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« Cinq Centimètres par seconde » : bluette hivernale
Adaptation d’un dessin animé populaire et carton historique lors de sa sortie au Japon, on était en droit de s’attendre au pire, tant les tropes de l’animation japonaise passent en général assez mal le cap de la prise de vue réelle. Et nos craintes sont confirmées pendant toute la première moitié, avec sa mise en scène décorative qui accumule les vignettes à l’eau de rose, et surtout son héros falot et insupportable, dont on se demande bien comment autant de femmes peuvent lui tourner autour. [...]
« Is this thing on ? » de Bradley Cooper : guimauve
Prenez Marriage story de Noah Baumbach – l’histoire d’un divorce – supprimez-en la névrose juive new-yorkaise, ajoutez le motif d’une seconde chance sur le versant professionnel, étirez le tout en vous gardant bien de développer les personnages, saupoudrez de feel good, et vous obtenez Is this thing on ? de Bradley Cooper. [...]
Affaire Camus : Parole à la défense

Nous étions prêts à déménager la bibliothèque complète de Camus ce jour-là, en plein hiver 2019, à la cour d’appel de Paris, quand elle s’apprêtait à juger à fond la question suivante : l’accusation d’antisémitisme était-elle justifiée à l’encontre de Renaud Camus ? Oui, l’œuvre complète : 150 livres et plus encore. Nous l’aurions fait déposer au greffe. Nous ne voulions pas tant montrer que Camus n’avait rien d’un antisémite (nous le savions, comme n’importe quel lecteur) ; nous voulions que la cour d’appel s’en fasse sa propre religion. Nous voulions lui dire : « Voici. Jugez par vous-même l’œuvre de cet homme qui ne cache rien et qui dit tout. » Tandis que nous déposions malgré tout des centaines de pages, l’accusation (incarnée à l’époque par les talents conjugués de M. Yann Moix et de Mme l’Avocat général) n’était pas capable de prouver la moindre chose. Il y avait certes eu « l’affaire Camus » des années 2000, la grande évanouie, n’ayant donné lieu à aucun procès, sinon à des cargaisons de menaces et de rodomontades que l’on aurait pu juger, à près de trente ans de distance, comme idiotes et ridicules si elles n’avaient pas ruiné la vie de Renaud Camus.…

Bus palladium : le mythe renaît en 2026
Le nom était parfait. Quelques mois après l’ouverture, Gainsbourg en parlait déjà dans son single « Qui est in qui est out ». On rêverait d’une pareille publicité. Dans les quartiers chics, on va alors Chez Régine ou Chez Castel. Au Bus Palladium, pas de tenue correcte exigée. On y passe du rock’n’roll anglais et américain, les tubes des yéyés, entre autres. Non loin, les effluves vicieux de la place Blanche diffusent un parfum canaille sur tout le quartier ; et en contre-bas, il y a cette discothèque incontournable, unique. Depuis, les néons du Bus ne guident plus nos pas égarés, nos yeux vitreux et nos appétits de noctambules. En 2022, les portes de ce pénitencier paradisiaque pour âmes damnées se sont fermées. Changeant encore notre beau Paris, mais peut-être pas pour toujours. D’abord, sa résurrection est proche. Ensuite, même si elle rate, il restera toujours quelques souvenirs contre lesquels se lover. J’eus la chance de connaître les derniers soubresauts de cette aventure distordue et décadente : je l’avoue, être nostalgique est une profession de foi. [...]
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« Maigret et le mort amoureux » : une réussite
Adapter Maigret, comme on l’a vu récemment avec l’horrible film de Patrice Leconte (2022), est souvent une façon de se refaire à peu de frais sur le dos du patrimoine. Ou du moins de tenter de se refaire. Les préventions qu’on pouvait légitimement nourrir devant le dernier film de Pascal Bonitzer, produit par l’excellent Saïd Ben Saïd, n’en tombent pas moins à sa vision. Maigret et le mort amoureux s’inspire de Maigret et les vieillards (1960) en transposant l’intrigue au tout début des années 2000. On se love rapidement dans une fiction éprouvée, où l’assassinat d’un vieux diplomate oblige le célèbre commissaire à frayer avec une aristocratie germanopratine dont il saisit mal les usages, à son grand mécontentement. Le plaisir léger qu’on y prend est celui d’un temps révolu qui se donne à voir dans les affrontements à fleurets mouchetés entre suspects et enquêteurs. [...]
Lionel Shriver et Pola Oloixarac : chez elle, pas de cancel
Les historiens du futur, lorsqu’ils considéreront les années 2010-2020, se demanderont comment l’Occident a pu sombrer dans l’hystérie collective connue sous le nom de wokisme. Hystérie collective, c’est le titre du nouveau roman de Lionel Shriver, traduction un peu appuyée de l’original : Mania. Shriver et le wokisme, comme on sait, c’est une grande histoire d’amour. En gros, cette courageuse franc-tireuse venue de la gauche libérale (au sens continental) est devenue l’incarnation du combat contre la cancel culture, le sensitivity reading et autres fadaises à la mode. Elle a écrit sur ces sujets délicats – notamment la question de l’islam – des tribunes et essais corrosifs qui ont fait hurler les progressistes, traduits l’an dernier dans Abominations. Sa carrière de romancière à succès (Il faut qu’on parle de Kevin, Big Brother, etc.) et sa carrière de journaliste se sont déroulées jusqu’ici séparément, avec quelques interférences (les passages satiriques de Quatre heures, vingt-deux minutes, dix-huit secondes sur l’inclusivité en entreprise). Cette fois, elle les mélange, Hystérie collective ne se cachant pas d’être un roman satirique, un prolongement fictionnel de ses tribunes. Le risque, c’est évidemment que la dimension romanesque en sorte appauvrie ; de fait, Shriver n’échappe pas complètement à l’écueil, à moins qu’elle en soit consciente et qu’elle assume, tout étant bon pour défourailler contre les imbécillités du wokisme. Le lecteur sait donc à quoi s’attendre : Hystérie collective est un roman à thèse, les personnages sont les supports d’une plaidoirie. Cette réserve faite, on peut se lancer. [...]
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« Luminiscence » : l’église saint-Eustache racontée et sublimée par un son et lumière fantastique

Le poète Vladimir Maïakovski rêvait d’ampoules aux yeux des gargouilles de Notre-Dame. Son emphase futuriste et sa foi dans l’hérésie soviétique portent évidemment à quelque circonspection pour accueillir ses conseils. Néanmoins, l’usage d’arguments modernes pour magnifier l’architecture de nos églises ne doit pas être méprisé ; en certaines circonstances, ils peuvent faire des miracles. Et cela fait quelques années que les illuminations des plus célèbres façades gothiques de France attirent un public nombreux et enthousiaste. Celles-ci ne jurent pas avec leur support sans doute pour deux raisons : la première, c’est que les églises gothiques, comme les monuments antiques, d’ailleurs, étaient à l’origine peintes, rutilantes, multicolores, si bien que les projections en ravivent les possibilités originelles. Ensuite, la complexe géométrie dont témoigne l’architecture gothique, avec ses rosaces, ses arcs successifs, ses lignes multipliées, ses effets visuels d’échos, d’entrelacements, de graduations, d’élans et de perspectives enchâssées, sa logique dynamique et exponentielle, tout cela est particulièrement propice au jeu de lumières.…

« Urchin » : sans toit ni talent
Premier long-métrage d'un jeune acteur remarqué dans Sans filtre, la Palme d’Or de Ruben Östlund, Urchin suit la dérive d'un jeune clochard dans l’Angleterre d'aujourd'hui. On sent Harris Dickinson écartelé entre un désir d'empathie à la Sean Baker et le regard clinique opiacé des frères Safdie (Uncut gems, obliquement cité dans une réplique). D'où les quelques scènes d'hallucinations, les seules un peu marquantes avec notamment la transition entre une bonde de lavabo et un outre-monde sous-marin donnant sur une grotte mystérieuse. [...]
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