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[Enquête] Voyage au pays des black blocs

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Publié le

5 mai 2022

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Les manifestations du 1er mai ont apporté leur lot de saccages perpétrés par les black blocs. Très spectaculaires, ils font oublier les sabotages anarchistes des câbles Internet de la semaine dernière, beaucoup plus dangereux. Voyage au pays de ceux qui veulent détruire.
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Les extrémistes de gauche peuvent se classer selon trois axes : le premier oppose les internationalistes au national-étatisme. Le second distingue les autoritaires des libertaires. De part et d’autre du troisième se répartissent les révolutionnaires et les réformistes. Les mouvements en croissance, que ce soient les black blocs ou Extinction Rebellion, sont tous internationalistes, libertaires et révolutionnaires. À l’inverse, les organisations plus anciennes en déshérence, comme la CGT, Attac ou SOS Racisme, ne cochent qu’une ou deux des trois cases.

Pour être plus précis, dans Les grammaires de la contestation (La Découverte, 2010), la sociologue Irène Pereira a dégagé trois courants politiques pour classer les extrémistes de gauche. Le premier est républicain-social et traite de citoyenneté, démocratie participative et autre internationalisme humaniste, le tout souvent teinté d’écologie. Extinction Rebellion ou Greenpeace appartiennent à cette famille. Ainsi que ceux qui blessent les chiens ou les chevaux de chasse pour sauver des sangliers. Les actions sont conçues pour faire parler d’elles dans les médias.

Lire aussi : Enquête : Extinction Rebellion, tout dégrader pour le climat

Le second courant s’appuie sur la notion de « minorités » (femmes, racisés, homosexuels, prisonniers, etc). Il s’incarne dans les luttes sociales et culturelles pour la « dignité », notion qui a pris un essor politique considérable au cours de la dernière décennie. Là encore, la violence est réelle mais vise surtout à générer un écho médiatique.

Le troisième courant est socialiste, issu du communisme, et s’intéresse au travailleur et à la révolution. C’est là que se niche l’anticapitalisme. On y retrouve les organisations léninistes comme Lutte ouvrière ou le NPA, mais aussi la CGT. C’est là que se nichent enfin les extrémistes les plus dangereux, ceux qui ne cherchent ni la gloire, ni les médias, mais qui veulent détruire, et parfois tuer, comme le fit Action directe en son temps. Or, il se pourrait justement qu’ils soient de retour.

Mercredi 27 avril au matin, de nombreux Français se sont plaints de difficultés à se connecter sur internet. La raison : un important sabotage. Une source officielle étatique a confirmé à la presse qu’il s’agissait d’un « acte de malveillance coordonné », particulièrement « grave » et « très rare ». Selon l’AFP, plusieurs villes françaises ont connu des coupures de connexion internet dans la nuit après que des câbles « longue distance » ont été sectionnés. Les villes de Paris, Lyon, Grenoble, Reims, Strasbourg ou encore Lille ont été particulièrement concernées. Or ce n’étaient pas de simples connexions grand-public. L’emplacement de ces câbles est difficilement accessible. Il ne s’agit pas d’armoires que l’on peut trouver dans la rue, mais de tuyaux enterrés sous des trappes, ou le long de voies SNCF, d’autoroutes et de canaux des Voies navigables de France. Ces câbles « longue distance » en fibre optique relient les grandes villes françaises entre elles, notamment pour les infrastructures, comme les data centers. C’est aussi par ce réseau que circule l’accès internet fixe (ADSL et fibre), et certaines lignes téléphoniques. Plusieurs opérateurs ont été touchés.

En 2020, plus de 170 antennes-relais de téléphonie mobile ont été prises pour cible, soit une tous les cinq jours. Avec plus de 50 000 pylônes en France, les anarchistes ont de quoi s’occuper

La quasi-simultanéité des coupures (entre 3h20 et 5h20 du matin) et le caractère stratégique de ces équipements plaident pour une organisation savamment orchestrée. La Fédération française des télécoms (FTT) alerte les pouvoirs publics depuis de nombreux mois sur la recrudescence d’actes de malveillance sur les infrastructures. En 2020, plus de 170 antennes-relais de téléphonie mobile ont été prises pour cible, soit une tous les cinq jours. Avec plus de 50 000 pylônes en France, les anarchistes ont de quoi s’occuper. Une seule personne a été arrêtée et condamnée en mai 2021 à quatre ans, dont deux fermes, pour avoir mis le feu à deux antennes-relais.

Il y a peu, un Français engagé deux années en Syrie auprès des Kurdes face à l’État islamique nous racontait que les plus gros bataillons de volontaires européens étaient formés d’anarchistes radicaux, dont il estimait le nombre à quatre cents. Ces gens ont reçu une formation militaire et ont combattu. Puis ils sont rentrés en 2018-2019. Certains sont repartis en Ukraine.

Derrière les enfants des villes qui détruisent des magasins, derrière les fonctionnaires qui se révoltent contre leur relégation sociale, la grande Anarchie, celle qui a inventé le terrorisme au XIXème siècle, se réveille.

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