
Culture




Ce livre est une œuvre d'art, et comme toutes les œuvres d'art il ne sert à rien, seulement à exister. Les pages peuvent s'ouvrir au hasard, comme une bible, pour y trouver ce qu'on cherchait et encore plus – comme un bon texto, une nouvelle manière de porter une veste. La littérature est tellement solide qu'elle n'a pas besoin de narration.
Doit-on encore présenter Simon Liberati, journaliste (de 20 ans à Vogue) mondain, alcoolique (on se souvient de son passage chez Ardisson), anthologiste de génie (113 études de littérature romantique), écrivain à paillettes et destin brisé, aristocrate white trash sans château.
L'écho est ici intime. Ce journal – comme tout livre – est une déclaration d'amour à Eva Ionesco. Sont-ils vraiment séparés ? Peut-on se séparer vraiment ? L'autre nous dérange toujours, dans l'absence comme dans la présence. « L'autre pue » dit-il. Et de continuer, « mais il brise une certaine facilité d'être seul qui m'aurait desséché ».
Les choses sont toujours menacées, précaires, comme les états de grâce.
Il aime les ruines d'Armentières sur Ourq, les monuments aux morts d'Oulchy le Château, les tombeaux abandonnés comme le bois du Mausolée, la désolation des lieux comme les pin-ups assassinées et le vieux cuir des bagnoles anciennes ; la peinture aussi, notamment le portrait de Lady Alston par Thomas Gainsborough au Louvre. [...]


Le monde d’après
Dénoncez-vous les uns les autres, de Benoît Duteurtre, Fayard, 198 p., 18€
Renouant avec le ton de La Petite Fille et la cigarette, Benoît Duteurtre nous offre en cette rentrée légèrement anxiogène une petite fable caustique du meilleur effet. L’écrivain nous plonge dans une France d’après-demain à travers les aventures d’une famille où le fils, Barack (en référence à Obama), depuis qu’il est majeur, attend que sa copine, Robert (pour faire mentir les assignations de genre), de quelques mois sa cadette, le rejoigne dans cette majorité administrative avant de recoucher avec elle ; où le père, Mao (on a parfois le malheur d’avoir des parents communistes), contrairement à son fils, rechigne sur de nombreux points au formatage progressiste, se laisse servir à table par sa femme Annabelle, qui ne s’en trouve quant à elle point humiliée. Les carnivores doivent désormais tuer eux-mêmes leur animal pour mesurer la cruauté de leurs mœurs, une outrance qui en est à peine une, quand on voit que même un député communiste peut être aujourd’hui fascisé s’il s’aventure dans l’apologie périlleuse de la côte de bœuf… Dans cette prospective si proche où le lynchage vertueux est un art officiel et où la jeunesse est dressée à la dénonciation, quelques vieux originaux en viennent à prétendre que le souvenir du monde d’avant reste plus habitable qu’une pareille réalité.…

Episode 2 : Quand les français dominaient le cinéma mondial – L’héroïsme dans le cinéma français

Episode 1 : L’héroïsme dans le cinéma Français, comment Hollywood a copié Paris
L’Incorrect
Retrouvez le magazine de ce mois ci en format
numérique ou papier selon votre préférence.

