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Éditorial culture de février : C’est n’estimer à rien qu’estimer tout le monde

On rend hommage à Molière, baptisé en janvier 1622, en cette année de ses quatre-cents hivers. De nos amis de Causeur à France 3, le dramaturge du roi soleil est remis sur son trône. Et c’est une idée facile que de défendre Molière, puisque personne n’est contre et que tout le monde l’a reconnu, ce pourquoi nous n’avions pas l’instinct de le faire ici, nous qui nous occupons de la guerre immédiate et préférions, en ces circonstances, nous pencher sur le cas Houellebecq, mais il s’agit néanmoins d’une belle idée, bien sûr, que nous sommes heureux de voir illustrée. Sauf que sur France 3 une séquence très gênante a été enregistrée et qu’elle mérite que nous y revenions pour être jugée dans ces pages. On y voit un afro-descendant (il le revendique comme identité première) au pseudonyme anglophone, Kery James (Alix Mathurin de son nom civil), revendiquer l’héritage de Molière et, à ce titre, improviser une espèce de slam passif-agressif face à Jacques Weber, notamment, un vieux comédien teigneux, buté, stupide, qui semble ému aux larmes devant la pathétique prestation du rappeur.…

Arthur Rambo : le naufrage du Rambo-warrior

On n’enlèvera pas à Laurent Cantet d’avoir trouvé en Arthur Rambo un excellent avatar à son Karim D., double évident de Mehdi Meklat. Mais partant du principe qu’il y aurait un mystère Meklat à dévoiler, son film est un échec total. Saisi en pleine gloire juste avant la chute, le héros est accompagné à chacune des stations qui le mènent au calvaire. Tous – éditeur, amis, famille – le mettent en accusation, et le petit arriviste bling-bling de devenir improprement une sorte de Rubempré christique. [...]

Les Jeunes Amants : partial
Romance discordante basée sur un écart d’âge, Les Jeunes Amants ne dépasse pas son statut de film du milieu. Il se déploie en deux parties: d’abord une comédie légère assez neutre centrée sur le soupirant, puis une seconde, dramatique, plus discutable, où les femmes passent au premier plan. Sous prétexte d’histoire d’amour impossible entre CSP+, Carine Tardieu exacerbe les traumatismes de la féminité conçue principalement sous l’angle de la dégradation (jusqu’à une boîte d’œufs cassés : symbole). [...] entre CSP+, Carine Tardieu exacerbe les traumatismes de la féminité conçue principalement sous l’angle de la dégradation (jusqu’à une boîte d’œufs cassés: symbole). [..]
Red Rocket : nec plus ultra

Walk on the wild side, chantait Lou Reed, et Sean Baker de plussoyer avec Red Rocket: Walk on the Wilder side. Si le meilleur élève de Lubitsch parvenait à rendre réjouissant l’échangisme intéressé et crapoteux d’Embrasse-moi idiot, l’auteur de Florida Project procède aujourd’hui de même en filmant les manigances d’un acteur porno réfugié chez son ex qui va soudain jeter son dévolu sur une jeune rousse délurée. La fusion d’un ancrage documentaire à la Ulrich Seidl et de touches pop dérivées de Gregg Araki servant à illustrer l’imaginaire des personnages confère au film un cachet surprenant.

Lire aussi : Presque : bol d’air

Le goût des plans larges et des temps morts ne dessert pas le film, bien au contraire, car il témoigne d’un jeu sur l’espérance qu’on pourrait qualifier de tchekhovien. Fracturée et comateuse, l’Amérique de Sean Baker est aussi irréductible, à l’image du héros, attachante canaille menée par un instinct vital inébranlable.…

Presque : bol d’air

Igor est un infirme moteur cérébral, qui lutte pour son indépendance par le travail et une fréquentation assidue de la philosophie. Un jour, il manque d’être renversé par Louis, un croque-mort désabusé. Commence alors un périple chaotique et survolté, où la naissance d’une amitié accompagne la guérison de ces deux hommes écorchés par l’existence. S’il aborde sans pudeur des thématiques aussi difficiles que celles du handicap et de la solitude, ce film laisse pourtant l’impression d’un éclat de rire qui balaye toutes les horreurs de l’existence. [...]

Les Promesses : merveilles aux Bernardins

Après un premier film prometteur quoiqu’un peu raide, La Mécanique de l’ombre, qui louvoyait entre barbouzerie et billard à trois bandes de la République, quoi de mieux pour Thomas Kruithof que des Promesses tenues ?

C’est chose faite avec ce second long qui en conserve la tension, la froideur de surface et le goût pour les hommes dans des étuis. La politique comme jeu de forces opposées y est cette fois-ci envisagée à un échelon local, juste avant une élection municipale et l’attribution par l’État d’un budget conséquent pour rénover les Bernardins, cité en déshérence livrée aux marchands de sommeil et à la gabegie générale. Encore faut-il que la maire de cette ville du 93 (jamais nommée, mais le film est tourné à Clichy-sous-Bois) parvienne à convaincre les décideurs étatiques du Grand Paris que sa municipalité est solvable et la cité autre chose qu’un tonneau des Danaïdes, sachant qu’une association de copropriétaires boycotte le paiement des charges pour protester contre l’inaction de la maire. Celle-ci, Clémence (Isabelle Huppert), doit passer la main à sa première adjointe, mais son directeur de cabinet, Yazid (Réda Kateb), issu des Bernardins, décèle un accroc dans la volonté originelle de sa patronne : un ponte du Grand Paris lui transmet une alléchante proposition de portefeuille ministériel, qu’il va mettre en balance contre l’abandon de la subvention aux Bernardins. [...]

Station opéra : Macbeth, le sang des rois
aviata. Il est temps de remettre la main à une œuvre de jeunesse, Macbeth, la plus ambitieuse et la plus originale. En relisant sa partition créée dix-sept ans plus tôt, Verdi retrouve le souffle shakespearien qui l’habite depuis toujours. Plusieurs pages ne sont plus au goût du jour. La révision est profonde. Voici de nouvelles solutions harmoniques, des couleurs orchestrales différentes, et surtout des passages entiers supprimés au profit de nouveaux numéros, plus modernes, dramatiquement plus efficaces. Tel cet air formidable de Lady Macbeth au deuxième acte, « L’heure s’avance », où l’ivresse du pouvoir se mêle à de sombres présages. La substance est préservée, mais le restyling hisse Macbeth au rang de chef-d’œuvre. [...]
Yann Brunel : théorème tragique

Il y a une atmosphère tarkovskienne, rétro-futuriste, dans votre roman, qui tient beaucoup à cette banlieue terminale d’Union Soviétique où se déroule l’action. Avez-vous un lien particulier avec la Russie ?

Je n’ai aucun lien particulier avec la Russie, si ce n’est la fascination qu’elle exerce sur moi. L’ex-URSS est un formidable terreau pour l’imaginaire, non seulement à cause de la richesse incroyable de la littérature et du cinéma russes, mais aussi à cause de toute la symbolique de la chute qui est attachée à l’URSS – symbolique qui est incarnée dans la moindre rue, dans le plus obscur quartier de la moindre ville. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est aussi le lieu d’évènements proprement hors-normes comme Tchernobyl.

Le décor est donc naturellement puissant et évocateur. Gigantesque comme un titan tombé à terre, comme un continent brisé. Mais il y a plus encore, il y a la faune incroyable qui peuple ce continent. Héritière des grands romans russes, dépositaire de cette âme tordue que traquaient les Dostoïevski, les Boulgakov ou toute une cohorte d’écrivains maudits. [...]

L’Incorrect

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