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Culture en confinement

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© DR

En cette période difficile, où les librairies et les salles de spectacle, de concert et de cinéma sont fermées, L’Incorrect est allé chercher quelques conseils de survie auprès d’artistes à notre goût.

 

 

Olivier Maulin – Écrivain, journaliste

 

Quels conseils de lecture auriez-vous à proposer à nos lecteurs confinés ?

 

Certainement beaucoup de vos lecteurs l’ont-ils déjà lu, mais si ce n’est pas le cas, je leur conseille vivement Le Cheval rouge d’Eugenio Corti, un grand roman catholique dont le caractère monumental m’a longtemps incité à en repousser la lecture et qui vient de reparaître aux éditions Noir sur Blanc dans la traduction que Françoise Lantieri avait donnée à L’Âge d’Homme en 1996 (le livre est paru en 1983 en Italie). Sur près de 1 500 pages, ce roman retrace l’histoire de l’Italie de 1940 au début des années soixante-dix à travers le destin de plusieurs jeunes gens d’un village de Lombardie. C’est une expérience de lecture unique qui, outre l’aspect littéraire, remet les pendules à l’heure sur l’interprétation de l’histoire récente. Il y a des pages inoubliables de scènes collectives durant la retraite des Italiens en Russie à l’hiver 1942-1943, épisode peu connu en France.

 

Comment vivez-vous cette période et dans quelles conditions ?

 

Je suis confiné chez moi avec femme et enfants ; j’ai dû céder mon bureau à ma femme architecte qui a rapporté à la maison un écran d’ordinateur fabuleux. De mon côté, je me suis réfugié dans la salle de billard où j’ai installé une petite table branlante sur laquelle j’écris tant bien que mal mes articles. Dès que je me lève de ce bureau de fortune, mes enfants en embuscade me volent mon ordinateur et mon téléphone portable et y installent des jeux en cachette. Il n’est donc pas excessif d’affirmer que mes nouvelles conditions de travail relèvent de l’héroïsme le plus pur. Du reste, tous les soirs, à vingt heures, Paris m’applaudit chaleureusement.

 

Le coronavirus : hypostase ou châtiment du monde moderne ?

 

Ce virus m’apparaît surtout comme un révélateur du caractère infantile de la modernité qui avait cru échapper au tragique par de simples formules incantatoires. La comparaison avec l’effondrement de 1940 est certainement excessive mais il n’empêche que derrière les discours satisfaits des incompétents qui nous gouvernent, on a découvert avec effroi que la France était bel et bien engagée dans un processus de tiers-mondisation ; on a surtout compris ce que voulait dire concrètement « brader sa souveraineté » : quémander des masques et des « tests », réaliser que l’on dépend des Chinois pour des produits de première nécessité comme les médicaments, etc. Ne plus être maître chez soi, en somme. Le coronavirus, hélas, nous a bel et bien humiliés.

Derniers livres parus : Le Populisme ou la mort (Via Romana) ; Histoire des cocotiers, journal 1997-1999 (Rue Fromentin)

 

Lire aussi : L’exception contre la série

 

 

Abdel Raouf Dafri – Scénariste, réalisateur

 

Un conseil culture pour nos lecteurs confinés ?

 

En période de confinement, je recommande la lecture de La Peste de Camus. Au moment du déconfinement, nous serons (d’après nos dirigeants) dans une déconfiture économique qui m’oblige à recommander Les Raisins de la colère de Steinbeck. Et pour tous les Français qui sont persuadés que notre piteux (mais jeune) président ainsi que son gouvernement ont fait ce qu’il fallait, je leur conseille toute la collection des Oui-Oui.

 

Comment vivez-vous cette période et dans quelles conditions ?

 

Ma nature profonde est celle d’un « natural born confiné ». Du coup, le confinement ne me pèse pas ! Cette obligation a un avantage : elle m’oblige à être concentré sur mon travail d’écriture, et, justement, avec mon co-scénariste, Nicolas Peufaillit, nous avons terminé l’arche narrative de l’adaptation en série du film Un Prophète. C’est assez ironique, dans les circonstances, de travailler sur un personnage qui s’épanouit entre les quatre murs d’une prison.

 

Le coronavirus revêt-il pour vous une signification particulière ?

 

Nous avons pu nous rendre compte qu’Emmanuel Macron n’était pas Georges Clemenceau qui, lui, a géré une vraie guerre, qui plus est mondiale. Le virus nous a montré à quel point nous avons négligé notre système de santé, erreur que les Allemands n’ont pas commise, à tel point qu’ils pouvaient se permettre d’accueillir nos compatriotes malades. Danke, Frau Merkel ! Rappelons-nous que de Sarkozy à Macron, l’hôpital public a perdu 13 631 lits au nom d’une politique d’économie dont certains Français ont payé du prix de leur vie ! Ce virus a aussi montré que nous sommes dans un état de dépendance totale avec la Chine dictatoriale et que l’Europe n’est qu’une façade Potemkine incapable de venir en aide aux pays qui la constituent. Alors, oui, ce virus a une signification particulière pour moi : il est un tueur mais aussi un révélateur. Si nous faisons cet examen de conscience, avec humilité, alors, du moins, ce virus aura été salvateur.

Dernier film : Qu’un sang impur (sorti en VOD et DVD le 23 avril)

 

 

Patrick Eudeline – Musicien, écrivain

 

Quels disques sont appropriés au confinement, et pourquoi ?

 

Redécouvrir ce que on connaît mal, fouiller. Le jazz s’impose : il évoque mieux que toute autre musique les paradis perdus. Tu écoutes Mingus en regardant une photo de Londres ou de Paris en 62… Avec au hasard Delon ou Brigitte. Et tu pleures comme le Diable de Flaubert.

 

Comment vivez-vous cette période et dans quelles conditions ?

 

Très mal. Je n’ai pas peur du virus, mais de la crise, de cette hystérie, ce suicide collectif. Seuls certains « intellectuels » se révoltent contre cette psychose de poules mouillées. La vie est dangereuse, par essence. Pousser les gens à la misère, au suicide, tuer art, culture et art de vivre pour trois patapoufs déjà malades et menacés par essence ? Oui, j’ai dit « patapoufs » : Zola déjà n’aimait pas les obèses.

 

Que pensez-vous des initiatives des musiciens en concerts acoustiques et du grand show virtuel de Lady Gaga ?

 

J’ai trouvé la gaga pleurnicharde façon « We are the world ». C’est pas nouveau : ces initiatives sont toujours ridicules. Depuis le Bangladesh de 71! (Premier concert de charité organisé par George Harrison au Madison Square Garden, ndlr). Quant aux musiciens confinés, même les plus grands comme les Stones ou Macca ont proposé une bouse dont personne n’a besoin. On peut faire des merveilles en unplugged. Ce n’est pas le cas, là ! Les musiciens classiques s’en sont mieux sortis, finalement. Plus sobres.

 

Le coronavirus: punk ou antipunk ?

 

Ce qui est punk, c’est de ne pas flipper pour si peu (… de morts, pas plus que les grippes de saison et souvent moins), de désobéir et de hurler bien fort : « Parlez-moi d’autre chose ! Des terrasses au printemps, d’histoires d’amour (qui ne peuvent plus exister, sans bars ni hôtels, ni Paris en fleur). » De tout, sauf de ce monde peureux qui s’enferme et se suicide.

Dernier livre paru : Anoushka 79 (Passage)

 

 

Propos recueillis par Romaric Sangars et Arthur de Watrigant 

 

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