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Yannick Haenel ou seul le langage déroute le crime

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Publié le

2 novembre 2021

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« Le matin, après voir entendu un astronome parler de milliards de soleils, j’ai renoncé à faire ma toilette : à quoi bon se laver encore ? » – Cioran, Aveux et Anathèmes / « Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude » – Matisse / « Le regard actualise l’œuvre, comme la prière actualise le saint » – Malraux
Yannick

« L’amour veut tout. L’adoration ne veut rien ». On parle ici de la solitude avec Delacroix, de la mort de Sardanapale, de la sueur, du sperme, des vapeurs d’été. L’image nous promet souvent un accès direct à l’inconscient. La vérité nue et crue. Une sorte de totalité sentimentale proche de l’espoir et de la déroute. Le langage du corps et son désordre l’emportent régulièrement sur celui du savoir et des règles. L’adversité nous rapproche de la bizarrerie et de la mystification. On mêle les événements épars et les affects contraires, ce qu’on appelle la vie. Content et déçu à la fois. Nous sommes comme des statues de dieux inconnus au milieu d’un parc. Le présent donnant au passé un avenir. Au milieu d’une masse à la dynamique mimétique, tout le monde a une cause à défendre. Le malaise est aujourd’hui souvent figé dans l’identité. Pourquoi soi sans cesse ? La vraie force est d’aller contre-nature.

La chair est déchue. L’ennui est une puissance d’être contrariée. L’amour de soi est infect

« La sensation devient une forme de salut et le trouble une éthique ». Le courage est inhumain ou a la majesté des oracles antiques. On perd passagèrement la raison. Nous sommes les dépositaires de la folie. Réduits à une sorte de mort sociale pour ne pas avoir pensé correctement. La parole vraie échappe au bruit et à la tautologie et n’existe souvent que dans le silence. La foi nous préserve un peu de l’aliénation. Il y a des étincelles et des bonheurs faux.

« Le désir déchire les limites et brouille la raison ». L’observation promet parfois le choc esthétique. On est guidé et égaré en même temps. Au milieu des cheveux, des chevaux et du sang ; il s’agit de donner à penser contre sa pensée, dans l’envol amoureux des signes. Celui qu’on aime est irremplaçable par définition. En allemand, le danger de mort est danger de vie : lebens-gefahr. Il n’y a que le désir – mais il est rare. On est de moins en moins capable de croire aux fantômes qu’on a créé. Les valeurs supérieures ont été dépréciées. La nouvelle démocratie consiste à étendre à tous des privilèges qui n’existent plus. Le seul miracle à attendre est celui de l’ouverture de la porte interdite. L’orgie dévoile le meurtre. Tous les dos vont être lacérés. Il n’y a que le langage. Le bonheur est au prix de la mise à nu.

Lire aussi : Son style à elle : Se faire une place au soleil entre ténèbres et éther

« Lac de sang hanté des mauvais anges » (Baudelaire). L’inertie est le grand malaise. Ça sent la sauce froide et le carrelage du matin. Le couteau est le dernier symbole. Le sacrifice est contagieux et participe de la vérité de la création. Où en êtes-vous avec les nuances et les élargissements ? Revendication de ceux qui n’ont plus à dire ni à revendiquer, sinon la détresse ontologique. On plie les choses à son idée au lieu de faire l’inverse. On oscille pour exorciser l’incomplétude. La chair est déchue. L’ennui est une puissance d’être contrariée. L’amour de soi est infect. Le péché originel est fait d’amour-propre. Christo cache l’Arc de triomphe pour mieux le révéler, un beau retrait, une belle mise en lumière de la disparition. Plus personne ne marche droit sur les Champs-Élysées à force de ne pas savoir où il va. Roland Jaccard est mort. On cherche à retrouver le sensible, la petite trace laissée pour l’humanité. Au poète la postérité, mais rien, jamais rien tout de suite. La contestation est un luxe qui ne se permet aucune critique. Le marché du bon sens n’est plus équilibré. On a brisé tous les élans. Seul un énorme contrat nous relie. L’explosion n’aura pas lieu, l’implosion peut être. Il ne s’agit plus que de mettre l’ambiance. Le livre coûte 3 euros. Le visionnaire pourra y manger du feu.

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