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Yves-Marie Adeline, homme-orchestre

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Publié le

15 février 2020

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On ne sait pas si c’est un musicien qui se découvre romancier, un historien qui aime faire de la poésie, un philosophe qui touche un peu à la musique, ou un politique contrarié. Si on multiplie entre elles chacune de ces occurrences, on obtient une grosse vingtaine de combinaisons possibles. Un minimum pour quantifier la prodigalité productive d’Yves-Marie Adeline.
Yves-Marie_Adeline©Benjamin_de_Diesbach

Lui-même reconnaît volontiers qu’il ne saurait absolument pas se définir, ni hiérarchiser un minimum ses activités : « Peut-être polyvalent », tente-t-il, avec une moue mi-désabusée mi-rieuse qui dément la moindre tentative d’effort et la moindre once d’investissement mental pour se trouver un qualificatif. Cette profusion d’activités est l’assurance d’intéresser rapidement l’interlocuteur, mais aussi celle de n’avoir jamais qu’une partie de son attention. « En France, si vous pratiquez plusieurs activités, vous n’êtes jamais pris au sérieux. Quoi que vous fassiez, vous êtes considéré comme un amateur et votre œuvre est appréhendée comme le travail d’un amateur », regrette-t-il.

Parce qu’il fait partie de ces hommes dont personne ne peut dire qu’ils n’ont pas tout tenté.

Si l’on passe le curriculum vitae d’Yves-Marie Adeline au filtre de ce constat, on doute que quelqu’un l’ait déjà pris au premier degré, à part la demoiselle dont ses vingt-huit ans obtinrent la main et maints enfants. Malgré tout, il n’a pas un seul regret lorsqu’il se risque à un coup d’œil en arrière, au crépuscule de la cinquantaine. Parce qu’il fait partie de ces hommes dont personne ne peut dire qu’ils n’ont pas tout tenté.

« La musique m’a amené à la poésie, puis à réfléchir sur le beau, ce qui m’a amené à réfléchir sur la philosophie, donc sur les idées, puis sur l’Histoire, et c’est comme ça que j’ai touché à tout »

D’aucuns tirent le fil du mensonge pour voir si ça vient?: lui a tiré tous les fils possibles et imaginables qui lui sont passés à portée de main. Lorsqu’il tente avec sa bonne volonté désordonnée mais fort créative de faire un résumé chronologique de son œuvre, l’analogie du fil d’Ariane sied très bien à son récit. « Tout est parti de la musique. Je jouais du piano devant ma grand-mère qui m’appelait “le petit Mozart” ». Avec toute la mesure dont font preuve les grands-parents pour leur descendance. Reconnaissons qu’à l’époque, son petit-fils faisait partie d’une manécanterie à Lisieux, laquelle lui laisse encore un souvenir émerveillé. « La musique m’a amené à la poésie, puis à réfléchir sur le beau, ce qui m’a amené à réfléchir sur la philosophie, donc sur les idées, puis sur l’Histoire, et c’est comme ça que j’ai touché à tout ». Quitte à faire preuve de transversalité entre ces arts : c’est ainsi que l’un de ses opéras s’est transformé en pièce de théâtre en cours de route.

Lire aussi : Jean d’Orléans, comte de Paris : « La Révolution devait lutter contre les inégalités : 200 ans après, c’est pire »

Puisque lui-même a abandonné l’idée de rendre compréhensible le déroulé chronologique de sa vie, on ne fera pas d’effort pour le tenter à notre tour. À la limite, pour le rendre intelligible à ceux qui ont une imagination visuelle, imaginez que chacun de ses talents est un fil. Parfois les fils se croisent, forment un nœud, puis se séparent. Lorsque le fil de l’université et du droit rencontre celui du cœur, naissent ses essais comme Le Roi et le monde moderne (C & T, 1995), ou encore Le Royalisme en question (Éditions de Paris/L’Âge d’Homme, 2002). Parfois, le nœud a trois fils : lorsque le fil musical touche celui de l’histoire et celui de la foi, naissent plusieurs opéras (dont un sur sainte Clothilde et son petit frère sur sainte Jeanne d’Arc) une messe et de la musique de chambre. Quand le fil de la musique touche celui de la littérature, jaillit son recueil Le Manteau d’étoiles (Éditions de Paris, 2002). Entre deux démissions, pour se consacrer à sa passion du moment, quelques banqueroutes devenues routinières et la réalisation d’un documentaire sur le déclenchement de la Grande Guerre, il écrira une trentaine de livres, assurera des milliers d’heures de cours en école de commerce, obtiendra un doctorat, sera directeur de cabinet de Jean Arthuis et fondera un parti politique qu’il embarquera dans une européenne et une présidentielle. Assagi par les années, il a stabilisé sa situation professionnelle comme professeur d’histoire des idées. Dans pas plus de cinq ou six écoles différentes. Plus ou moins en même temps. Presque aux quatre coins de la France.

Pour ses qualités, impossible de passer à côté de son courage. Il a fondé et a donné sans compter pour son parti L’Alliance royale et a donné chair à tous ses rêves, au sacrifice de la tranquillité matérielle et sociale. Mais on a toujours les défauts de ses qualités : « Le dépit me rend sarcastique. Je dois parfois courir après la charité et je prie pour que le bon Dieu me l’accorde ».

« Je suis un raté social ». Ne pas avoir de regret ne dispense pas d’avoir des remords. « J’aurais voulu avoir une réussite professionnelle mais je ne l’ai pas. Je ne suis pas un clochard, j’ai nourri huit enfants ; je n’ai pas failli à ma mission mais je n’ai pas réussi aussi bien que j’aurais pu ». Hélie Denoix de Saint Marc écrivait dans Les Champs de braise en 1995 : « Je n’ai pas réussi dans la vie, mais j’ai réussi ma vie ». Yves-Marie Adeline n’est pas très loin lorsqu’il confie : « Je n’ai pas réussi ma vie mais j’ai réussi mon œuvre ». Le relativisme n’a ni feu ni lieu dans sa conscience : son interlocuteur est presque tenté de lui retenir la bride lorsqu’il parle de ses échecs. Pour ses qualités, impossible de passer à côté de son courage. Il a fondé et a donné sans compter pour son parti L’Alliance royale et a donné chair à tous ses rêves, au sacrifice de la tranquillité matérielle et sociale. Mais on a toujours les défauts de ses qualités : « Le dépit me rend sarcastique. Je dois parfois courir après la charité et je prie pour que le bon Dieu me l’accorde ». À l’Issep où il travaille, il a l’excellente réputation d’un grand travailleur dont la compagnie est agréable. Cette description le surprendra probablement lui-même.

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