élite algérienne, francophone et francophile que les deux pays construiront l’avenir. C’est sur ce plan (écoles, lycées, centres culturels, etc) que nous devons agir davantage.

Depuis cette date, 2005, la question, non pas de la mémoire ou du passé, mais celle, exagérée et « montée en épingle » de la « repentance », est venu polluer le débat

Sera-t-il un jour possible de faire table rase du passé et de regarder notre histoire en face, c’est-à-dire sans sombrer dans le cycle perpétuel de la repentance ?

Idéalement, cela devrait être possible ! Nous avons raté une occasion au tournant des années 2000 sous la présidence Chirac. Depuis cette date, 2005, la question, non pas de la mémoire ou du passé, mais celle, exagérée et « montée en épingle » de la « repentance », est venu polluer le débat. D’autant que depuis lors, des forces centrifuges – armée algérienne, islamistes – sont hostiles à une réconciliation des deux pays et instrumentalisent ce thème de la repentance.

En 2022, y a-t-il plus de France en Algérie ou d’Algérie en France ?

Comme je l’explique dans mon livre, l’influence culturelle, linguistique ou économique de la France diminue régulièrement en Algérie, et certains s’en réjouissent. Donc, ce n’est pas en Algérie qu’on trouvera « plus » de France. Pour répondre schématiquement et de manière simplifiée à votre question, il y a davantage d’Algérie en France que de France en Algérie. On doit le regretter.


L’énigme algérienne. Chroniques d’une ambassade à Alger de Xavier Driencourt
Éditions de l’Observatoire, 256 p., 21 €

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