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Zéparatistes ou conquérants ?

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Publié le

12 janvier 2022

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Aujourd’hui, les enfants sont tous les mêmes. Il faudra leur dire. Mais ils n’écouteront pas, parce qu’ils sont passés dans une réalité sourde, et parce qu’ils savent de toute façon mieux que vous.
génération Z

Ils sont les petits-enfants des soixante-huitards. Leurs grands-parents ont joui sans entraves, leurs parents ont divorcé et eux sont les premiers fruits gâtés de cette souche vénéneuse appelée déconstruction. La génération Z a désespérément soif. La soif inextinguible de celui qui n’a rien reçu et le désespoir inconscient de n’avoir rien à transmettre. De cet état d’esprit générationnel sort un impératif absolu. Une sorte de réflexe né d’une époque consumériste : « tout, tout de suite et maintenant ». Il ne suffit plus de consommer, de voir, de jouir au plus tôt. Il ne suffit plus d’être le premier à posséder tel ou tel article, il faut tout voir, tout jouir, tout tester dans la seconde où le désir naît.

Ainsi, le Z est ultra-connecté. YouTube, Instagram, Snapchat, Twitch. Le jeune internaute cherche de l’émotion à moindre effort. Anxieux par nature, il fuit vers une réalité virtuelle sommée d’être la plus authentique possible. À défaut de vivre, il faudrait avoir l’illusion de ressentir. Et à haute dose, s’il vous plait. Près de 7 heures par jour en moyenne passée sur internet. Le divertissement en mode frénétique. Car pour ces jeunes consommateurs il faut fuir, fuir à tout prix. C’est d’ailleurs l’une de leurs exigences : abolir la frontière entre la réalité et le virtuel. Afin que le dernier embellisse le premier et que premier crédibilise le dernier.

Le Z va plus loin, à l’instar de ses compatriotes islamistes, il ne se contente pas de se séparer, il veut conquérir un territoire plus vaste

Un jihad numérique ?

Tout le monde ou presque a entendu parler du concept de safe space : une bulle virtuelle ménagée par l’internaute désireux de ne jamais être choqué ou ne jamais être confronté à toute pensée ou fait négatifs. Très en vogue en Occident, cette pratique a tendance à isoler les individus dans un territoire virtuel, presque à faire sécession de la réalité au risque de ne plus rien supporter qui irait contre ses propres valeurs ou ses propres curseurs moraux. Une forme de séparatisme en quelque sorte qui le couperait de ses voisins.

L’individu vu comme une nation à part entière est bel et bien devenu une réalité. Mais le Z va plus loin, à l’instar de ses compatriotes islamistes, il ne se contente pas de se séparer, il veut conquérir un territoire plus vaste. Progressivement, les safe spaces s’agrandissent, progressivement le Z sauce woke « cancelle » ses voisins pour agrandir sa sphère d’influence. La bonne nouvelle avec cette fâcheuse tendance étant que le monde n’est pas assez vaste pour des centaines de millions d’individus. À moins que le monde ne s’adapte.

Lire aussi : Le Printemps républicain, la vraie tenaille

L’uniformisation du monde

Stefan Zweig l’avait prédit en 1925. Dans L’Uniformisation du monde, il apporte enfin une réponse à cette peur ancienne, larvée, masquée par les démons grimaçants que furent nazis et bolcheviques mais qui, comme un antique cauchemar, revient. L’épisode sanglant de la Seconde Guerre mondiale n’était qu’une parenthèse à un complot plus pernicieux : l’uniformisation, l’ennui et l’avènement de ce « monstrueux mouvement mondial ».

Prêt-à-porter, prêt-à-consommer, prêt-à-penser. La frénésie américaine s’est emparée de l’Occident au point que ce dernier en a accepté tous les codes jusqu’à laisser sa propre démocratie être mise à mal par les GAFAM. Tout jusqu’à l’ennui a été américanisé. « L’ennui américain. Cet ennui horrible, très spécifique qui se dégage là-bas, cet ennui qui n’est pas comme jadis l’ennui européen, celui du repos, celui qui consiste à s’asseoir sur un banc de taverne à jouer au domino et à fumer la pipe soit une perte de temps paresseuse mais inoffensive : l’ennui américain, lui, est instable, nerveux et agressif. On s’y surmène dans une excitation fiévreuse et on cherche à s’étourdir dans le sport et les sensations. L’ennui n’a plus rien de ludique mais court avec une obsession enragée dans une fuite perpétuelle du temps ».

Toujours cette fuite qui trouve un nouveau souffle dans la dématérialisation de l’être. Cette uniformisation, le cabinet OC & C l’a vu venir. « Un Z anglais répond quasiment comme un Z français, affirme David de Matteis, le rapporteur de l’étude d’OC & C. Les marques, qui donnent accès aux mêmes produits et services sur l’ensemble de leurs marchés, ainsi que les célébrités et influenceurs à l’envergure internationale, semblent également jouer un rôle dans cette tendance ».

Ainsi le Z n’a plus besoin d’aller au restaurant, ni même de se déplacer pour baiser. Le porno a épousé ce « besoin physiologique »

Ainsi le Z n’a plus besoin d’aller au restaurant, ni même de se déplacer pour baiser. Le porno a épousé ce « besoin physiologique », il existe une catégorie pour chaque pulsion même les plus inavouables et déviantes. Par souci de réalisme et de personnalisation, les créateurs de porno ont même poussé la logique de l’ubérisation au bout du processus. On est passé de la production cinématographique à la vidéo au scénario minimal puis à la vidéo amateur. Tout cela pour répondre au besoin d’authenticité. Dans le podcast « Sexplorer » disponible sur Spotify, des jeunes consommateurs lambda sont unanimes : la recherche d’authenticité. Vous pensiez qu’on était arrivé au bout du processus ? Non. Le réseau social Onlyfans vous propose d’être à la fois l’acteur et le voyeur. Plus besoin de prod, une webcam suffit. On dit à tort que le confinement et les mesures sanitaires ont largement atteint la santé mentale des jeunes. D’après l’APHP, 29 % d’entre eux présenteraient des troubles mentaux sérieux. En réalité, comme dans tous les autres aspects de cette crise, l’épidémie n’a pas été la charge explosive mais plutôt l’additif qui a fait péter le minuteur.

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