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Bertrand Burgalat « La techno a suivi un chemin institutionnel en musique »
D’aucuns le surnomment le « Phil Spector français » : musicien, producteur et arrangeur de génie, Bertrand Burgalat, 55 ans, également patron du label Tricatel, a travaillé avec des artistes aussi divers que Depeche Mode, Marc Lavoine ou Laibach. Vous êtes connu pour avoir travaillé avec des artistes de musique bruitiste (ou industrielle) comme Einstürzende Neubauten ou Laibach dans les années 80… Dans le cas de Laibach, c’était d’abord le contexte politique de la Yougoslavie qui m’intéressait, et leur façon très particulière de s’opposer au pouvoir en place. Je connaissais les expériences des futuristes italiens et de Jean-Marc Vivenza ou Test Department, qui les prolongeaient, mais mes goûts personnels étaient plus « tonaux ». C’est pourquoi mon travail à leurs côtés ou mes arrangements pour Einstürzende Neubauten sont demeurés assez éloignés de leur bruitisme originel. Récemment, Jean-Michel Jarre a déclaré que la France était le véritable berceau de la musique électronique. Qu’en pensez-vous ? La Fête des Belles eaux, composée en 1937 pour six ondes Martenot par Olivier Messiaen, annonce en effet les shows impressionnants de Jean-Michel Jarre. Donné devant une foule immense face au Trocadéro, pour un spectacle de jeux d’eaux et de feux d’artifice, on peut dire que ça a été le premier concert géant de musique entièrement électronique. Mais il y a eu des pionniers partout, comme le thérémine en Russie. En France, des compositeurs plus récents, comme Luc Ferrari (« Programme commun ») ou Bernard Parmegiani (son sonal pour Roissy est un chef-d’œuvre de trois secondes) méritent d’être écoutés attentivement. L’électro française s’est exportée à l’étranger dans les années 90 à travers ce qu’on appelle la « French Touch ». Quel regard portez-vous sur ce courant ? Les Anglo-saxons, et en particulier les Anglais, ont longtemps considéré la pop française avec la même condescendance que celle que nos cuisiniers peuvent éprouver à l’égard de leurs collègues d’outre-manche. Les seuls genres qu’ils acceptaient de nous concéder étaient les musiques de boîte de nuit ou d’ambiance. Les succès de Daft Punk et de Air ont prolongé ceux de Cerrone et de Jean-Michel Jarre. Mais il est arrivé un moment où le rock anglais a sombré dans l’autosatisfaction et le recyclage avec des groupes comme Oasis. Cela a permis de s’émanciper de certains complexes. Autrefois sulfureuse, la techno est devenue largement mainstream, bénéficiant de médias spécialisés et de festivals ayant pignon sur rue. Quelle est votre opinion sur cette évolution ? Il est difficile d’aborder cette question sans évoquer Philippe Muray, qui est un peu le point Godwin en la matière. La techno a suivi le chemin institutionnel du rock, du jazz et d’à peu près toutes les formes d’expression. Les maires, qui interdisaient les rassemblements rock il y a cinquante ans, se battent désormais pour accueillir des festivals de rock satanique… (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
Barbarossa Umtrunk : Tradition futuriste
One-man band, Barbarossa Umtrunk évolue entre musique industrielle et dark ambient. L’homme qui se cache derrière ce projet obscur, Baron von S., nous répond au sujet de ses orientations musicales et de ses influences philosophiques. Quelles sont les sources d’inspiration de Barbarossa Umtrunk ? Barbarossa Umtrunk a vu le jour il y a une dizaine d’années, alors que la scène industrielle, martiale et néofolk vivait son âge d’or, dans le sillage de formations cultes comme Der Blutharsch, Les Joyaux de la Princesse, Dernière Volonté et Blood Axis. Cette scène s’est ensuite essoufflée. C’est-à-dire ? J’ai pu observer de l’intérieur durant dix années l’évolution de cette scène singulière, souvent boudée du grand public à cause de son esthétique sulfureuse. Les préjugés négatifs se sont néanmoins atténués grâce au succès de séries télévisées comme Vikings qui ont fait découvrir au grand public des groupes comme Wardruna, Chelsea Wolfe et King Dude, groupes qui ont alors dépassé complètement l’audience de certains cercles restreints. Le Dark Ambient fourmille de formations nouvelles et s’est démocratisé à l’ère d’Internet, mais l’originalité des débuts s’est perdue.
À VOIR OU À FUIR, C’EST LA SEMAINE CINÉMA DE L’INCORRECT
Un octogénaire en transporteur de drogue, deux réalisateurs qui s'approprient l'inénarrable Jean Lassalle, Omar Sy qui se réenracine au Sénégal, le quotidien des médecins ou une mère indigne qui tente de se racheter... Que faut-il voir ou fuir au cinéma cette semaine ?
La petite goutte
Tout fout le camp ici-bas : dans la course aux liqueurs et aux alcools, voilà que la France consomme davantage de whisky que l’Angleterre et les Anglais boivent davantage de cognac que nous. Ainsi notre beau terroir sert à étancher la soif d’outre-Manche. Heureusement, Ricard se rattrape en possédant un grand nombre de distilleries écossaises. Curieuse mode qui consiste à consommer des alcools aussi forts en apéritif et non pas en digestif. Le palais est anesthésié pour apprécier la subtilité des mets et prendre une boisson aussi forte à jeûn met rapidement du vent dans les voiles. Cognac et armagnac en revanche n’ont pas réussi à s’imposer à l’apéritif, d’où leur baisse de consommation, car on ne prend plus guère de digestif depuis qu’il est interdit de rouler gris. Pourtant, un cognac VS a toute sa place à l’apéritif. Agrémenté d’eau de Seltz ou de tonic, cela fait une délicieuse fine à l’eau qui ouvre l’appétit sans mettre un coup dans l’aile. Pour ceux qui veulent des saveurs originales sans trop d’alcool, il est possible de revenir aux grands vins cuits et aux liqueurs consommées tout au long du XXe siècle. Leur image a vieilli et a pris la poussière ; cela fait un peu trop boisson de papy. Raison de plus pour s’en remettre à leurs saveurs. L’amaro par exemple, un amer italien de la région de Milan. La gentiane, plus connue sous la marque Suze, fameuse plante des montagnes à l’amertume prononcée. (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
« Et une bèèèèlle journée ! »
L’insupportable bêlement qui accompagne maintenant non seulement les vœux, mais aussi les salutations quotidiennes, a de quoi surprendre et lasser. « Bèèèèlle année »… « bèèèèlle journée »… entend-t-on ou lit-on en permanence depuis quelque temps, et ce que l’on prenait au début pour une erreur se propage comme une traînée de poudre, au point que l’on se demande si l’on va bientôt dire « beljour » ou « beaujour » à la place de « bonjour ». Effet de mode ? Sans doute, et un tel comportement moutonnier est en effet somme toute logique pour un bêlement, mais pas seulement, et il serait intéressant de se demander ce que nos contemporains mettent derrière ce choix.
Antoine Volodine, Poète-monstre pour époque finale
Avec Frères sorcières, le concepteur génial du post-exotisme offre encore, en cette rentrée d’hiver, l’un des livres les plus sublimes et déments que puisse produire notre littérature actuelle. Rassemblant trois textes très différents dans la forme mais sculptant chacun la même pâte étrange, le livre de Volodine envoûte d’abord son lecteur avec l’interrogatoire post-mortem d’une comédienne, dont on suit le parcours après qu’elle a été capturée par une horde et qui se défend contre l’adversité en scandant des slogans hallucinés. La partie centrale propose alors la totalité des « Vociférations » en 49 groupes de phrases magiques. Enfin, « Dura nox, sed nox » déroule une phrase unique de 120 pages qui aspire le lecteur à travers les nombreuses réincarnations d’un mage en un kaléidoscope frénétique et somptueux. Dans Frères sorcières, il nous paraît lire l’écho de l’esclavage sexuel et des viols de guerre qui, récemment, furent d’une ampleur inédite en Syrie. Comment les horreurs concrètes voyagent-elles jusqu’aux mondes oniriques du post-exotisme ? Nos livres puisent une bonne part de leur matière dans l’histoire, dans les traumatismes et les cauchemars du XXe siècle, qui débordent à présent largement sur le XXIe siècle. Les révolutions ratées et trahies, les guerres incessantes, les offensives impérialistes, les génocides, les nettoyages ethniques. Nous prenons cela comme images insupportables de base et nous transformons ces images grâce à un filtre onirique et politique qui nous est spécifique. Le titre du livre laisse présager que vous allez exploiter le thème si à la mode du « genre ». Pourtant, le post-exotisme ressasse des mantras politiques rouges et n’intègre pas le vocabulaire des idéologies contemporaines… Les auteurs post-exotiques auraient bien du mal à intégrer à une des idéologies constituées et ayant pignon sur rue dans les sociétés contemporaines. Leur rêverie idéologique reste inébranlablement fidèle aux idéaux, à la manière et aux langues des combattants égalitaristes qu’ils ont été avant leur mise à l’écart du monde, à l’intérieur de leur prison, au cœur de la création poétique collective qui aboutit aux livres que nous signons. C’est dire aussi à quel point nous sommes perplexes face à certains débats contemporains. Nous avons par exemple parmi nous des féministes radicales et radicaux, dont les positions ont été illustrées dans Terminus radieux et dans Herbes et golems. Leur approche n’entre pas en contradiction avec les expressions du féminisme d’aujourd’hui, mais elle est vraiment différente. Dans « Dura nox, sed nox », le narrateur ironise sur la gloire éditoriale de Volodine. Elle fut encore accrue par le prix Médicis qui couronna Terminus radieux en 2014. Comment les voix du post-exotisme composent-elles avec ce prestige institutionnel ? La gloire éditoriale… tout est relatif. Le prestige institutionnel… quelle exagération ! Non, en réalité, les écrivains post-exotiques ont la chance d’avoir pu survivre dans un contexte éditorial qui, pour des multiples raisons, mais bien politiques et surtout artistiques, littéraires, de mode, ne leur était pas favorable. Gloire à ceux et celles qui les ont aidés à ne pas sombrer dans les ténèbres ! Le premier texte se présente comme un interrogatoire dans le Bardo. Il s’agit là de deux leitmotivs du post-exotisme : l’interrogatoire de police et l’errance dans le Bardo, qui semblent avoir été hybridés en un seul. Le post-exotisme évolue-t-il naturellement ainsi, par hybridation, déclinaison, voire distorsion de ses propres thèmes ? Il y a longtemps que je n’avais pas eu recours au procédé formidablement efficace de l’interrogatoire. Pour raconter une histoire, c’est très pratique, et intervenir dans la narration en en corrigeant les longueurs, par exemple, est tout à fait jouissif: accélérez, vos images n’apportent rien, passez sur les détails, assez de sentimentalisme inutile, etc. Ici c’est un juge des morts qui mène le dialogue, et une femme qui raconte sa vie sans avoir compris qu’elle est déjà dans l’au-delà. Oui, c’est une variation sur une méthode de récit, parce que l’interrogateur n’est pas très brutal. Le souhait de la compagnie de théâtre dans « Faire théâtre ou mourir » est de revenir aux origines archaïques du théâtre, ce qui relève d’une démarche typique des avant-gardes. Comment s’inscrit le post-exotisme par rapport à ces mouvements ? La troupe de théâtre dont faisait partie Eliane Schubert, « La Compagnie de la Grande-nichée », vit dans un monde du désastre, traverse des pays dévastés, retournés à la barbarie et au banditisme. De façon empirique, les membres de la Compagnie cherchent à retrouver, quand ils le peuvent, le caractère sacré du théâtre : du souffle, une incarnation, de la magie. Ils ne se situent pas dans un débat savant sur l’histoire du théâtre et de ses origines. (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
Berlioz, ou la nostalgie de la Foi
La Philharmonie de Paris a consacré le deuxième week-end de janvier aux 150 ans de la mort d’Hector Berlioz. L’événement a eu son moment central le samedi soir, avec une superbe version de concert de l’Enfance du Christ, oeuvre sacrée parmi les plus immortelles du compositeur.  A la tête de l’Orchestre de chambre de Paris, Douglas Boyd a distillé la musicalité archaïque et douce que Berlioz dut puiser dans les abîmes de son être blessé par l’indifférence de ses contemporains. Comment expliquer sinon la veine spirituelle si palpitante pour un intellectuel qui se tint toujours à distance de ce Dieu catholique l’ayant bercé enfant ?
Pas de vagues à l’âme
Entre facilité et exigence, l’air de notre temps a tranché : l’exaltation de la paresse a fait presque oublier le rasoir-sabre. Mais il revient et avec lui un art de vivre, plein de sagesse et de lenteur. On nous vend maintenant des produits-miracle qui font briller le cuivre ou éliminent les odeurs corporelles à grand renfort de produits chimiques, là où la farine, le vinaigre et le gros sel pour l’un, et la pierre d’alun pour l’autre sont désormais relégués aux tréfonds de l’oubli. Les progressistes, ennemis des conservateurs, pensent recréer le neuf en méprisant le vieux; l’on utilise donc un désherbant qui supplante la casserole d’eau bouillante de jadis, l’industrie tente de limiter l’accès aux légumes anciens au profit de produits stériles et, pour gagner du temps, l’homme moderne aura, chaque matin, l’immense privilège d’utiliser un rasoir multi-lames dernier cri (lorsqu’il n’aura pas décidé d’arborer tous les jours une barbe de trois jours), délaissant le rasoir droit de ses aïeux tout en créant une nouvelle dépendance : l’achat de [...] Suite à lire dans le dernier L'Incorrect et en ligne pour les abonnés.

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