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Inexperte en humanité
Dans un souci de pluralisme, nous laissons Pierre Cormary proposer une critique de Grâce à Dieu, de François Ozon très différente de celle de notre cinéphile attitré, Arthur de Watrigant. L'Incorrect laisse à Pierre Cormary l'entière responsabilité de ses propos. Les parents n’aiment pas trop qu’on touche au passé. « Ce que dit ton père est que tu as toujours été doué pour remuer la merde », dit la mère à son fils Alexandre (Melvile Poupaud, très concerné), qui, enfant, fut victime des attouchements du père Preynat. De son côté, le père d’Emmanuel (Swann Arlaud, écorché mort) ne comprend pas pourquoi son fils revient toujours sur ce passé lointain au lieu de « faire quelque chose de sa vie ». Le frère de François (Denis Ménochet, la rage en larmes), lui, est encore plus radical : « la vérité est que tu nous emmerdes avec ton histoire de curé ! »
Encore un effort pour entrer dans le XXIe siècle
Les débuts des siècles précédents avaient des manières directes. On ne pouvait plus percevoir le monde selon la même perspective après l’épopée napoléonienne ou le fracas de 14-18. Baptêmes collectifs sanglants, ils avaient le mérite de vous mettre au diapason tout un peuple au moment de changer de tonalité. Le siècle n° 21, lui, démarra certes, en 2001, le même jour de septembre pour l’ensemble du globe, mais si le choc fut clair, il fut aussi diffus, virtuel, celui d’une simple image relayée en boucle. De là, peut-être, notre difficulté à prendre pleinement conscience des basculements, des enjeux, des zones où désormais croît le danger mais où croît aussi ce qui sauve. La plupart des verres sont périmés. Ceux que portent François Bégaudeau ou Édouard Louis, par exemple, ces écrivains dont l’écriture est soumise à une sociologie grossière, elle-même dépendante d’une eschatologie marxiste dont les visées sont non seulement ridicules (être égal dans le vide avant de crever), le déterminisme affligeant, mais dont la forme, surtout, est une caricature des logorrhées de leurs pères (voire de leurs grands-pères en ce qui concerne le Tintin prognathe), ces verres, donc, datent d’il y a déjà dix lustres – voire un siècle et demi. DAU, le gigantesque projet du réalisateur russe Ilya Khrzhanosky qui fut lancé ce mois-ci à Paris prend les choses exactement où Bégaudeau et Louis les projettent encore : la fabrique soviétique de l’homme nouveau, une fois le bourgeois ou le « dominant » au Goulag, et l’horizon scientifique et égalitaire.
Marie Stuart, Reine d’Écosse : le destin d’une reine
Son destin était tracé, elle devrait être reine de France. Cependant la providence en décida autrement. Elle mourut outre Manche en martyr catholique. La réalisatrice Josie Rourke a réussi à mettre de la clarté dans un monde obtus et trop souvent cloîtré. Un film porté par le talent d'une étoile montante, Saoirse Ronan.Ce film ôte le voile d'une époque clef pour comprendre l'histoire mondiale, malheureusement méconnue. Cette seconde moitié du XVIème siècle témoigne la primauté espagnole partout, en Europe et au-delà de l'Atlantique. Pourtant la France (seconde puissance continentale) commence sa longue route qui la mènera à Rocroi.
Peelaert par Bergman
Boris Bergman, auteur mythique de la pop française, fut un compagnon de route de Guy Peellaert et prit comme lui tous les risques afin de défendre « une certaine idée de la culture populaire » face à des cultureux germanopratins dont la descendance bobo essaie bien maladroitement de récupérer un concept pop auquel elle n’a jamais rien compris. Les souvenirs du parolier de l’album Passé le Rio Grande de Bashung nous éclairent sur celui qui illustra les affiches des films de Robert Altman, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Wim Wenders ou Robert Bresson. Comment avez-vous découvert Guy Peellaert ? Ce fut à travers le film Jeu de Massacre d’Alain Jessua où Michel Duchaussoy jouait le rôle de Peellaert. C’est un des rares films français où le personnage principal est un dessinateur de bandes dessinées. Je communiquais avec lui par fax, et un jour je lui ai envoyé un dessin me représentant en aveugle avec une canne blanche en haut d’une colline, en train de fumer un joint tout en lançant : «Guy, c’est toi ?» Guy m’a envoyé le contrechamp, avec la fumée du joint planant au-dessus de G.I’s qui répondaient : « Ça sent le Boris ». On a souvent collaboré ensemble, il a réalisé la couverture d’un de mes romans et il était également très ami avec Lio (Boris Bergman a écrit les paroles de l’album Wandatta). Je lui ai écrit la préface anglaise de Rêves du XXe siècle, et il a également conçu la pochette de mon hommage à Buddy Holly. On se rend compte avec The Game que Guy Peellaert changeait constamment de style graphique… C’était son point commun avec Alain Bashung. Ils ne voulaient pas être prisonniers d’une méthode. Jodelle était dans une lignée franco-belge, alors que Pravda comme The Game étaient davantage dans une lignée américaine avec ces aplats decouleur. Puis, à un moment, toute son admiration pour Edward Hopper est ressortie. Dès The Game, on se rend compte que la statue est déjà dans la pierre, dans She and the Green hair, il y a déjà la photo que l’on retrouvera plus tard, mais il n’a pas encore superposé les éléments.
Il Miracolo : Une série divine
Arte propose une série italienne autour d’un miracle qui en confirme un autre : comment l’Italie ressuscite en tant que grand pays du cinéma. Alléluia ! « Ceux qui obéissent à la chair pensent aux choses de la chair. Ceux qui pensent à l’esprit pensent aux choses de l’esprit. Mais la chair c’est la mort tandis que l’esprit c’est la vie et la paix ». C’est sur une phrase de l’Épître aux Romains prononcée par le prêtre dépressif Marcello que s’achève le premier épisode d’Il Miracolo, prodigieuse série italienne créée par le romancier Niccolo Ammaniti, traitant des miracles à l’époque contemporaine et que diffuse actuellement Arte (disponible sur le site de la chaîne). Cela fait déjà quelques années que l’Italie donne des signes de vitalité au cinéma et à la télévision. Rome sert souvent de cadre à ces méditations filmiques, que ce soit dans le chef d’œuvre de Sorrentino La Grande Belleza, dans le désormais culte Romanzo Criminale, dans Baby qui traitait de la prostitution occasionnelle de certaines jeunes filles de la bonne société ou bien encore dans Suburra qui narrait les affrontements entre les clans mafieux du Latium et les gitans. Il Miracolo fait aussi la part belle à la Ville, filmée sous tous les angles, montrée de jour et de nuit dans ses recoins les plus sordides et ses appartements bourgeois. On y suit (…) A découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés
Terre-Neuve : rêverie au balcon de l’Atlantique nord
Un confetti, c’est tout ce qu’il nous reste du Canada français. La beauté sauvage de Saint-Pierre-et-Miquelon, nichée au large de Terre-Neuve, cache des intérêts maritimes et une lointaine rivalité entre la France et le monde anglo-saxon. Promenade historique et littéraire en eaux fraîches.
Les racines philosophiques du libéralisme sont théologiques
Le libéralisme est d’abord une remise en cause du système holiste qui prévalait du temps de la Chrétienté. Né sur les décombres de celle-ci, il remplace la recherche du salut et de la vérité par le règne du droit et du marché. Le libéralisme est un mot éminemment piégé, tant en raison de la multiplicité de ses champs d’application (philosophique, politique, économique, culturel) que de la diversité de ses déclinaisons philosophiques et historiques. Il est utilisé pour caractériser des thèses et des conceptions parfois fort différentes voire opposées, ayant néanmoins toutes un esprit de famille exprimant quelques principes communs. Si l’on ajoute que le libéralisme se confond quasiment avec ce que l’on appelle la modernité et qu’à ce titre il est un des éléments majeurs de l’esprit de notre époque, on peut être intimidé à l’idée de l’objectiver et a fortiori de l’évaluer. Il me semble qu’une perspective pertinente est de partir de ce à quoi renvoie nominalement le libéralisme, à savoir la liberté. Il est en effet une certaine manière de comprendre et de faire usage de la liberté humaine. Mais comme celle-ci a précédé l’émergence du libéralisme, il faut s’enquérir de la genèse de cette liberté libérale et pour cela chercher à comprendre en réaction à quoi et dans quel contexte elle est apparue. S’émanciper de la vérité Le libéralisme est né de la décomposition de la chrétienté. Seule la compréhension des problèmes théologiques auxquels le libéralisme prétend être une solution permettra donc d’appréhender celui-ci. La liberté chrétienne est fondée sur l’accueil de la vérité : « La vérité vous rendra libres », dit Jésus (Jean 8, 32). Cette vérité est mesurée ultimement par Dieu, Créateur de l’ordre naturel et humain, accessible à la droite raison, et elle est révélée par le Christ, venu apporter le vrai bien aux hommes : le salut. Le salut et la vérité sont communiqués par l’Église fondée sur l’autorité même du Christ qui répand sa vie même par l’ordre sacramentel. L’Église est donc la médiatrice du salut et la liberté est le fruit de la libération du péché apportée par le Christ. La grâce divine permet à la liberté de se déployer en s’ordonnant au vrai bien humain, ordination fondée sur l’obéissance à la loi naturelle et divine dont la mesure prochaine est l’Église. Le libéralisme est né de la contestation de cette médiation ecclésiale et ce sur deux fronts, religieux et politique, les deux profondément intriqués. Que ce soit dans la polémique entre l’empereur et le pape au XIVe siècle, dans laquelle le franciscain Guillaume d’Occam développe une doctrine atomisant la respublica christiana (le nominalisme) ; que ce soit au XVIe siècle dans les écrits de Machiavel critiquant l’ingérence du christianisme dans la vie des cités ; ou encore, bien sûr, dans ceux de Luther qui enracine le salut dans la certitude de la foi – c’est-à-dire dans la subjectivité à laquelle Dieu est présent sans la médiation objective de la hiérarchie sacramentelle – c’est massivement que l’Église comme médiatrice du vrai bien et à ce titre rectrice de la liberté est rejetée. Cette contestation bénéficie à ce qui est en train de devenir, par ce mouvement même, l’État souverain. Celui-ci s’affirme ainsi le vecteur central de ce nouveau monde humain libéré de la tutelle ecclésiastique quant à la vérité sur le bien ultime. Que ce soit chez Bodin ou ensuite chez Hobbes, la notion moderne de souveraineté est un levier permettant au pouvoir politique de s’émanciper de toute autorité spirituelle, antérieure et supérieure à lui. La volonté des légistes royaux d’établir une monarchie se prétendant de droit divin est ainsi le moyen le plus efficace de refuser de dépendre du droit ecclésiastique. C’est paradoxalement dans le devenir de ce concept de souveraineté que la liberté libérale va se constituer. L’État et l'individu Désarrimée de son assise théologique et ontologique, la liberté humaine va se structurer dans la division entre deux pôles rivaux, c’est-à-dire opposés et complémentaires : l’État et l’individu. Ainsi à la souveraineté de l’État chez Hobbes va répondre la souveraineté de l’individu propriétaire de lui-même chez Locke. (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
[ MUSIQUE ] Balthazar : Dandysme et FLAMANDS noirs
Qui a dit que la pop belge se résumait à l’insipide Stromae ? Effectivement, on peut venir de l’ancienne cité industrielle de Courtrai et produire un rock racé, groovy et envoûtant, comme le démontrent les Flamands de Balthazar. Leur nouvel album, Fever (Pias), a la saveur d’une bière belge de caractère et se consomme sans modération. Courtrai serait-il devenu le Manchester du plat pays ? À l’écoute du dernier opus de Balthazar, il est plus que jamais permis de le penser. Depuis sa création en 2004, le groupe flamand né d’une rencontre dans la rue entre trois lycéens a su faire la démonstration de son talent en se démarquant du reste de la production belge par des mélodies lancinantes et mélancoliques et un sérieux sens du groove. Dès les débuts, les Belges se font remarquer par la critique musicale, ce qui vaut à leur premier disque Applause d’être nommé « album de l’année 2010 » aux Music Industry Awards. En quinze ans, Balthazar a suivi un parcours exemplaire, ce qui a même amené ses membres à travailler sous la houlette de Ben Hillier, le producteur de Blur et Depeche Mode. Malgré le départ de la violoniste Patricia Vanneste qui fait aujourd’hui de Balthazar une formation exclusivement masculine, leur musique n’a rien perdu de son glamour légendaire. Révélés par l’album Rats en 2012, les Courtraisiens, toujours menés par le tandem Maarten Devoldere/Jinte Deprez (tous deux chanteurs-guitaristes), ont le groove chevillé au corps et ils le prouvent dès les premières notes de basse de « Fever », le premier titre (éponyme) de l’album. (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.

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