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Häxan, la sorcellerie à travers les âges : notre critique

Voilà un de ces films culte qui sont souvent cités, mais rarement vus. C’est l’occasion de se mettre à jour, grâce à Potemkine, l’éditeur de curiosités. Häxan est un film muet suédois : sur le papier, ça fait moyennement envie. En réalité, ce faux documentaire est une vraie transfusion de scènes hallucinatoires qui prouve à quel point le cinéma muet était dès le départ maître de sa grammaire et dispensateur d’images fatales.

Lire aussi : Bella : notre critique [...]

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Adult material : l’infilmable pornographie

On imagine aisément à quoi ont pu ressembler les séances de préproduction : autour de la scénariste Lucy Kirkwood (connue surtout pour son travail sur Skins, série racoleuse consacrée à la jeunesse anglaise des années 2000) les idées ont dû fuser. La pornographie, c’est un sujet en or pour une série télé, quel metteur en scène n’a pas rêvé de s’y atteler ? Pour le premier épisode, il fallait frapper fort, faire dans le graphique, mettre la barre très haute afin de donner aux spectateurs l’envie d’y retourner. Un scénariste un peu plus « connaisseur » que les autres a dû avoir cette idée lumineuse au bout de quelques minutes d’intense réflexion : « Et si on parlait du prolapsus ? » a-t-il probablement lancé à la cantonade avec un sourire en coin. Silence dans la salle. Le prolapsus ? Personne ne sait ce que c’est. L’histoire ne dit pas si notre scénariste amateur de viande crue les a convaincus avec une description ad hoc ou un tour sur Google Image, mais son idée a été retenue. Pour vous, pauvres innocents qui n’êtes pas au courant des ignominies récentes de l’industrie pornographique, sachez que le prolapsus n’est autre que le nom médical de la « descente d’organe ».

Lire aussi : Gregor Puppinck : « Il faut empêcher l’affirmation par la CEDH d’un droit de l’homme à accéder à la pornographie »

Considéré longtemps et à juste titre comme un accident sur les plateaux de tournage, devant lequel les réalisateurs n’avaient d’autre choix que de stopper leurs caméras, il est devenu, par le truchement d’une logique d’inversion spectaculaire très « baudrillardienne, » un sujet de film. Autrement dit, la pornographie, dans sa quête sans fin d’images-limites capables de réinitialiser constamment l’intérêt de l’onaniste, a fait de l’accident son sujet, son nouveau fétiche. Ici, le sujet du fantasme devient littéralement un retournement : on pourrait gloser longtemps sur la qualité métaphorique de cet accident devenu évènement, le renvoyer aux thèses éclairées de Debord ou d’Agamben sur la manière dont le spectacle ne fait que mettre en scène, constamment, sa propre mise à mort – jusqu’à l’absurde. On retiendra simplement que le porno d’aujourd’hui, toujours plus sataniste, demande aux actrices de retourner littéralement leurs organes pour donner à voir leurs entrailles à un public de pervers jamais rassasiés. Et qu’Adult Material s’est saisi de cette mode abjecte dès son premier épisode pour enfoncer le clou et annoncer la couleur : la pornographie, ce n’est pas sympathique. [...]

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Sébastien Lapaque obtient le prix Jean Freustié

Le romancier Sébastien Lapaque a obtenu le Prix littéraire Jean Freustié pour son roman Ce monde est tellement beau (Actes Sud), récit de la conversion au christianisme d’un enseignant à propos duquel nous l’avions interrogé dans notre numéro de janvier dernier.

Lire aussi : Sébastien Lapaque : Beauté divine !

Il succède au palmarès de ce prix fondé en 1987, à des auteurs aussi différents que François Taillandier, Edouard Limonov, Jean-Paul Kauffmann ou encore Sorj Chalandon. Pour ses précédents ouvrages, Sébastien Lapaque, par ailleurs spécialiste de l’œuvre de Georges Bernanos, avait déjà reçu le Prix François Mauriac et le prix Goncourt de la nouvelle.

Sous les étoiles de Paris : notre critique

Depuis de nombreuses années, Christine vit sous un pont, isolée de toute famille et amis. Par une nuit comme il n’en existe que dans les contes, un jeune garçon de huit ans fait irruption devant son abri. Suli ne parle pas français et il est perdu. Il ne manquait plus que ça : le conte de la clocharde et du migrant. Malheureusement, pas de miracle, comme souvent dans les contes français. [...]

Lire aussi : Les Trois Visages de la peur : notre critique

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L’Affaire Catherine Burgod

Grand reporter et essayiste, Florence Aubenas s’est involontairement fait connaître du grand public pour avoir été prise en otage en Irak en 2005. On retiendra son analyse de l’affaire d’Outreau et son Quai de Ouistreham où la journaliste parée d’une fausse identité et d’un CV bidon a tenté de saisir la réalité frontale des plus précaires au cœur de la crise. Dans L’Inconnu de la Poste, si la dynamique d’immersion reste semblable, la journaliste a choisi de s’effacer derrière ses personnages, pour ainsi dire, tant les profils semblent avoir été taillés pour le roman noir. Il faut dire que l’atmosphère y est particulièrement soignée et que les transcriptions sont ajustées au tic de langage près. Il lui aura fallu sept années d’enquête, un contact rapproché avec les protagonistes et une certaine aptitude pour cerner ce qui se joue dans l’ombre des postures. Il aura surtout fallu gagner les confiances pour livrer le récit circonstancié de cette affaire à la fois banale et terrible, hantée par une étrange mélancolie.

Dans L’Inconnu de la Poste, si la dynamique d’immersion reste semblable, la journaliste a choisi de s’effacer derrière ses personnages, pour ainsi dire, tant les profils semblent avoir été taillés pour le roman noir

Suspect numéro un, Thomassin est donc incarcéré sans preuve tangible, en attente de procès, s’étant illustré par son attitude équivoque et son caractère hors norme. Il passera près de trois ans en détention à clamer son innocence, avant d’être mis hors de cause après l’arrestation d’un homme dont l’ADN correspond enfin. En d’autres temps, sans ce twist scientifique, un Thomassin, livré au seul « bon sens », aurait été plus mal barré. Pour autant, d’un mystère à l’autre, nul happy end. En été 2019, l’acteur de 44 ans se volatilise alors même qu’il prend le train pour se rendre à l’ultime convocation censée le blanchir totalement. Fuite, accident, suicide ? Nous l’ignorons à ce jour.

Entretemps, la journaliste s’est penchée sur l’affaire et connaît désormais bien Thomassin. Enfant de la Ddass, violenté, petit délinquant – rien n’est gagné pour l’ado d’alors. Un beau jour, pourtant, la chance semble tourner. Un casting sauvage et quelques mois plus tard, le voilà Meilleur jeune espoir masculin. Son jeu vrai, organique, fait sensation. Le lendemain du sacre, il est pincé pour vol. Gage de crédibilité pour les copains ? Peu importe, les propositions affluent. L’acteur se donne un film par an. Efficace sur les plateaux, il reste imprévisible entre les tournages. Ses cachets fondent : cadeaux, alcool, stups. La rue le rappelle irrémédiablement. Des cicatrices marquent son visage. Le César est vendu. Il excelle pour faire la manche, cumule les tentatives de suicide, se querelle avec sa compagne. C’est pour se mettre au vert qu’il s’installe à Montréal-la-Cluse – conseil d’ami. Le soupirail de son studio déprimant donne sur ce vestige de service public de proximité qu’est la minuscule Poste où travaille la rayonnante Catherine Burgod – jolie maman exemplaire tout juste enceinte de son nouveau compagnon… Toutefois, elle aussi connaît les appels du suicide. C’est d’ailleurs la première chose à laquelle on pense quand on la retrouve dans son sang[...]

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Shunsuke Kikuchi, le Morricone japonais, vient de s’éteindre

Si vous êtes nés dans les années 80, vous avez déjà forcément entendu la musique de Shunsuke Kikuchi. Cuivres plaintifs, trémolos de cordes et envolées au lyrisme superlatif, la musique de Kikuchi empruntait autant au cinéma italien qu’à l’école de la Toei et du tokusatsu – ces séries de superhéros japonais pour lesquelles il signa ses premières bandes son. Dès les années 60 cet originaire de la préfecture d’Aomori, région au nord de l’île connue pour sa météo rude et ses légendes populaires encore vivaces, se fait la main sur des séries culte comme Kamen Rider ou Gamera, où il impose déjà son style avec un mélange unique d’ambition symphonique et de funk crépusculaire.

Cinéphile tout autant que mélomane exigeant, il contribua largement à donner à l’animation japonaise – et en particulier au shonen – cette coloration ultra-dramatique, parfois désespérée, qui contribua sans doute à faire de nous des enfants traumatisés. Il est probable que sans lui, les combats de Dragon Ball Z ou les virées spatiales d’Albator eussent-été beaucoup moins épiques : si les gosses que nous étions se souviennent aussi bien des empoignades sans fin de Son Goku et de Vegeta, c’est d’abord grâce à la musique omniprésente de Kikuchi, parfaite pour illustrer les scènes d’action dilatées et outrancières des blockbusters de l’animation télévisée. [...]

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Un documentaire mexicain sur Francis Wolff et la corrida

Comment une sommité de l’esprit bardée de tous les éclats du prestige parisien peut-elle, au début du XXIe siècle, parmi de nombreux ouvrages de référence, signer des éloges de la corrida, ce spectacle désigné comme archaïque, cruel et voué à la disparition ? C’est pour élucider ce mystère apparent que les réalisateurs, ingénus et ouverts sur la question, se mettent à l’écoute des arguments du philosophe et d’autres personnalités éprises du toro bravo avec une sincérité et une humilité dans la démarche qui finissent par désarmer le spectateur et déployer, à travers le prisme de la tauromachie, une vision tragique de la globalisation et de ses corollaires : uniformisation, puritanisme, aseptisation. Un Philosophe dans l’arène, documentaire hardi et profond, a rayonné dans les salles obscures du Mexique où il a battu des records d’audience. Désormais disponible en France sur les plateformes de diffusion (unphilosophedanslarene.vhx.tv), obtiendra-t-il le même impact ? Et surtout, représente-t-il la première grande parabole mondialisée s’attaquant au revers de la globalisation ? Romaric Sangars n’a pas esquivé la question. Olé !

L’un des grands intérêts de ce documentaire est d’opposer à ce mouvement une internationale taurine résistant toujours à l’égaliseur, et portant le problème à la même échelle

OUI. IL S’AGIT BIEN D’UNE PARABOLE MONDIALE

Face à la mondialisation américaine et sa morale puritaine, face à l’internationale animaliste appliquant Marx aux bêtes, comme l’explique Francis Wolf, et faisant des animaux les ultimes prolétaires à affranchir, quitte à liquider au passage plus de dix mille ans d’interactions hommes-animaux, la corrida apparaît comme un résidu à la fois barbare et enraciné déjà condamné par l’inéluctable marche du Progrès. L’un des grands intérêts de ce documentaire est d’opposer à ce mouvement une internationale taurine résistant toujours à l’égaliseur, et portant le problème à la même échelle. Un philosophe français de renommée internationale, différents pays taurins, en France, en Espagne, au Brésil ou au Mexique. Une enquête franchissant les frontières et exposant les arguments des probables condamnés qui doivent se justifier de leur passion amorale tandis que les hordes de fanatiques débraillés exultent de haine dans tous les pays pour obtenir l’abolition de cet art, quitte à transformer les arènes, comme à Barcelone, en centres commerciaux, en substituant ainsi le veau d’or au taureau sanglant. À partir d’un sujet polémique à la portée qu’on pourrait croire limitée, les réalisateurs mexicains parviennent à questionner tout le phénomène du formatage mondial actuellement en œuvre.

OUI. CAR LA CORRIDA EST UN HYPERSYMBOLE

La corrida est un objet hybride comme le rappelle Wolf, dont les commentaires philosophiques émaillent le film sans le plomber mais en lui conférant une vraie puissance méditative. En effet, la corrida tient à l’art, mais sa dimension représentative n’est que partielle et la corne du taureau tue vraiment, comme le rappelle un Poladylès arrêtant à ce détail majeur la comparaison qu’on pourrait tirer de la corrida avec son métier de comédien. La corrida tient du combat, mais c’est un combat ritualisé, mis-en-scène, qui n’a jamais prétendu mettre à égalité l’homme et le taureau comme le lui reprochent des opposants qui suggèrent donc qu’il ne serait moral de se réjouir d’un tel spectacle qu’à condition que des humains y perdent plus régulièrement la vie. La corrida tient du sacrifice, mais elle n’est pas non plus un rite religieux et ne montre aucune prétention de la sorte. Mais cet objet hybride, insituable, à la croisée de l’art, du combat et du rite, des préoccupations du prêtre, du poète et du guerrier, a toujours fasciné les artistes, Picasso, Hemingway, Montherlant, pour les plus connus.

Lire aussi : Tristan Ranx : méditer sur la cité d’or

Or, notre époque est une époque de confusion, qui ne sait plus distinguer l’homme de l’animal, la violence nécessaire de la cruauté, la vie de la mort. Ainsi ce spectacle hybride ne peut-il que la révulser parce qu’il manifeste avec éclat ce qu’il y a d’animal dans l’homme et pourquoi l’homme doit pourtant dominer l’animal; ce qu’il y a de violent dans la lutte pour la vie, et comment cette violence peut être une inutile cruauté qui humilie le torero autant que le taureau ou bien danse sacrée qui rend hommage à l’inévitable victime ; enfin, dans une époque où la mort est devenue le grand tabou, la corrida la met au centre de son spectacle et organise un memento mori à destination des foules, aussi déchirant que démonstratif, par le truchement du taureau.

OUI. AVEC ELLE LE TRAGIQUE UNIVERSEL S’OPPOSE AU PARC HUMAIN GLOBAL

Ce que véhicule la corrida, c’est une vision du monde fondée sur l’acceptation du tragique et sa sublimation, c’est aussi tout l’héritage culturel européen, antique comme moderne, que représentent, outre Wolf et ses collègues, Philippe Caubère ou le prix Nobel de lité- rature Mario Vargas Llosa, tous questionnés ici. En face, le rouleau compresseur de l’idéologie néo-progressiste refuse le tragique, la mort, et toute la réalité de l’incarnation. Elle inocule partout le fantasme d’une existence de consommateurs préservés de tout risque et de toute blessure narcissique ou concrète, un rêve de bétail anesthésié propre à formater la planète entière tant il fate la faiblesse humaine[...]

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Les critiques littéraires d’avril 2/2

PILOTAGE AUTOMATIQUE

Télérealité, Aurélien Bellanger, Gallimard, 244 p., 19€

Livre après livre, Aurélien Bellanger nous fait le coup du roman-dossier à la Houellebecq, avec toujours la même formule éprouvée : s’emparer d’un sujet populaire (ici, la télévision), créer un personnage dont l’ascension sociale servira de fil rouge, bien mélanger avec deux ou trois digressions métaphysiques, quelques incises autobiographiques et un lâcher de noms constant propre à faire parler de soi dans les médias. Ici Bellanger s’attache aux pas d’une sorte de Rastignac du PAF qui contribuera à l’essor des premières émissions de téléréalité au mitan des années 90. Un moyen pour le romancier de plonger dans sa propre enfance et dans la mémoire de cette époque charnière où la télévision brillait de ses derniers feux – avant l’explosion du web. Bellanger va jusqu’à rejoindre Houellebecq dans une certaine ringardise assumée : comme son mentor, il semble rechigner à établir des liens entre cette époque révolue et notre contemporanéité et se cantonne à une évocation gentiment fétichiste. La formule Bellanger trouve ici ses limites, entre docu-fiction en pilotage automatique et fable picaresque à focale réduite : un tel sujet attendait davantage de folie et de prises de risque. Si le résultat se lit sans déplaisir, il s’oublie aussitôt. Marc Obregon

NOMBRILISTE ET BURLESQUE

Ma vie d'écrivain, Patrick Roegiers, Grasset, 230 p., 19€

Installé à Paris en 1983 après une première vie d’homme de théâtre en Belgique, Patrick Roegiers a été critique littéraire au Matin de Paris, critique photographique à Révolution (mais oui) puis au Monde, commissaire d’expositions et enfin romancier, publié à partir de 1990 dans la collection « Fiction & Cie » de Denis Roche. Il revient dans Ma vie d’écrivain sur sa relation à la France et sur sa carrière d’écrivain, dans son style crépitant habituel, plein de coq-à-l’âne et de points d’exclamation. On a le droit de trouver ça légèrement nombriliste : ma maison, mon bureau, mes vacances en Corse, ma santé et mon œuvre, que nul n’est mieux placé que moi pour commenter. L’auteur a cependant le don du burlesque, et une manière à lui de tisser dans sa prose les références historiques inattendues et les citations bien choisies. C’est aussi un témoignage amusant sur Saint-Germain-des-Prés vu par un outsider, ainsi qu’un bel hommage à feu Denis Roche qui lui a mis le pied à l’étrier. Jérôme Malbert

GÉNIE FARAMINEUX

Dernières nouvelles (et autres nouvelles), William T. Vollmann, Actes Sud, 885 p., 28€

William Tanner Vollman fait partie ces grands écrivains américains à l’aura parfois écrasante : comme Joyce Carol Oates ou Tomas Pynchon, il a bâti une sorte de monument littéraire impressionnant, parfois hermétique, travaillé par une ambition démiurgique démesurée. Une ambition que ne dément pas ce recueil de nouvelles placé sous le signe de la mort, des spectres de l’Histoire : un voyage littéraire dans l’inconscient du monde, dans ses archétypes romanesques, où la littérature devient littéralement une forme de nécromancie. Rien que ça. « Ce sera mon dernier livre, annonce Vollmann en préambule, si vous lisez quelque chose de moi après celui-ci, ce sera l’œuvre d’un spectre ». On est prévenu : ces dernières nouvelles ont la forme d’épitaphes savantes, où les styles se croisent et déjouent constamment les attentes du lecteur : fantastique, néo-réaliste, documentaire, métafictionnel… La prose de Vollman est un courant d’air fabuleux qui parcourt le globe, depuis les charniers de Sarajevo jusqu’à un Japon légendaire, et qui s’agrège, s’auto-contamine, cueille ici et là les signes avant-coureurs de la fin du langage. On referme le livre avec l’impression d’avoir été soufflé par une sorte d’explosion intellectuelle, maîtrisée de bout en bout, un ralenti majestueux, panoptique, sidérant – et qu’on appellerait la littérature. Épuisant et faramineux. Marc Obregon

UNE RÉUSSITE

Tu aurais dû t'en aller, Daniel Kehlmann, Actes Sud, 92 p., 10€

Il faudra établir une carte des maisons hantées de la littérature, recensant les bicoques perdues au sommet d’une colline, comme celle du nouveau roman de Daniel Kehlmann. Plutôt qu’un roman, c’est une novella, ce format intermédiaire si prisé chez les Anglo-Saxons. Elle raconte la mésaventure d’un scénariste parti passer ses vacances dans une maison Airbnb, au bout d’une route qui serpente à flanc de montagne. Tandis que sa femme et leur fille de quatre ans se délasseront, il planchera sur son nouveau projet. Problème : la maison, quoique confortable, est flippante. On y dort mal. Pire, on a l’impression d’une présence. Les tensions conjugales s’exacerbent… Kehlmann recycle les scies du genre dans un récit compact, en les mélangeant à une satire du couple et de la jalousie. Le coup de l’histoire dans l’histoire (le narrateur pond son scénario en même temps qu’il vit ses péripéties, les unes inspirent l’autre), imparable, ajoute à la réussite de cet exercice de style bien tourné. Bernard Quiriny [...]

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