Diego Fusaro : « Si Salvini lâche les 5 Étoiles pour aller vers la droite classique tout est perdu »

© Capture twitter Luigi di Maio

Les Italiens qui ont porté au pouvoir un gouvernement populiste ont suivi avec attention la crise des gilets jaunes. Diego Fusaro est un essayiste politique outre-alpin qui décrypte avec lucidité l’actualité politique.

 

Les tensions entre la France et l’Italie continuent d’augmenter. Di Maio, a-t-il agi correctement en visitant les Gilets Jaunes ?

 

Le mouvement 5 Étoiles c’est l’équivalent des Gilets Jaunes au gouvernement. Je comprends et j’approuve l’enthousiasme de Di Maio pour les Gilets Jaunes. Il s’agit d’un vrai mouvement contestataire vis-à-vis du fanatisme économique de la classe hors-sol. Ce n’est pas un mouvement sociétal animé par la lutte des minorités (féminisme, véganisme, mariage gay, etc.)

 

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Cependant di Maio a créé une affaire diplomatique avec la France : peut-être il aurait dû envoyer aux Gilets Jaunes Di Battista ou une autre figure des 5 Étoiles, et non aller lui-même. Il a un rôle institutionnel dans le gouvernement et représente toute l’Italie.

 

Quel avis portez-vous sur le mouvement des Gilets Jaunes, révolution naissante ou fronde passagère?

 

J’observe avec intérêt et sympathie les Gilets Jaunes. Ils ont transformé les gilets que le capitalisme nous met dans la voiture en objet de lutte contre le capitalisme, et cette idée est géniale. Ils se battent contre la contradiction capitaliste de la globalisation : ils ont compris que qu’elle est le vrai ennemi. Et cela est important. J’espère qu’ils arriveront à se transformer en un mouvement organique et structuré, sinon ils sont destinés à disparaître comme la neige sous le soleil.

 

Si Salvini lâche les 5 Étoiles pour aller vers la droite classique tout est perdu : nous retournerons à la vieille dichotomie droite/gauche, c’est-à-dire au parti unique du capital, qui se prétend pluriel (droite-gauche) pour cacher son fond totalitaire.  

 

Notamment parce que le cirque médiatique et les représentants de la classe dominante feront tout pour les délégitimer. Ils le font déjà, en les diabolisant comme fascistes, violents et antisémites. Ce n’est que le début. Comme disait Marcuse, chaque fois que l’on trouve la solution, le système s’active pour la rendre impossible.

 

Après l’élection des Abruzzes le M5E paraît véritablement affaibli par rapport à la Ligue, comment se fait-il que Salvini est allié à Meloni et Berlusconi au niveau régional mais à Di Maio au niveau national ?

 

Salvini doit demeurer très attentif. Concernant la politique extérieure il me semble qu’il se trompe: il soutient Israël, le coup d’état des États-Unis au Vénézuéla et Bolsonaro au Brésil (ce dernier est une marionnette des États-Unis et un ultra libéral). Salvini risque d’être absorbé par la vieille droite libérale de Berlusconi.

 

 

La force du gouvernement italien aujourd’hui réside dans le fait qu’il n’est pas de droite ni de gauche, mais du bas, du peuple, contre les seigneurs du mondialisme et le capitalisme global. Si Salvini lâche les 5 Étoiles pour aller vers la droite classique tout est perdu : nous retournerons à la vieille dichotomie droite/gauche, c’est-à-dire au parti unique du capital, qui se prétend pluriel (droite-gauche) pour cacher son fond totalitaire.  

 

Les élections européennes s’approchent à grande vitesse, verrons-nous une polarisation continentale, le camp macronien contre le camp salvinien?

 

Oui, je dirais que oui. Macron est clairement un produit de l’élite global financière. Il opère dans l’intérêt du haut, de l’élite, du capital planétaire. Il est ennemi des travailleurs et des peuples. Salvini est national-populaire, pour le dire avec Gramsci.

 

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Il représente les intérêts du peuple : moins de marché, plus d’État ; moins de globalisation, plus de souveraineté nationale démocratique ; moins d’homogénéisation globaliste, plus d’identité culturelle. Il doit faire attention à la droite libérale de Berlusconi, une alliée du macronisme.

 

Les liens entre l’Italie et la Chine, notamment sur la nouvelle technologie 5G, créent de l’anxiété à Washington. Que doit faire Rome?

 

L’Italie est aujourd’hui un pays moins soumis aux États-Unis, même si on a plus de 100 bases militaires étasuniennes chez nous. L’Italie n’a pas reconnu Guaidó, le fantoche des États-Unis au Vénézuéla. Elle regard avec sympathie et amitié la Russie de Poutine. Et maintenant aussi la Chine, qui sur le plan géopolitique joue un rôle merveilleux de résistance contre l’américanisation du monde. Rome doit être le plus loin possible de Washington.

 

 

Non seulement Rome mais aussi Madrid, Paris et Berlin. Combattre contre la globalisation capitalistique veut dire aussi combattre contre les États-Unis, qui sont le bras armé de ladite. Le globalisme est un américanisme. L’Europe sera libre si, et seulement si, elle réussit à se libérer du baiser nihiliste de Washington, en regardant vers l’Eurasie, vers la Russie et la Chine.

Alphonse Moura est géopolitologue, maître en Sciences Politiques et Relations Internationales.

moura@lincorrect.fr

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