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Francis Jammes : un berceau dans le ciel

Ma fille Bernadette raconte la naissance du monde. Bernadette voit une tapisserie, découvre un arbre, sourit, pleure, boit un sirop, pousse une dent. Rien de spectaculaire. Aucun secret de famille, aucun père toxique à déconstruire au chapitre 12. Juste un bébé. Ce qui, pour Francis Jammes (prononcer à la française puisque qu’il est basco-béarnais) est déjà largement suffisant. Lorsque sa fille naît, à Orthez, le 19 août 1908, le poète a trente-neuf ans. Il aurait pu se contenter de quelques vers attendris, puis refourguer l’enfant à sa mère pour retourner contempler les ânes. Il fait exactement l’inverse. Il observe tout : le premier sourire, les coliques et les pleurs dont on ignore la cause. Jammes s’occupe de sa fille, mais surtout elle occupe son esprit. Le livre est traversé par cette vigilance particulière des jeunes parents : l’enfant dort-elle bien ? Que deviendra-t-elle ? Qui la protégera lorsque son père ne sera plus là ?…

Festivals : stop ou encore ?

L’été est sur sa pente montante et c’est comme s’il durait depuis mille ans. Parvenu à cette page, le lecteur las et échaudé, envisage ce marronnier estival, le festival, et se dit : pourquoi pas ? Pourquoi pas suffoquer ailleurs, dans une ambiance joyeuse et dépaysante ? Pourquoi pas les historiques, Avignon ou Aix-en-Provence, qui n’ont même pas besoin de dénomination autre que le nom de leur ville d’accueil ? Pourquoi pas d’autres lointains et inconnus, les Estivales du Canal à Vierzon ou les Pluralies à Luxeuil ?

Homo festivus en extase

L’abondance et la disponibilité créent le désir. Le festival, principalement musical, est devenue un aimant à touristes, expansion de la fête populaire passée au crible de Jack Lang et dispersée sur le calendrier pour aider à la déconcentration et à la mise en valeur des territoires. Toute cité, tout village avait jusqu’ici ses fêtes, parfois idiotes – comme Sibiril (Finistère) et son championnat du monde de cracher de bigorneau (le premier dimanche d’août, il est encore temps de réserver !)…

« L’Odyssée » de Christopher Nolan : mythologie en toc pour Hollywood en chute

Connaissez-vous la « boue intangible » ? C’est une expression vernaculaire utilisée par les historiens du cinéma pour décrire cette tendance qu’à le cinéma hollywoodien, depuis vingt ans au bas mot, à refuser la couleur, les ambiances bariolées, pour préférer systématiquement une image quasiment monochrome, qui oscille entre le sépia, le grisâtre ou le bleu livide. Un affadissement progressif des couleurs, une désaturation systématique qui serait l’opposé exact des années fastes de l’âge d’or Hollywoodien et du technicolor immortalisé par Douglas Sirk ou Nicholas Ray. On peut voir dans cette tendance à peu près ce qu’on veut : exigence des copies numériques qui réclament un étalonnage toujours plus uniforme, ou simple moyen de rendre crédibles des univers auquel plus personne ne veut croire – notamment les multivers réchauffés de Marvel et consorts.

Lire aussi : « Disclosure Day » de Steven Spielberg : un dernier chef d’œuvre pour la route

Un nouveau pompiérisme

J’y vois plutôt pour ma part, si l’on resitue cette tendance dans ce qu’on appelle pompeusement « l’histoire de l’art », un simple écho de ce qu’on appelle vulgairement l’académisme, puis le pompiérisme, et qui traduit généralement l’épuisement d’une technique donnée, avant un changement brutal de paradigme.…

Éditorial culture de Romaric Sangars : Vacances romaines

Un week-end romain m’a rappelé de grandes vérités sur l’art. Dans la ville éternelle, les formes originelles de notre culture, arrachées au bloc miraculeux de l’ancienne Grèce, ont des allures flagrantes. Les métros et les bus, à la robe pourpre siglée SPQR, glissaient devant nous, comme pour disperser encore dans l’agglomération les signaux du plus grand empire passé. Les dômes se reflétaient sur nos lunettes noires. Nous arpentions des sols brillants où le marbre se mêle au porphyre, comme d’un quartier à l’autre, la gloire antique se cogne aux splendeurs papales. Nous savourions des cafés plus forts et ces vacances anticipées me donnaient le goût d’un édito anticipant les vacances : un certain recul, de nouvelles mises au point.

La manière dont les couleurs, les arrêtes, les coupes gagnaient ici en intensité et en frontalité finit par me rappeler l’élan sous-jacent. Celui d’une vitalité éclatante et d’un instinct de domination qui expliquaient tout le reste : l’empire, sa gloire, cette spectaculaire prise de possession du monde et, dans ce but, une rationalité ardente et martiale, comme une serre plantant des griffes acérées dans le dos du jeune univers humain afin de lui donner une forme.…

Genesis Owusu, Requin Chagrin, Nine Inch Nails & Boys Noize : les critiques musicales de juin

RENVERSANT
REDSTAR WU & THE WORLDWIDE SCOURGE, Genesis Owusu, Ourness PTY LTD, Vinyle 40€99

Il y a exactement quatre ans, j’entrais dans le régiment de hussards de L’Incorrect. Disons-le, je n’étais pas tout à fait certain, à l’époque, de parler un jour d’un pareil disque. Euphémisme. Il faut pourtant se rendre à l’évidence : en ayant écouté des dizaines durant ce dernier mois, l’album de Genesis Owusu est le plus marquant de tous. Certes, j’aurais pu trouver une demi-douzaine de disques plus proches de mes goûts supposés, que sans doute certains de mes camarades auraient regardés d’un œil moins mauvais. Mais que voulez-vous, on ne se refait pas ! Dans cette errance urbaine, le hip-hop british façon Dizzee Rascal se mêle aux claviers acides, à la drum’n’bass et même à la pop méchante (oui, ça existe). L’effet est renversant. Tellement que l’idée de se frotter à des foules détestant notre bataillon m’a effleuré : hélas, le prochain concert à Paris est complet.…

© DR
Olivier Boudeaut, Olivia Ruiz, Bertrand Duguet… : les critiques littéraires de juin

DÉBRAILLÉ
UNE HISTOIRE D’AMOUR ET DE VIOLENCE, Olivier Boudeaut, Gallimard, 242 p., 20€50  

L’auteur d’En attendant Bojangles, premier roman au succès fulgurant paru il y a dix ans, raconte comment son père mourait au moment de sa gloire, le privant, quelque part, du plus précieux trophée pour un fils. Un père violent, cassant, odieux, et dont le comportement contamina celui de son enfant, jusqu’à ce qu’il se guérisse par l’écriture et l’amour avant de tenter de soigner ce lien filial malade. Après Beigbeder et Montaigu, c’est donc au tour d’Olivier Bourdeaut d’évoquer le père défaillant dans un livre de souvenirs et de résilience en réunissant ainsi tous les éléments d’un succès : le thème, sa science des situations et le ton de confidence complice qu’il parvient à instaurer immédiatement avec son lecteur. Dommage qu’il manque de style et que cette accumulation d’anecdotes ne dépasse pas le cadre d’un document humain parmi d’autres (Beigbeder, au moins, faisait le portrait d’une époque, à travers celui du père ; Montaigu celui de l’aristocratie défaite).…

« Un Très Mauvais Pressentiment » :  noces réussies entre la famille et l’horreur
Un jeune couple se rend au cœur de l’hiver chez la famille du fiancé qui va accueillir leur mariage dans leur maison reculée. L’événement qui devrait être heureux génère pourtant son lot d’angoisse, principalement chez l’héroïne, Rachel. On verra vite que l’inquiétude à s’engager pour la vie va prendre ici une dimension littéralement existentielle. Un Très Mauvais Pressentiment, la nouvelle série des frères Duffer, joue la carte de l’elevated horror (de l’horreur mais avec des sujets profonds) et accumule les signes imperceptibles qui feront sens plus tard dans un grand tableau horrifique que la belle entame – un ralenti surcadré avec la mariée en marche vers l’autel – annonce la catastrophe par des éclairs subliminaux. La narration se cale à la suite, une semaine avant la cérémonie. Une journée par épisode et c’est le décompte fatal qui se met en branle : comment en est-on arrivé là ? [...]
Daphné Tamage, première couronnée du roi René

Le premier prix littéraire du roi René a été décerné le 11 juin dernier, au Novo, en la ville d’Aix-en-Provence. Ce prix littéraire, fondé par les écrivains Enguerrand Guépy et Matthieu Falcone, a pour ambition de récompenser une œuvre littéraire qui fasse la part belle à la fiction et à la langue française. Pour cette première édition, le prix a été décerné à Daphné Tamage pour son roman Le Chant des contraires (Stock) paru en mars 2026. Dans ce deuxième roman faussement léger de la jeune romancière belge, il est pêle-mêle question d’oiseaux qui meurent, de foi chrétienne, de rapports amoureux et d’enfermement. Mise en abyme de sa claustration psychologique, la narratrice se retrouve encloisonnée dans sa chambre de bonne un soir de nouvel an. Affluent alors les souvenirs de ses amours ratées, d’emblée vouées à l’échec, de la foi qu’elle a perdu sans cesser de fréquenter son ami prêtre, de l’absence du père et de la subséquente place désordonnée que prennent ses amants qui pourraient avoir l’âge de l’être (son père).…

L’Incorrect

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