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Hanouna, Schiappa, Macron, les Gilets Jaunes et les autres : l’impasse

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Crédit : Capture YouTube TPMP

« Moi ce que je voudrais dire, c’est que ce qu’on est en train de faire là, ben les spectateurs ils peuvent le faire. C’est à dire qu’un grand débat, un atelier du grand débat ça peut être n’importe quoi. Dimanche, vous allez manger chez votre belle mère, vous allez être huit neuf autour de la table, ben c’est plus une engueulade familiale, c’est un atelier du grand débat national », concluait Marlène Schiappa après avoir co-animé l’émission spéciale de Balance Ton Post ! consacrée au « Grand débat ».

 

Confirmation est ainsi donnée qu’un « Grand débat », ça peut aussi et surtout être n’importe quoi.

Voilà où nous sommes tombés : sous le degré zéro. Alors que la France a subi plus de deux mois de manifestations qui ont provoqué des centaines de blessés, dont des dizaines l’ont été gravement et seront parfois mutilés à vie, la sous-ministre Schiappa qui occupe le poste de secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les hommes et les femmes n’a rien de trouvé de mieux à faire que de nous conseiller de « grand-débattre » en famille lors du déjeuner dominical.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Face à face

 

De quoi ? De tout, de rien et surtout de n’importe quoi. Big Mother veille sur tout, prévient tout vos besoins, vous divertit. Notre mère trop aimante a une tête de linotte, mais ça n’a aucune importance puisque les grosses têtes de la technostructure ont les réponses aux questions que vous vous posez.

La solution est simple : « faire de la pédagogie » sans être trop savant et trop pédant. Marlène Schiappa et Cyril Hanouna étaient donc investis d’une mission de salut public, à défaut de prendre la tête d’un comité, consistant à ramener le « peuple » à la raison. Parce que le « peuple », il regarde et il adore « l’émission d’Hanouna », croit-on à l’Elysée. Et puisque le « peuple » est idiot, on lui explique comment doivent se dérouler ses dimanches en famille.

En même temps, le président Macron s’est remis en marche, battant la campagne et s’invitant dans tous les « territoires » pour expliquer les « moyens de la réforme » aux maires et à vous autres, enfants et citoyens de la République. Coiffeur pour dames, un rôle dans lequel le locataire de l’Elysée excelle, fort de ses dons à enchaîner les performances de plusieurs heures, à la manière d’un sportif de haut niveau ou d’un acteur de théâtre. Mais est-ce bien ce qu’on attend du monarque présidentiel, de celui qui devait restaurer la verticalité de la fonction et n’être qu’un arbitre entre les factions qui divisent ce qui était autrefois le peuple français ?

Redescendu sur terre, Emmanuel Macron n’a plus qu’un objectif : tenir coûte que coûte jusqu’aux élections européennes. Des élections qui enverront des députés dans une autre superstructure où ils seront pieds et poings liés. Des élections néanmoins plus importantes que jamais, en dépit de ce que peuvent légitimement en penser les Français, puisqu’elles seront les premières de l’ère « dégagiste » dont l’élection d’Emmanuel Macron fut le premier grand événement.

 

 

 

Ce test à grande échelle achèvera probablement Les Républicains qui, demain, devraient être appelés à gouverner la France aux côtés de La République En Marche, s’associant à une factice union nationale destinée à maintenir l’ordre républicain. D’Ordre public il fut question pendant les deux dernières décennies. À mesure que l’Etat renonçait à une vision prospective de l’Ordre public, le désordre et le chaos menaçaient.

Nous y sommes donc ; en pleine chienlit. Et comme rien ne nous sera épargné, attendez vous à ce qu’Emmanuel Macron défende sa « vision » lors d’un marathon nocturne un vendredi soir chez Cyril Hanouna. La démocratie Loft Story n’est plus un fantasme de quelques auteurs de dystopies, c’est notre réalité. Comme l’enfer, elle est pavée des meilleures intentions du monde.

Vous aurez la parole, à l’image des téléspectateurs des émissions de télé réalité qui peuvent éliminer les candidats qu’ils n’aiment pas à l’aide d’un simple SMS. Chocolatine ou pain au chocolat ? Pour ou contre le retour des bidets ? Autant de grands thèmes qui méritent d’être tranchés.

 

Lettre à France

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Publiée par L'Incorrect sur Mardi 15 janvier 2019

 

Philippe Muray s’était lui interrogé sur la nature même du « débat » : « Toute proposition originale est menacée dans le débat par ce qui peut lui arriver de pire : un protocole d’accord. Une nouvelle pensée du monde peut et doit être assénée comme un dissentiment irrémédiable, comme une incompatibilité d’humeur. Il ne faut pas argumenter, il faut trancher dans le vif. Penser, c’est présenter la fracture ».

On débattait déjà dans l’émission Ambitions que présentait Bernard Tapie dans les années 1980, aujourd’hui bienfaiteur de la liste des Gilets Jaunes désireux d’entrer dans le grand jeu des partis. Ils ont en la personne d’Ingrid Levavasseur la personnalité idoine pour la politique telle qu’on pourrait la concevoir en 2019.

Cette dernière a ainsi déclaré ne pas avoir de convictions politiques, être restée apolitique, tout en souhaitant pourtant siéger à Bruxelles et Strasbourg. Jolie « maman déterminée » suffisamment sage et commune pour ne pas déplaire aux femmes, elle devrait faire du dégât si sa méconnaissance des réalités politiques nationales et européennes n’est pas trop criante.

 

Macron en 2017 s’imaginait porté par des forces supérieures alors qu’il n’était que le non-choix d’un refus et la créature d’un marketing politique intelligent dont il ignorait probablement l’importance, à l’image de tous les grands narcissiques toujours convaincus d’y être « arrivés » seuls comme des grands.

 

Gare à ce que la citation de Victor Hugo ne soit pas prophétique pour ce gouvernement : « Le plus excellent symbole du peuple, c’est le pavé : on marche dessus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête ». Ceux qui défilent dans les rues depuis deux mois veulent renverser le système par dessus tête, qu’importe du reste que leurs revendications soient anarchiques et désordonnées.

Ils n’en sont plus là, simplement mus par la rage contre un système qu’ils honnissent, comme l’a montrée la déclaration de La France en Colère ! après le drame qui a touché Jérôme Rodrigues. Ils veulent une insurrection, voire une révolution, se pensent à l’aube d’un moment historique qui pourrait faire d’eux des héros.

Un peu comme Macron en 2017, quand ce dernier s’imaginait porté par des forces supérieures alors qu’il n’était que le non-choix d’un refus et la créature d’un marketing politique intelligent dont il ignorait probablement l’importance, à l’image de tous les grands narcissiques toujours convaincus d’y être « arrivés » seuls comme des grands.

 

 

Où en sera la France dans quelques mois ? Au même point probablement. Les actes vont se multiplier sans que les grands équilibres électoraux n’évoluent profondément, les camps étant désormais figés. Chacun rivalisera de bons sentiments, des sentiments les meilleurs qui devraient être le ciment de cette nouvelle République du débat permanent en gestation, où les responsables politiques devront rendre des comptes à un service après vente informel, discutaillant sans fin des contours de ce nouveau monde sur lequel personne ne peut tomber d’accord.

Quelques mesures de « bon sens » auront certes peut-être été adoptées entre-temps sans que les structures qui fondent l’Occident moderne n’aient en rien été déstabilisées. Et nous oublierons la grandeur, celle que cherchait Napoléon qui croyait que tout ce qui est grand est beau. 

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