YOANN MERIENNE : LE CHOC VISUEL

@ galerie Bayart

A quelques pas du Rhône agité par le vent et gonflé par une pluie continue, entre un parking et une salle de fitness, Yoann Merienne nous a ouvert l’atelier qu’il partage avec Émilie Ettori, architecte et illustratrice dont le travail restitue tracé après tracé les métropoles ; vues du ciel. Cet artiste de 30 ans, qui s’exprime par la peinture comme la sculpture – « plus intuitive » ; « plus instinctive » – porte les touches finales à son dernier tableau : un samouraï à la pose de scaphandrier, aux prises avec une créature équivoque.

 

Dans un environnement qui ne semble ni tout à fait aérien ni tout à fait aquatique, une murène assaille. S’attache à la capture d’un être énigmatique, entre la chute et l’ascension. Une énigme, omniprésente chez ce diplômé en design industriel, qui débuta par des portraits inspirés par Yan Pei-Ming dont il a conservé le parti pris : peindre à grands traits en noir, gris et blanc pour « peindre la sculpture ». Mais en tendant vers la lumière.

 

« Je trouve partout mes sources d’inspiration. »

 

L’artiste surprend. Il surprend par une absence de complexes qui lui permet d’allier des éléments de la pop culture à ceux de l’iconographie classique et religieuse, passant incidemment de l’onirisme au réalisme. Un portrait d’homme du GIGN sublimé, un équarrisseur confronté aux entrailles béantes d’un bœuf, deux cavaliers encapuchonnés et drapés émergeant de l’adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux ou d’un épisode de Mad Max, une Pietà néo-classique veillant sur un spationaute protégé de son attraction…

 

 

L’histoire de l’art peut l’inspirer, comme la poésie franche et utopique de Thiago de Mello (Les statuts de l’homme), ou même certains jeux-vidéos : Yoann Merienne se nourrit de la créativité et puise les motifs où qu’ils se trouvent. Autant d’éléments issus d’univers et d’époques divers qui s’assemblent et se séparent au fil des œuvres, dans un jeu permanent de contrastes. L’auteur réunit, sépare, en évitant toujours de fusionner totalement, il joue avec les références, les volumes, la lumière, conjurant le risque de s’enfermer dans son propre univers. Pas d’élitisme ici et moins encore du snobisme : le souhait de mobiliser et vivifier des références communes.

 

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Yoann Merienne n’en a peut-être pas conscience, et tel n’est vraisemblablement pas son objectif, mais il est l’un des maillons de notre tradition toujours  prête à recevoir de nouveaux coups créateurs, à l’image de ces statues qui occupent l’étagère, l’établi et la grande table de son atelier, à côté de nos tasses de café et des bombes de peinture, en attendant leur départ pour la fonderie, et leur métamorphose en bronze… Un lévrier en pleine course, énergie vitale incarnée et pourtant solennelle ; deux bustes aux yeux clos ; un boxeur vieillissant au visage remodelé par les coups.

A la différence du sculpteur Christophe Charbonnel, son aîné et ami « en recherche de l’homme parfait, de la beauté parfaite, de quelque chose de divin », l’artiste lyonnais irrigue son œuvre d’une forme de réalisme social. Les archétypes à connotation mythologiques, figés dans des postures de statuaire, côtoient ainsi les représentations de la vitalité absolue et les incarnations toujours singulières et imparfaites de la chair.

Derrière chaque œuvre, il y a un concept ou une histoire à raconter. Avant de peindre, je donne à chaque personnage une histoire. 

Pragmatique, celui qui se définit sobrement comme un « artiste figuratif » recherche le choc visuel. Il l’impose au public, littéralement comme un point de départ vers le questionnement du plus grand nombre, à l’époque de l’image-reine et de la consommation de produits culturels. A l’évidence trop sincère pour pécher par démagogie, Yoann Merienne en fait le plus sûr chemin vers les richesses proliférantes de l’imaginaire, et vers le concept. Quel est cet homme, marchant mais hiératique au cœur du mouvement général ? Pourquoi ce personnage est-il de dos, d’un sang froid parfait – cruel ou résigné – tandis que tous s’affairent autour d’un mort, d’un blessé, d’un homme défait d’avoir abattu un cerf – s’il ne fut transpercé par lui ? Par excellence, La dernière chasse concentre des scènes intérieures, elle se prête à raconter des histoires, mais aussi à traverser les symboles…

 

@ galerie Bayart

Yoann Merienne peut invoquer le genre des vanités lorsqu’il nous montre l’un de ses essais, une sculpture de bois « à traits grossiers », crâne d’animal préhistorique qui pourrait rappeler les œuvres de Quentin Garel s’il était plus abouti, nous confie-t-il. Son œuvre témoigne bien sûr des incarnations de la vie ; mais d’une vie cernée par l’absolu. Tous les corps représentés, qu’ils soient d’hommes, d’animaux, de monstres ou de statues en marbre peintes, semblent avoir un point commun : une tension métaphysique qui, au fil des œuvres, ne cesse à l’évidence de se renforcer.

 

 

http://www.yoannmerienne.com/

Actuellement exposé à Paris : http://www.galeriebayart.fr/

17, rue des Beaux-Arts 75006

Prochainement à Londres et à Miami : http://galeriewaltman.fr/

 

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bdemeslay@lincorrect.org

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