
Culture




BOMBE EN COULISSE
JOURNAL TOME V, Richard Millet, Les Provinciales, 608 p., 32 €
Le tome V du journal de Richard Millet était sans doute le plus attendu par ses lecteurs parce qu’il couvre les années 2011 à 2019, c’est-à-dire celles de sa chute, de sa résistance et de sa clandestinité. Après les années Gallimard, rapportées dans le volume précédent, l’écrivain triomphe à nouveau comme éditeur en 2011 en décrochant le Goncourt pour L’Art français de la guerre d’Alexis Jenni, avant que le milieu ait sa peau l’année suivante, en 2012, au prétexte de son prétendu éloge d’Anders Breivik, le grand commandeur des lettres se voyant banni sous la pression d’Annie Ernaux et une cohorte de plumitifs pour crime contre la morale de son temps. L’écrivain organise la riposte avec l’éditeur Pierre-Guillaume de Roux puis sous l’égide de Léo Scheer qui lui donne la direction de La Revue Littéraire où une descente magistrale de Maylis de Kerangal lui vaut éviction définitive de chez Gallimard.…



Si la comparaison avec Fabrice Luchini est sans doute facile et doit peut-être gêner l’intéressé, elle n’en est pas moins tentante. Pour ces deux autodidactes passionnés, la mission est autant d’apprendre que de transmettre leur savoir à un public plus large. Par le biais des grands textes du XIXe siècle (de Michelet à Dumas, de Lamartine à Hugo), nous avançons pas à pas dans la folle densité de cinq années révolutionnaires. De la mystification républicaine de la prise de la Bastille en 1789 à la Terreur impitoyable de 1793, Maxime d’Aboville incarne avec une puissance, un lyrisme et un art dramatique majestueux cette période aussi fascinante qu’inquiétante, véritable clé de voûte de notre société moderne. Si le comédien est au service des textes, il n’oublie pas d’ajouter une profondeur singulière à ce spectacle en nous montrant, des débuts euphoriques à la rage aveugle de la fin, que l’exaltation des foules et la tyrannie idéologique ne font pas bon ménage.…

Sur le papier, Ça Arrive a tout d’un projet un peu trop « de son époque ». Une mise en scène minimaliste pour un huis-clos dans un commissariat marseillais, en immersion dans la Brigade des Mœurs où se succèdent, heure après heure, les plaintes pour viol. On craint légitimement le pensum néo-féministe post-#metoo. C’est mal connaître la jeune réalisatrice Sabrina Nouchi, qui ne se reconnaît pas tellement dans cette vague de dolorisme instrumentalisé. Au contraire, grâce à une économie d’effets qui laisse la part belle au jeu des acteurs – ainsi qu’à une écriture ultra précise et rythmée – son film réfute habilement tout manichéisme. Et laisse entrevoir à quel point les policiers sont de vrais travailleurs sociaux, qui passent leur temps à démêler des situations parfois inextricables, des cas-limites ou des situations qui défient la morale. Le jury du festival du polar de Cognac ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisqu’elle vient de remporter le grand prix cinéma.…
L’Incorrect
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