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Fury, Wilder et … Enzo Grau : la boxe pour vivre

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© Ange Appino pour L'Incorrect en partenariat avec l'avenger Tyson Fury

Il fallait être matinal, ou couche-tard, pour profiter du grand combat de boxe poids-lourd opposant le géant anglais Tyson Fury au roi des punchers américains Deontay Wilder. Une opposition désormais entrée dans la légende du noble art, le plus romanesque de tous les sports. Dans le ring, s’écrivent des destins d’hommes en lettres de sang.

 

 

 

Dès la première reprise, l’immense Fury faisait parler la poudre. Des pieds rapides, une stature impressionnante, des poings gros comme des ballons de football et une technique forgée par des milliers d’heures d’entrainement ; le traveller irlandais n’est pas véritablement un homme, c’est une machine à tuer, un Basajaun, un Hercule mythologique. Face à ce regard de tueur entré couronné en roi des gitans dans la salle du MGM, Deontay Wilder a vacillé. Il a montré une peur animale avant d’être littéralement violenté, battu et mis à terre à plusieurs reprises.

Le traveller irlandais n’est pas véritablement un homme, c’est une machine à tuer, un Basajaun, un Hercule mythologique.

Knock-down par deux fois, l’Américain de l’Alabama a eu l’oreille interne touché, puis le foie sur un énorme crochet du droit envoyé avec la rage d’un combattant de foire. Digne héritier de son ancêtre, le boxeur à mains nues Absolom Beeney, Tyson Fury n’a pas manqué l’occasion qui lui était offerte d’enfin confirmer pleinement son potentiel aux yeux du monde. Il a maintenant gagné toutes les ceintures de sa catégorie et est le dernier poids-lourd invaincu de sa génération. Un exploit dans une catégorie où le moindre coup peut être fatal.

Revenu d’entre les morts après trois années d’errance durant lesquelles il s’est drogué, abîmé dans l’alcool, la junk food et la dépression mélancolique, Tyson Fury est un exemple de rédemption. L’homme est animé par ce christianisme celtique propre à l’Irlande, dont les travellers sont de vieux autochtones nomades et marginalisés spécialisés dans l’élevage des chiens et des chevaux, mais aussi … de la lutte et de la boxe. Deuxième champion du monde de boxe de son ethnie après son cousin Andy Lee qui était dans son coin pour le soutenir contre Wilder, avant peut-être d’être rejoint par son autre cousin Billy Joe Saunders sur le toit du monde.

Tyson Fury a tout pour devenir l’un des plus grands et s’asseoir à la table des Ali, Foreman, Klitschko et autre Tyson.

Le changement d’entraineur au profit de l’offensif Sugar Hill Stewart, qui a repris le flambeau d’Emmanuel Stewart de chez Kronk Gym Detroit, démontre d’ailleurs l’intelligence et l’humilité du champion. Tyson Fury a tout pour devenir l’un des plus grands et s’asseoir à la table des Ali, Foreman, Klitschko et autre Tyson. Il lui manque un combat contre Anthony Joshua pour l’unification des ceintures. Ce combat du siècle entre deux Anglais ne doit pas se dérouler en Arabie Saoudite ou en Asie. Il doit avoir lieu à Wembley !

La boxe nous apprend que les hommes les plus forts peuvent avoir des faiblesses. Tyson Fury lui-même est un roc au mental irréprochable, mais il n’a pas hésité à se livrer sur ses états d’âme. Il fut de même émouvant de voir Deontay Wilder résister avec tout son cœur et son menton en acier, tenant jusqu’au bout pour faire honneur à sa communauté en ce « black history month ». Le puncher et sa foudre ont été éteints dans l’honneur. Trop limité techniquement, il a su faire montre d’un courage physique réel, ne devant son salut qu’à l’intervention de son staff qui a jeté l’éponge dans le septième round. Il a depuis multiplié les déclarations grotesques, tentant de mettre sa contre-performance sur le compte de son costume d’entrée… Ne lui en tenons pas rigueur, une telle humiliation publique est difficile à encaisser dans un tel contexte, avec une communauté afro-américaine aussi passionnée qu’exigeante, faisant de la boxe poids-lourd un de ses ultimes motifs de fierté et d’unité. De fait, Wilder était le dernier grand champion afro-américain après plus de 20 ans de domination européenne… Nul besoin d’ajouter un commentaire !

Il fut de même émouvant de voir Deontay Wilder résister avec tout son cœur et son menton en acier, tenant jusqu’au bout pour faire honneur à sa communauté en ce « black history month ». Le puncher et sa foudre ont été éteints dans l’honneur.

L’Alabamien n’est toutefois pas fini. Il reviendra mais ne sera plus le même. Il n’est plus invaincu. Anthony Joshua a fait la même expérience contre le gros et puissant Andy Ruiz. La défaite n’est jamais belle mais elle est partie intégrante du combat perpétuel de l’existence. Sur le ring comme dans l’arène politique, il faut savoir encaisser les coups pour mieux les rendre. Qui aime les champions qui n’ont pas sué, qui n’ont pas une histoire à raconter ? La victoire est plus belle avec la gueule cabossée, quand le guerrier a tout donné. Cette mentalité propre aux sports de combat doit être redécouverte en France. Lesquelles disciplines doivent aussi être nettoyées des voyous qui se les accaparent. Samedi dernier, veille du combat de ce début de siècle, Enzo Grau devenait champion de France amateurs des moins de 60 kilos en affrontant Ishaq Bentchakal, dans un climat ignoble.

 

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Lui et sa famille ont été confrontés à la violence en dehors du ring, menacés par les supporters des boxers maghrébins qu’ils étaient venus défier. Son frère Hugo a perdu en grande partie pour ces raisons en finale des moins de 64 kilos contre Lounes Hamraoui. Les Vendéens du Boxe 85 peuvent néanmoins être fiers, très fiers : ils n’ont pas reculé. Qui eut cru qu’un traveller irlandais serait un jour champion du monde poids lourd en mettant au tapis un Américain à Las Vegas ? Qui dit que demain ce ne sera pas un petit Enzo vendéen ou auvergnat qui y parviendra ? Sur les rings comme dans la vie : ne cédons pas face à la meute.

 

 

Gabriel Robin

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