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Jean-Hubert Gailliot : un polar non-euclidien
J’ai demandé à une IA de résumer l’intrigue du nouveau roman de Jean-Hubert Gailliot. C’était il y a quinze jours. Elle mouline toujours. L’histoire se passe dans un monde parallèle à la fois plausible et décalé. Une « grande crise » a eu lieu, de nature inconnue. Détail troublant, cette crise a été précédée d’une épidémie de comportements sexuels bizarres au sein de la population. Nous voici maintenant dans une cité dont les rues portent des noms abstraits : place des Réformes, rue des Apostats, rue des Prophètes, rue de la Sérendipité, etc. Tout commence dans un immense lotissement pavillonnaire, construit sur le site d’une ancienne base militaire. Les habitants d’un pavillon s’inquiètent : leurs voisins d’en face ont disparu. Plus exactement, on ne les a plus vus depuis un moment. Leurs volets n’en continuent pas d’être ouverts et fermés tous les jours, et le courrier relevé dans la boîte. Comme si la maison continuait de vivre toute seule… D’autres bizarreries apparaissent, telles ces erreurs dans les exemplaires d’un vieil annuaire téléphonique de 1997, qui indique des noms de rues imaginaires. De tels mystères, quoique mineurs, perturbent la tranquillité publique. « Nos concitoyens ont parfois l’impression de vivre entourés de fous et de perdre eux-mêmes la raison. » Pour y voir clair, les protagonistes recourent aux services d’une drôle d’agence, « l’Ami universel ». Une sorte de club d’entraide, ou de cabinet d’enquête. À moins que ce soit une officine politique ? [...]
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Césars 2026 : on serre les fesses très fort

Chaque année on se demande comment les emplumés de la funeste bamboche autocongralutoire des Césars va parvenir à faire pire que la précédente. Chaque année, on serre les dents devant le malaise des séquences destinées à arracher des grimaces à un public de manchots calfatés par le fric et la condescendance. Chaque année on est consternés par l’engagement en stuc des stars qui défilent, ronronnantes de ces mièvreries récitatives qu’elles prennent pour des uppercuts. Commençons par le positif : en se plaçant sous le patronage de l’acteur américain Jim Carrey, la cérémonie se dote d’un capital sympathie évident. Et tant pis si la star est défigurée par le bistouri au point qu’on a du mal à la différencier de Mickey Rourke : le trublion des années 90 dégage sur scène, pendant ses remerciements, une mélancolie poignante, rappelant ses origines françaises et le tout dans la langue de Marcel Carné, s’il vous plaît.…

© DR
Les critiques littéraires de février
IRRÉSISTIBLEMA GLOIRE, Florent Oiseau, Gallimard, 176 p., 19€ Le jeune et brillant Florent Oiseau livre déjà son sixième roman avec une formule impeccable : un anti-héros alcoolique et débonnaire dont la première gloire est sa fille Lune, laquelle lui réclame de jouer la fée dans son spectacle scolaire, et la seconde sa femme Alméria, dont […]
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« Cinq Centimètres par seconde » : bluette hivernale
Adaptation d’un dessin animé populaire et carton historique lors de sa sortie au Japon, on était en droit de s’attendre au pire, tant les tropes de l’animation japonaise passent en général assez mal le cap de la prise de vue réelle. Et nos craintes sont confirmées pendant toute la première moitié, avec sa mise en scène décorative qui accumule les vignettes à l’eau de rose, et surtout son héros falot et insupportable, dont on se demande bien comment autant de femmes peuvent lui tourner autour. [...]
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« Is this thing on ? » de Bradley Cooper : guimauve
Prenez Marriage story de Noah Baumbach – l’histoire d’un divorce – supprimez-en la névrose juive new-yorkaise, ajoutez le motif d’une seconde chance sur le versant professionnel, étirez le tout en vous gardant bien de développer les personnages, saupoudrez de feel good, et vous obtenez Is this thing on ? de Bradley Cooper. [...]
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Affaire Camus : Parole à la défense

Nous étions prêts à déménager la bibliothèque complète de Camus ce jour-là, en plein hiver 2019, à la cour d’appel de Paris, quand elle s’apprêtait à juger à fond la question suivante : l’accusation d’antisémitisme était-elle justifiée à l’encontre de Renaud Camus ? Oui, l’œuvre complète : 150 livres et plus encore. Nous l’aurions fait déposer au greffe. Nous ne voulions pas tant montrer que Camus n’avait rien d’un antisémite (nous le savions, comme n’importe quel lecteur) ; nous voulions que la cour d’appel s’en fasse sa propre religion. Nous voulions lui dire : « Voici. Jugez par vous-même l’œuvre de cet homme qui ne cache rien et qui dit tout. » Tandis que nous déposions malgré tout des centaines de pages, l’accusation (incarnée à l’époque par les talents conjugués de M. Yann Moix et de Mme l’Avocat général) n’était pas capable de prouver la moindre chose. Il y avait certes eu « l’affaire Camus » des années 2000, la grande évanouie, n’ayant donné lieu à aucun procès, sinon à des cargaisons de menaces et de rodomontades que l’on aurait pu juger, à près de trente ans de distance, comme idiotes et ridicules si elles n’avaient pas ruiné la vie de Renaud Camus.…

Bus palladium : le mythe renaît en 2026
Le nom était parfait. Quelques mois après l’ouverture, Gainsbourg en parlait déjà dans son single « Qui est in qui est out ». On rêverait d’une pareille publicité. Dans les quartiers chics, on va alors Chez Régine ou Chez Castel. Au Bus Palladium, pas de tenue correcte exigée. On y passe du rock’n’roll anglais et américain, les tubes des yéyés, entre autres. Non loin, les effluves vicieux de la place Blanche diffusent un parfum canaille sur tout le quartier ; et en contre-bas, il y a cette discothèque incontournable, unique. Depuis, les néons du Bus ne guident plus nos pas égarés, nos yeux vitreux et nos appétits de noctambules. En 2022, les portes de ce pénitencier paradisiaque pour âmes damnées se sont fermées. Changeant encore notre beau Paris, mais peut-être pas pour toujours. D’abord, sa résurrection est proche. Ensuite, même si elle rate, il restera toujours quelques souvenirs contre lesquels se lover. J’eus la chance de connaître les derniers soubresauts de cette aventure distordue et décadente : je l’avoue, être nostalgique est une profession de foi. [...]
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« Maigret et le mort amoureux » : une réussite
Adapter Maigret, comme on l’a vu récemment avec l’horrible film de Patrice Leconte (2022), est souvent une façon de se refaire à peu de frais sur le dos du patrimoine. Ou du moins de tenter de se refaire. Les préventions qu’on pouvait légitimement nourrir devant le dernier film de Pascal Bonitzer, produit par l’excellent Saïd Ben Saïd, n’en tombent pas moins à sa vision. Maigret et le mort amoureux s’inspire de Maigret et les vieillards (1960) en transposant l’intrigue au tout début des années 2000. On se love rapidement dans une fiction éprouvée, où l’assassinat d’un vieux diplomate oblige le célèbre commissaire à frayer avec une aristocratie germanopratine dont il saisit mal les usages, à son grand mécontentement. Le plaisir léger qu’on y prend est celui d’un temps révolu qui se donne à voir dans les affrontements à fleurets mouchetés entre suspects et enquêteurs. [...]

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