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Province : objet littéraire

1. Définition ?

Un refuge et une Atlantide. Ma province, c’est la source de départ, l’enracinement et l’enchantement. C’est le lieu de la maturation lente des existences qui n’intéressent personne. Le silence, une forme d’ennui, de vieilles fraternités agissantes, un équilibre dans les rapports sociaux, une courtoisie dans les échanges du quotidien, et puis des paysages que l’on pensait inoffensifs, transparents, d’une banalité crasse, sans intérêt. Nous avons eu des mots très durs à l’adolescence. Mea culpa. Mais je ne veux pas l’enjoliver, la muséifier ou la cadenasser dans une « ruralité » obsolète, je raconte une province personnelle, donc forcément un peu universelle.

2. L’ennui ?

 L’ennui est inhérent au bon développement d’un provincial. Il en fait, dès son plus jeune âge, son fidèle allié. Sans ennui, il n’y aurait aucune création possible. L’ennui est générateur de « projets ». J’ai vécu toute ma jeunesse dans les années 1980 loin des centres culturels et des activités ludiques.…

[Cinéma] – La Passion selon Béatrice

Le film a tout de la fausse bonne idée : filmer Béatrice Dalle sur les traces de Pasolini, « l’homme de sa vie », depuis le Frioul, sa région natale, jusqu’aux ruines du village de Matera où furent tournées les scènes les plus marquantes de L’Évangile selon saint Matthieu. On a peur que l’actrice ouvre sa gueule, que le noir et blanc charbonneux ne nous épargne aucune crevasse de son visage ravagé par les excès. Et c’est le cas pendant la première scène… jusqu’à ce que le miracle se produise. La star infatuée se transforme en petite fille silencieuse, bouleversée et bouleversante, toujours au bord des larmes à l’évocation du réalisateur transalpin. Et le périple touristique devient odyssée intérieure, comme si Béatrice Dalle se rappelait peu à peu tout ce qu’elle devait à Pasolini, au Christ et à l’Italie, jusqu’à ce plan final magnifique où elle fait face à une inoubliable actrice de L’Évangile, soixante ans après, comme si le cinéma lui-même se regardait au fond des yeux.…

HAZANAVICIUS: À CÔTÉ DE LA PLAQUE

Adepte de la parodie sous toutes ses formes, apparente (les OSS 117) ou souterraine (Le Redoutable), Michel Hazanavicius est un amateur de coups dont le plus rentable reste The Artist, son film muet Garbit (« C’est bon comme là-bas, dis! ») récompensé par cinq Oscars. D’essence publicitaire, son cinéma vend toujours quelque chose, a minima l’hommage aux Grands Anciens qu’il révère, sa maestria ou son humour Canal +. Adaptation d’un livre de Jean-Claude Grumberg, par ailleurs ami de ses parents, La Plus précieuse des marchandises le porte là où on ne l’attendait pas, à la réalisation d’un dessin animé « sérieux » sur la Shoah. Bien sûr, notre mauvais esprit a déjà en tête son public captif: les classes entières des milliers de collèges et lycées français qui n’auront pas toutes le budget pour faire le voyage à Auschwitz.

ANIMATION ARTHRITIQUE ET MÉTAPHORES FOIREUSES

Le film d’Hazanavicius offre un succédané spectaculaire plutôt acceptable avec sa séparation conte/documentaire et ses tropes lanzmanniens (comment figurer l’Holocauste?).…

Portrait : Gérald Sibleyras- Boulevard des Possibles

On peut tout raconter avec une comédie. À condition d’allier rythme et talent. Avec sa dernière pièce, Gérald Sibleyras s’est attaqué à un sujet carrément vertigineux : le multivers. L’infinité des possibles, régie par un hasard cruel – ou par un Dieu logisticien, c’est au choix. Le multivers, on le sait depuis quelques années, c’est la marotte d’un certain cinéma hollywoodien qui s’en sert éhontément pour dissimuler son manque d’inspiration. En effet, si tous les uni- vers coexistent, alors tout est possible, y compris le scénario le plus médiocre… Pour le dramaturge Gérald Sibleyras au contraire, le multivers est surtout la preuve de l’excellence du vaudeville. Dans Mon Jour de chance, coécrite avec Patrick Haudecœur et avec dans le premier rôle Guillaume de Tonquedec, la comédie de boulevard est littéralement motorisée par cet argument tout droit sorti d’un épisode de Sliders. Et transcendée. Finalement, l’art comique n’a jamais été que ça : une science du possible.…

Abel Quentin – Regarde le monde tomber

Le succès de votre précédent roman, Le Voyant d’Étampes, a-t-il eu une influence sur la création de ce livre ? Vous a-t-il conforté dans une voie satirique ?

Sans doute qu’il m’a encouragé à continuer de creuser mon sillon: un sillon très politique, avec un ton urticant. Dans vos deux derniers romans, vous traitez les idéologies contemporaines comme des religions… Derrière une opinion, il y a, bien sûr, des soubassements irrationnels. Par exemple, que ce soit dans Le Voyant d’Étampes ou dans ce livre-là, je me suis intéressé au dogmatisme. Le dogmatisme peut conduire à des états de dissonance cognitive, où l’individu s’arc-boute à des idées qui sont invalidées, de façon incontestable, par les faits. Dans ce livre-là, le dogmatisme, c’est surtout celui de la croissance. La volonté de poursuivre, coûte que coûte, la croissance économique, ne se présente pas comme une opinion, d’ailleurs, mais comme le postulat de toute pensée politique.…

Éditorial de Romaric Sangars : Logiques rivales

Le Centre Pompidou célèbre le surréalisme, cent ans après le manifeste signé par Breton, ce qui peut paraître paradoxal. Je ne vais pas faire le procès de l’institutionnalisation des rebelles, qui est benêt : depuis la Révolution française, la plupart des artistes ont été des marginaux fomentant des contre-feux au règne du matérialisme ; leur panthéonisation ultérieure, eh bien, c’est la mauvaise conscience de ce monde essayant de se racheter comme il peut tout en faisant payer l’entrée.

Le musée est l’église du post-chrétien éduqué, il y pénètre pour s’arracher au trafic du monde commun et tente de s’y dilater l’âme en adorant les œuvres et installations de ces prophètes autostylés que sont les artistes contemporains. Souvent il se repent longuement des péchés de la société marchande ou des inégalités systémiques par le choc mou et prévisible d’une provocation à la papa. Se sentant justifié, il déglutira mieux son bo bun du soir.…

Musique country : un spectre hante la pop

On aura tout vu, tout subi. Durant ces dernières décennies, tout y sera passé. Dès le début de l’effondrement post-moderniste, la mode rétro se lance. Les hippies farfouillent dans les friperies à la recherche de fringues 1900 ; Yves Saint-Laurent lance en 1971 la collection « Libération » ou « Quarante », avec ses robes courtes, ses semelles compensées, ses épaules carrées et son maquillage appuyé qui se retrouveront dans la rue et donneront son ampleur au mouvement rétro. Évidemment, on pourrait remonter plus loin. Les Révolutionnaires de 1793 faisaient en quelque sorte leur revival de l’Antiquité grecque. Leurs femmes aussi : on pense aux tuniques blanches, mêlées de longs rubans de couleur, que portait Madame Tallien. Une partie de la génération des millenials s’est aussi réapproprié certains codes vestimentaires des années 60 : nous cherchions donc, au début des années 2000, des foulards aux motifs paisley, cachemire ou persan ; nous retrouvions les pantalons cigarettes avant de réinventer le jean slim ; nous récupérions pêle-mêle, les Converse des Ramones de 1976 grâce aux Strokes, autant que les Chelsea Boots en daim que tout le monde, de Picadilly aux Champs-Élysées de 1966 connaissait.…

Sorties musique : Critiques du pire et du meilleur

LIFTING PARFAIT : GIRLS, The Dare Republic Records, division of UMG Recordings, Inc., plateformes.

On parle souvent des albums trop longs : j’ai choisi cette fois une chanson presque trop courte. Trop courte comme une soirée qu’on ne veut pas quitter, trop court comme un shot de ton alcool préféré, trop court comme un titre qu’on adore mais qui ne dure que 1 minute 59. The Dare réinvente l’electroclash hédoniste qui était celui des clubs new-yorkais de 2004. On pense forcément à LCD Soundsystem. On pense à d’autres choses. Et puis l’on oublie tout tant on a l’impression d’avoir le tournis après avoir écouté cette chanson qui nous gifle salement. Bizarrement, on la remet. Et encore, et encore. Le reste de l’album n’est jamais si efficace, mais pas à ignorer non plus. Avec « Girls », The Dare frappe un grand coup dans une scène indie qui avait oublié de danser sur autre chose que des hymnes cultes et dépassés.…

L’Incorrect

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