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Spilliaert est-il le dernier génie belge ?

Léon Spilliaert, qui fait enfin l’objet d’une exposition exhaustive au musée d’Orsay, incarne à merveille ce génie belge, entre symbolisme chatoyant et réalisme fantastique : sa peinture évoque tout l’impensé d’un Occident parvenu à ses fins par l’industrie mais qui voit bientôt revenir, par l’effet d’un violent larsen, toutes les métamorphoses fatales de son inconscient défriché. Alors, Spilliaert est-il le dernier grand Belge ? Marc Obregon en semble en tout cas convaincu.

OUI. IL INCARNE L’ESPRIT D’OSTENDE

Qui a connu les plages désertes d’Ostende, son ciel d’un gris uniforme qui épuise l’horizon, ses lavis pluvieux qui semblent détremper la ville, qui a erré dans ses rues où plane encore l’âme mélancolique d’une station balnéaire qui fut prestigieuse et où se pressaient les têtes couronnées d’Europe, celui-là saura apprécier Spilliaert à sa juste mesure. Le peintre belge est natif de cette ville et y a même passé l’essentiel de sa vie – si l’on excepte quelques courts séjours à Bruxelles. Comme pour Rodenbach avec Bruges ou Verhaeren avec l’arrière-pays flamand, il y a entre Spilliaert et Ostende un lien presque mystique, la ville rejoignant pour lui un espace purement mental avec ses perspectives accusées ou brisées, et les rotondités de son architecture. Si la peinture de Spilliaert captive autant l’imaginaire, c’est parce qu’Ostende le hante, avec la Mer du Nord et son appel figé au voyage. Spilliaert du reste n’aura de cesse de vouloir parcourir le globe et dira dans une lettre qu’il était prêt à brûler tous ses dessins pour un tour du monde. Las, il ne quittera jamais la Belgique, comme si son sort était lié irrémédiablement à sa ville.

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OUI. IL RELIE PEINTURE SYMBOLISTE ET CINÉMA[...]

Industry : notre critique

Industry nous plonge dans l'affreux monde de la finance, à la City plus précisément, au cœur de la banque Pierpoint & Co tout heureuse de recruter un groupe de jeunes loups prêts à tout. Olivier Stone avec Wall Street (1987) mais surtout Martin Scorsese dans son excellentissime Le Loup de Wall Street (2013) nous avaient déjà prévenus : bienvenue chez les dégénérés.

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Antipop : L’assassinat de Lucky Luke par le lâche Jul

C’était l’évènement de décembre 2020, un nouvel album de Lucky Luke pour un Noël certifié politiquement correct, par les bons soins du scénariste Jul et du dessinateur Achdé, qui venaient de prostituer le cowboy solitaire aux obsessions du temps. En effet, dans Un Cow-boy dans le coton, Luke allait se confronter à la question raciale aux États-Unis, la mémoire de l’esclavage et la représentation des minorités, en somme, l’une des figures majeures de la bande-dessinée franco-belge et de notre imaginaire enfantin allait se retrouver aussi blindé de catéchisme progressiste qu’une série Netflix. En arrière-plan, le péché originel du genre, Tintin au Congo et ses clichés coloniaux, qu’il était urgent de racheter par une mise à jour retentissante. Ainsi le cowboy à mèche eut-il pour mission de corriger les dérapages du reporter à la houpette.

Les nouveaux chevaliers errants

L’argumentaire qui sous-tend cet album est typique du néo-progressisme américain : on nous apprend qu’en fait, un quart des cowboys ayant été noirs, il serait urgent de corriger l’image ethno-centrée que les westerns nous ont donnée de cette figure. Sauf qu’une œuvre de fiction n’a pas pour vocation de refléter les apparences de la réalité, un tel objectif constituerait en outre une terrible régression dans le processus de représentation lui-même. C’est tout prendre au pied de la lettre pour tout raccrocher ensuite au train d’une idéologie délirante. [...]

Charlotte Prunier-Duparge : « Avec Hollywood qui s’effondre, le cinéma français a une vraie carte à jouer »

Comment avez-vous accueilli l’annonce de ne pas rouvrir les salles de cinéma le 15 décembre ?

Très mal. L’apprendre quatre jours avant a provoqué bien plus qu’une incompréhension, une grande colère. L’annonce nous est tombée dessus comme un couperet, alors que nous travaillions sur cette réouverture depuis près de trois semaines. Tout était prêt pour accueillir le public selon un protocole sanitaire bien plus strict que dans la plupart des commerces qui ont pu rouvrir. Apprendre cette nouvelle en même temps que le grand public révèle un grand manque de considération des professionnels du cinéma, et une profonde méconnaissance du fonctionnement de notre industrie.

Comment définiriez-vous un « cinéma indépendant » ?

On parle de « cinéma indépendant » par opposition aux salles de circuits, ces structures qui détiennent un grand nombre d’établissements – souvent des multiplexes – et occupent ainsi une place prépondérante sur le marché. La notion d’indépendance se retrouve également dans les choix de programmation, dont nous sommes les seuls décisionnaires. Une caractéristique importante des cinémas indépendants réside par ailleurs dans le fait que la plupart d’entre eux sont classés « Art et Essai », un classement que l’on obtient à condition de consacrer une part importante de sa programmation à des films « recommandés art et essai ». Cette recommandation est décernée par un collège composé de cinquante professionnels représentatifs des différentes branches du secteur (auteurs, réalisateurs, producteurs, distributeurs, exploitants, etc.) Ce classement est assorti d’une subvention qui nous aide à poursuivre ce travail exigeant. [...]

Sélectron : les top et flop séries 2020

Les tops :

Les nouvelles saisons réussies !

Attendues, ces cinq nouvelles saisons n’ont pas déçu.

Engrenages (huitième saison, disponible sur Canal +)

On commence par la huitième saison du chef d’œuvre. Si vous ne l’avez pas encore vu, la prolongation du couvre-feu vous donnera cette chance ? Chef d’œuvre de réalisme ayant abordé des sujets aussi variés que la traite des femmes, le grand banditisme des banlieues, les tueurs en série, le terrorisme d’extrême gauche, la corruption politique ou l’inceste, Engrenages est une série culte qui montre le fonctionnement de la machine judiciaire en s’attardant sur un groupe d’enquêteurs de la DPJ, des avocats à la limite de la légalité et un juge d’instruction aussi brillant que convaincu. Portée par la sublime Audrey Fleurot, dans le rôle ambigu de maître Karlsson, l’arrêt d’Engrenages en septembre laisse un vide qui sera difficile à combler dans la production télévisuelle française. La huitième saison s’achève en drame shakespearien.

The Boys Saison 2 (entièrement disponible sur Amazon Prime)

De retour dans une deuxième saison, les affreux héros de The Boys sont toujours aussi transgressifs, méchants et fous. Série adaptée d’un comic-book britannique de Garth Ennis et Derrick Robertson, The Boys met à mal le mythe du super-héros. À la fameuse doctrine écrite par Stan Lee pour Spiderman voulant que « de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités », les créateurs de The Boys répondent que l’être humain est si vicié qu’il ne pourrait faire qu’un mauvais usage de pouvoirs dépassant les limites physiques humaines. Mentions spéciales à Antony Starr (Le Protecteur) et Tomer Kapon (Serge le Français). [...]

Greenland, le dernier refuge : notre critique

Une comète est sur le point de s’écraser sur la terre et de provoquer un cataclysme sans précédent. John Garrity décide de se lancer dans un périlleux voyage avec son ex-épouse Allison et leur fils Nathan pour rejoindre le dernier refuge à l’abri du désastre. Greenland appartient à cette catégorie de films contraints d’être inventifs pour masquer leur petit budget (c’est en tout cas le genre dans lequel il ambitionne de s’inscrire).

Lire aussi : The Singing club : notre critique[...]

Éditorial culture #38 : L’apocalypse est décevante

En 2000, il n’y eut pas de « big bug » qui eût fait dérailler la machine au vertige d’un triple zéro. En 2001, nulle odyssée de l’espace, d'autant que la guerre des étoiles, ce transfert sublimé de la Guerre froide, s’était malheureusement attiédie depuis longtemps et que l’homme était revenu se cogner aux limites de son berceau. Il ferait bientôt de cette limite une obsession. En décembre 2012, on nous avait parlé d’apocalypse telle que prédite par les Mayas, comme si des gens qui n'avaient pas vu venir la destruction de leur monde auraient été en mesure de prophétiser celle de la planète entière. Cet a priori bienveillant sur les calendriers des primitifs est l'une des curiosités de cette époque, et qui produit d’ailleurs toujours les mêmes écueils, mais on continue de s’extasier par principe devant le premier égorgeur exotique, sans doute parce que nous sommes fatigués d’une civilisation qui a perdu son cœur et s’est vrillé les nerfs.

Blade Runner déployait sa dystopie en 2019, pourtant aucun répliquant authentique, à cette date, n'était dissimulé dans la foule, même si la robotisation des êtres progresse, quoique d’une manière infiniment plus ambiguë. La perspective anthropophage de Soleil Vert, dans un monde ayant totalement sacrifié son habitat naturel et qui en est réduit à recycler les cadavres pour nourrir sa population, n’a pas encore à nous inquiéter pour 2022, même si l’angoisse écologique est en effet devenue centrale. [...]

Partout, les saints : Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi

Force de regarder des superproductions de merde scriptées par des frustrés en surpoids, on en vient à croire que l’amour entre un homme et une femme, c’est chiant. Au mieux. Au pire ça produit des terroristes en puissance, des enfants toqués, des futurs rejetons de la turbo-giga-ultra-droite. L’amour en 2020, c’est minimum trois personnes, avec le panachage le plus éclectique possible.

Mais Luigi et Maria se marrent bien en voyant ça, depuis le paradis où ils veillent sur des couples hétéros cisgenres (c’est comme ça qu’on dit « dans la norme » aujourd’hui). Luigi et Maria se sont rencontrés en Italie, à Rome (histoire d’être bien sûrs que c’est Dieu qui les a rassemblés) en 1902. Il a 22 ans, elle 18. Ils se fiancent rapidement, et resteront fiancés durant trois ans. Trois longues années pendant lesquelles les tourtereaux s’échangeront des courriers passionnés et flamboyants, débordant d’un amour infini, écrits dans le plus beau des Italiens. [...]

L’Incorrect

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