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Antoine Volodine, Poète-monstre pour époque finale
Avec Frères sorcières, le concepteur génial du post-exotisme offre encore, en cette rentrée d’hiver, l’un des livres les plus sublimes et déments que puisse produire notre littérature actuelle. Rassemblant trois textes très différents dans la forme mais sculptant chacun la même pâte étrange, le livre de Volodine envoûte d’abord son lecteur avec l’interrogatoire post-mortem d’une comédienne, dont on suit le parcours après qu’elle a été capturée par une horde et qui se défend contre l’adversité en scandant des slogans hallucinés. La partie centrale propose alors la totalité des « Vociférations » en 49 groupes de phrases magiques. Enfin, « Dura nox, sed nox » déroule une phrase unique de 120 pages qui aspire le lecteur à travers les nombreuses réincarnations d’un mage en un kaléidoscope frénétique et somptueux. Dans Frères sorcières, il nous paraît lire l’écho de l’esclavage sexuel et des viols de guerre qui, récemment, furent d’une ampleur inédite en Syrie. Comment les horreurs concrètes voyagent-elles jusqu’aux mondes oniriques du post-exotisme ? Nos livres puisent une bonne part de leur matière dans l’histoire, dans les traumatismes et les cauchemars du XXe siècle, qui débordent à présent largement sur le XXIe siècle. Les révolutions ratées et trahies, les guerres incessantes, les offensives impérialistes, les génocides, les nettoyages ethniques. Nous prenons cela comme images insupportables de base et nous transformons ces images grâce à un filtre onirique et politique qui nous est spécifique. Le titre du livre laisse présager que vous allez exploiter le thème si à la mode du « genre ». Pourtant, le post-exotisme ressasse des mantras politiques rouges et n’intègre pas le vocabulaire des idéologies contemporaines… Les auteurs post-exotiques auraient bien du mal à intégrer à une des idéologies constituées et ayant pignon sur rue dans les sociétés contemporaines. Leur rêverie idéologique reste inébranlablement fidèle aux idéaux, à la manière et aux langues des combattants égalitaristes qu’ils ont été avant leur mise à l’écart du monde, à l’intérieur de leur prison, au cœur de la création poétique collective qui aboutit aux livres que nous signons. C’est dire aussi à quel point nous sommes perplexes face à certains débats contemporains. Nous avons par exemple parmi nous des féministes radicales et radicaux, dont les positions ont été illustrées dans Terminus radieux et dans Herbes et golems. Leur approche n’entre pas en contradiction avec les expressions du féminisme d’aujourd’hui, mais elle est vraiment différente. Dans « Dura nox, sed nox », le narrateur ironise sur la gloire éditoriale de Volodine. Elle fut encore accrue par le prix Médicis qui couronna Terminus radieux en 2014. Comment les voix du post-exotisme composent-elles avec ce prestige institutionnel ? La gloire éditoriale… tout est relatif. Le prestige institutionnel… quelle exagération ! Non, en réalité, les écrivains post-exotiques ont la chance d’avoir pu survivre dans un contexte éditorial qui, pour des multiples raisons, mais bien politiques et surtout artistiques, littéraires, de mode, ne leur était pas favorable. Gloire à ceux et celles qui les ont aidés à ne pas sombrer dans les ténèbres ! Le premier texte se présente comme un interrogatoire dans le Bardo. Il s’agit là de deux leitmotivs du post-exotisme : l’interrogatoire de police et l’errance dans le Bardo, qui semblent avoir été hybridés en un seul. Le post-exotisme évolue-t-il naturellement ainsi, par hybridation, déclinaison, voire distorsion de ses propres thèmes ? Il y a longtemps que je n’avais pas eu recours au procédé formidablement efficace de l’interrogatoire. Pour raconter une histoire, c’est très pratique, et intervenir dans la narration en en corrigeant les longueurs, par exemple, est tout à fait jouissif: accélérez, vos images n’apportent rien, passez sur les détails, assez de sentimentalisme inutile, etc. Ici c’est un juge des morts qui mène le dialogue, et une femme qui raconte sa vie sans avoir compris qu’elle est déjà dans l’au-delà. Oui, c’est une variation sur une méthode de récit, parce que l’interrogateur n’est pas très brutal. Le souhait de la compagnie de théâtre dans « Faire théâtre ou mourir » est de revenir aux origines archaïques du théâtre, ce qui relève d’une démarche typique des avant-gardes. Comment s’inscrit le post-exotisme par rapport à ces mouvements ? La troupe de théâtre dont faisait partie Eliane Schubert, « La Compagnie de la Grande-nichée », vit dans un monde du désastre, traverse des pays dévastés, retournés à la barbarie et au banditisme. De façon empirique, les membres de la Compagnie cherchent à retrouver, quand ils le peuvent, le caractère sacré du théâtre : du souffle, une incarnation, de la magie. Ils ne se situent pas dans un débat savant sur l’histoire du théâtre et de ses origines. (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
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Berlioz, ou la nostalgie de la Foi
La Philharmonie de Paris a consacré le deuxième week-end de janvier aux 150 ans de la mort d’Hector Berlioz. L’événement a eu son moment central le samedi soir, avec une superbe version de concert de l’Enfance du Christ, oeuvre sacrée parmi les plus immortelles du compositeur.  A la tête de l’Orchestre de chambre de Paris, Douglas Boyd a distillé la musicalité archaïque et douce que Berlioz dut puiser dans les abîmes de son être blessé par l’indifférence de ses contemporains. Comment expliquer sinon la veine spirituelle si palpitante pour un intellectuel qui se tint toujours à distance de ce Dieu catholique l’ayant bercé enfant ?
Pas de vagues à l’âme
Entre facilité et exigence, l’air de notre temps a tranché : l’exaltation de la paresse a fait presque oublier le rasoir-sabre. Mais il revient et avec lui un art de vivre, plein de sagesse et de lenteur. On nous vend maintenant des produits-miracle qui font briller le cuivre ou éliminent les odeurs corporelles à grand renfort de produits chimiques, là où la farine, le vinaigre et le gros sel pour l’un, et la pierre d’alun pour l’autre sont désormais relégués aux tréfonds de l’oubli. Les progressistes, ennemis des conservateurs, pensent recréer le neuf en méprisant le vieux; l’on utilise donc un désherbant qui supplante la casserole d’eau bouillante de jadis, l’industrie tente de limiter l’accès aux légumes anciens au profit de produits stériles et, pour gagner du temps, l’homme moderne aura, chaque matin, l’immense privilège d’utiliser un rasoir multi-lames dernier cri (lorsqu’il n’aura pas décidé d’arborer tous les jours une barbe de trois jours), délaissant le rasoir droit de ses aïeux tout en créant une nouvelle dépendance : l’achat de [...] Suite à lire dans le dernier L'Incorrect et en ligne pour les abonnés.
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Pierre-Guillaume de Roux : « Le sectarisme est souvent nourri par l’inculture »
Fils d’une grande famille, aristocrate et érudite, Pierre-Guillaume de Roux fait converger dans sa maison d’édition les divers faisceaux du génie familial : littérature, polémique, rareté, style, tout s’y rassemble. Entretien avec l’un des derniers héritiers, au sens noble. Vous seriez, selon certains journalistes, « l’éditeur du diable », celui « des infréquentables et des proscrits ». Vous reconnaissez-vous dans ce portrait ? Les journalistes français sont généralement d’un conformisme effarant. Il est vrai que leur culture est très limitée et qu’ils ont été formés pour devenir de bons soldats de la pensée officielle. C’est le sort de ceux qui se situent hors du « cercle de la raison » – selon l’horrible expression d’Alain Minc – d’être aujourd’hui relégués à l’extrême droite et traités en infréquentables. Par paresse et par mauvaise foi, les bien-pensants aiment vous coller des étiquettes, vous enfermer dans leurs vieux schémas idéologiques. Ainsi ont-ils voulu faire de moi un éditeur extrémiste et militant. C’est plus facile, et cela évite de lire vraiment les livres que je défends. Je m’honore d’avoir publié Alain de Benoist, Jacques Vergès ou Richard Millet. Ils sont, me dit-on, sulfureux. Peu m’importe, car leurs œuvres me semblent importantes. Ce qui m’intéresse c’est le talent d’où qu’il vienne, c’est la qualité d’une pensée ou d’un style. On me reproche parfois encore d’avoir édité Dominique Venner, mais j’ai aussi dans mon catalogue des écrivains qu’on peut difficilement classer à droite tels Luba Jurgenson, Boris Pahor, Angelo Rinaldi, Frédérick Tristan, Gilles Lapouge ou Jean-Louis Kuffer, par exemple, et je les admire autant que l’auteur d’Un Cœur rebelle. Est-il si difficile à ceux qui m’accusent imbécilement de « frayer avec l’extrême droite » de le comprendre ? Sans doute, car ces gens ont une pensée habituée, une pensée toute faite, c’est-à-dire, selon Péguy, une pensée morte. Mais vous êtes un homme de droite, cher Pierre-Guillaume de Roux… « Je ne suis pas un journaliste de gauche car je ne dénonce jamais personne ! » disait Guy Debord. À droite, il me semble que l’on garde davantage un esprit libertaire qui manque cruellement à cette gauche pétrie de tabous, à « ce salmigondis d’indignés professionnels » qu’évoquait Jean Cau, à cette caste qui pétitionne, non plus pour défendre un droit ou une liberté mais pour exclure et censurer, et qui aime dresser des listes noires. Et puis cette gauche ne doute jamais de son excellence morale. Je ne supporte pas les professeurs de vertu de la gauche française. Mais je ne vote pas, et la politique politicienne ne m’intéresse pas. Ma droite, elle s’incarne surtout dans des écrivains qui ont défendu le noyau spirituel de la personne humaine contre toutes les abstractions idéologiques, contre toutes les idoles modernes. Baudelaire, Villiers de l’Isle Adam, Léon Bloy, Bernanos, Gustave Thibon – je cite les auteurs qui me viennent immédiatement à l’esprit et que j’ai lus dès l’adolescence – voilà ceux qui me portent et m’inspirent. J’aimerais aussi ajouter (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
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HINER SALEEM : « LES KURDES SONT AUJOURD’HUI COMME LES JUIFS EN ALLEMAGNE DANS LES ANNÉES 30 »
Amoureux du cinéma, Hiner Saleem s’approprie le polar avec Qui a tué Lady Winsley ? Fergan, inspecteur, doit résoudre l’énigme du meurtre d’une romancière américaine, alors que celle-ci écrivait sur une île turque ancrée dans ses traditions. Le réalisateur kurde né en Irak parvient à évoquer la minorité à laquelle il appartient avec légèreté dans un film hors du temps. Rencontre.
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Retour de l’homme providentiel
Enfin! L’amiral Polnareff revient, après une absence discographique de vingt-huit ans, absence qui s’était cruellement fait sentir. Imaginez: que ce soit en musique comme ailleurs, le bateau part à la dérive, et il nous faut un homme à poigne pour redresser la barre ! Quelqu’un qui n’a que faire des simagrées de l’époque, quelqu’un de prêt à imposer sa vision. Pour cela, Michel Polnareff est l’homme providentiel. Entamant cette revigorante salve de tubes pop ciselés par une introduction instrumentale de près de onze minutes, l’Amiral montre qu’il ne revient pas pour se coller dans le moule. Au contraire, le navire vogue toute canonnière dehors, pavillon au vent! Polnareff n’a rien perdu de son sens de la mélodie, ni de son usage de la langue de Molière, qu’il utilise avec [...] Suite dans le dernier l'incorrect et en ligne pour les abonnés.
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Électro : RÉVOLUTION SONORE OU TYRANNIE DU DIVERTISSEMENT ?
Autrefois sulfureuse, la musique électronique s’est normalisée. L’esprit d’aventure des pionniers a fait place au pragmatisme de DJ préférant de loin les paillettes du show-business à la solitude monacale des home-studios. Retour sur l’histoire d’un genre passé du laboratoire au dancefloor mondial. Puisant ses origines du côté des futuristes italiens, la musique électronique est placée dès ses origines sous le signe de l’utopie progressiste et du post-modernisme. Tout commence à l’orée de la Première guerre mondiale lorsque le jeune Luigi Russolo, peintre et fils d’horloger italien, fait la rencontre du poète Marinetti puis adhère officiellement au mouvement futuriste en signant le Manifeste des peintres futuristes en 1910. Délaissant un temps la peinture pour la musique, il rédige en 1913 « L’Art des bruits », dans lequel il théorise l’utilisation des bruits dans la musique. L’après-guerre voit l’apparition de deux instruments de musique majeurs : le thérémine, un boîtier équipé de deux antennes qui permet de produire de la musique sans toucher l’instrument, et les ondes Martenot, inventées par le français Maurice Martenot et présentées au public en 1928. Ces deux inventions constituent à elles seules l’acte de naissance de la musique électronique. Les premières œuvres créées dans ce genre sont de véritables odes au progrès industriel et au machinisme comme le « Ballet mécanique » (1925) du compositeur américain Georges Antheil, qui comporte, entre autres, le doux ronronnement d’une hélice d’avion. L’AUDACE DES PIONNIERS En 1937, l’américain John Cage, père de la musique minimaliste, théorise à son tour l’utilisation du bruit pour créer de la musique dans son manifeste « The Future of music ». À l’époque, les pionniers de la musique bruitiste sont des intellectuels issus des cercles artistiques et littéraires qui subissent l’influence du dadaïsme et du surréalisme. Véritable André Breton de la musique, l’ingénieur Pierre Schaeffer, par ailleurs admirateur de l’ésotériste Pierre Gurdjieff, invente en 1948 la musique concrète, laquelle intègre des bruits du quotidien par le biais d’un collage de sons. Celle-ci s’oppose à la musique abstraite par le fait qu’elle prend son origine dans le son lui-même au lieu de partir de l’idée. En 1958, ce dernier crée le GRM (Groupe de Recherche Musical), un laboratoire de recherche qui fait aujourd’hui partie de l’INA. Pour la première fois dans son histoire, la musique électronique fait l’objet d’une reconnaissance institutionnelle. DE PIERRE HENRY À JEAN-MICHEL JARRE À chaque nouvelle invention technologique, la musique électronique franchit un cap. Désormais, ce ne sont plus les musiciens qui déterminent les évolutions musicales mais bien les machines elles-mêmes. D’ailleurs, comme l’a dit notre Jean-Michel Jarre national : « Ce n’est pas la musique qui est électronique, ce sont les instruments qui le sont ».
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