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« Jouer avec le feu » : nazibao
Lorraine année zéro : un cheminot veuf et papa-poule veille sur ses deux poussins étudiants, le manuel et l’intello. Mais l’aîné a de mauvaises fréquentations fachos et l’irréparable pointe le bout du nez. On n’en peut plus de ces banlieues ouvrières à la dérive traitées en cinoche MTV (L’Amour ouf), en mythe boursouflé (Leurs Enfants après eux) ou esthétisées avec narratif NFP (Jouer avec le feu). Delphine et Muriel Coulon ne filment que des clichés avec un sérieux de papesses (cf. l’usine désaffectée où un demi-monde de nazillons assiste à des combats de MMA la bave aux lèvres). [...]
Le retour de Jean Dutourd : entretien avec Max Bergez

Comment en êtes-vous arrivé à rééditer des livres de Dutourd ?

J’ai découvert Jean Dutourd à quinze ans, un peu par hasard, à la bibliothèque municipale. Un de ses livres figurait sur le présentoir des nouveautés, je l’ai emprunté sans rien savoir de l’auteur et je l’ai dévoré. J’ai tout de suite été sensible à l’ironie de Dutourd, à sa drôlerie, à sa liberté d’esprit. Mis en appétit, j’ai naturellement continué à lire Dutourd, toujours sans préjugé, et j’ai petit à petit avalé toute son œuvre riche d’une bonne soixantaine d’ouvrages. Je ne me suis d’ailleurs pas contenté de le lire et relire : j’ai entrepris, pour le plaisir, des recherches sur son œuvre et sur sa vie. Et voilà qu’un beau jour, fin 2017, je rencontre Dominique Gaultier, le patron-fondateur du Dilettante, dans sa librairie de la place de l’Odéon. Sachant qu’il aime bien Dutourd, je lui suggère de rééditer Les Dupes, recueil de contes philosophiques paru en 1959 chez Gallimard.…

Sélectron : les chefs d’œuvre de David Lynch

1 – Inland Empire

On vous entend déjà hurler : comment, Inland Empire en premier ? Certes, c’est le film le plus ouvertement cryptique du réalisateur. Oui, il est filmé entièrement en vidéo, ce qui lui donne parfois l’aspect d’un film de vacances particulièrement dérangeant. Oui, c’est une redite de toutes les névroses de Lynch : l’adultère comme épitomé du Mal, l’actrice cannibalisée par son image, la collusion des mondes parallèles… pourtant, c’est aussi le Lynch le plus inépuisable, tant il recèle de chausses-trapes, de citations fatales, de « contre-mondes ». C’est aussi l’un des films les plus angoissants jamais faits sur le pouvoir néfaste du cinéma – voire cet époustouflant plan à la grue qui isole Laura Dern sur un trottoir d’Hollywood Boulevard, complètement perdue et incapable de savoir si elle appartient ou non à la fiction. Un chef d’œuvre absolu qui se finit en hommage bouleversant à l’imaginaire, sur fond du Sinnerman de Nina Simone.…

David Lynch : L’homme entre les mondes

Steven Spielberg lui avait donné en 2022, dans The Fabelmans, un de ses rares rôle en tant qu’acteur : dans un épilogue sidérant, on y voyait Lynch tenir le rôle de John Ford et donner quelques laconiques – mais inoubliables – conseils de mise en scène au héros sur le point de commencer sa carrière de réalisateur. Ford et Lynch : il fallait bien le génie de Spielberg pour faire le lien entre ces deux monstres que tout oppose en apparence. Pourtant, les deux hommes ont à leur manière alimenté une certaine légende de l’Amérique avec une œuvre à la fois et exigeante et… populaire. Car si Lynch s’était taillé une solide réputation de cinéaste avant-gardiste, volontiers cryptique, sa matière première reste d’une simplicité confondante et il n’aura de cesse, film après film, de tenter d’élucider un seul mystère : cette Amérique des années 50 qu’il a connu enfant et qui est la matrice fantasmatique d’à peu près tout le cinéma américain jusqu’à aujourd’hui.…

« Mauvais Élève » de Philippe Vilain : trop scolaire
De mauvais élève incapable de lire, fils de prolo inscrit au lycée professionnel, versant parfois dans la petite délinquance et devant raccompagner jusqu’à son lit son père alcoolique, Philippe Vilain est devenu en moins d’une décennie doctorant et écrivain publié par Gallimard. Mauvais élève est l’histoire de cette métamorphose qui s’accomplira également par une relation amoureuse déterminante avec Annie Ernaux, quoique fondée « sur un rapport de domination » note Vilain, vu que le futur prix Nobel est déjà un écrivain célèbre et a trente ans de plus que lui. C’est évidemment cocasse, quoique prévisible, de découvrir la passionaria vengeresse du prolétariat et soutien d’Arlette Laguiller dans la sphère publique, en dominante intime baignant dans le luxe et les mondanités en privé. Mais le récit n’est pas un règlement de comptes tardif entre bourdieusiens, ou pas que, il se veut surtout une généalogie scrupuleuse de cette «trajectoire improbable» en termes sociologiques dont le résultat laisse bien dubitatif. [...]
Jérôme Leroy : « La forme brève, c’est une forme de politesse poétique »

Ce livre est-il né d’un dessein d’ensemble ou du hasard ?

Non, il n’y a pas de hasard, une providence peut-être. En fait, je n’aime pas parler de moi. Les seules fois où cela arrive, ce sont les petites proses d’Un Effondrement qui vont de la notation sur quelques manières de l’époque à des souvenirs d’enfance, de jeunesse, de voyage. L’ensemble, il faudrait le lire comme un récit plutôt que comme un recueil.

Y a-t-il un mot pour désigner le genre dont relève ce livre ? Aviez-vous des références en tête ?

Un autoportrait en mouvement, ce que j’ai aimé chez le trop peu connu Frédéric Berthet (Paris-Berry) et parfois chez Brautigan (Mémoires sauvés du vent).

Prêtez-vous des vertus particulières à la forme brève ?

Tous les romans ou presque sont trop longs, aujourd’hui. La forme brève, c’est une forme de politesse poétique.…

« Dune : Prophecy » : échec sidéral
Le remake de Denis Villeneuve avait déjà entamé ce qu’il faut bien appeler une « sérialisation » de l’œuvre de Frank Herbert, sérialisation entérinée par cette préquelle annoncée en grande pompe sur la chaîne HBO, sous forme d’une mini-série de six épisodes. Il faut dire que l’univers de Dune, d’une richesse presque jamais égalée en science-fiction, se prête bien en apparence à une forme feuilletonnée, avec ses dynasties princières et ses intrigues de cour. Dune : Prophecy s’intéresse plus particulièrement aux Bene Gesserit, cette société secrète composée exclusivement de femmes aux pouvoirs mentaux exceptionnels et qui trament une sorte de vaste complot cosmique sur plusieurs générations. [...]
Frédéric Beigbeder : à la recherche du père inconnu
La recherche du père inconnu, c’est le thème du beau Sarabandes X de Corentin Durand qui sort également en cette rentrée (cf. critiques livres de ce numéro), c’était aussi celui de Cœur, l’un des grands livres de la rentrée de septembre (et prix Interallié), signé Thibault de Montaigu, un sujet dans l’air du temps, si l’on veut, et même si ces écrivains, pour Montaigu et Beigbeder, n’ont pas choisi la date de décès de leur père, évidemment, qui déclencha l’écriture de leurs livres. Il est néanmoins frappant qu’après une décennie à cultiver la haine du patriarcat tout à trac, le père redevienne un personnage central de la littérature contemporaine. Oh, certes, pas sous forme régnante, grandiose, impériale, non… On nous montre plutôt des pères défaillants, quasi absents dans le cas de Beigbeder, mystérieux, flamboyants et paternellement inconséquents. La figure anciennement terrible, autoritaire, saturnienne, parfois, est devenue une figure troublée, elliptique, insaisissable. Le patriarcat est sans doute mort en 1793, comme le pensait Balzac à rebours des néo-féministes, avec le sacrifice du père de la nation, et après sa perpétuation dans quelques familles, il s’est dissipé pleinement au moment où fut sonnée l’heure de jouir sans entraves. Depuis, le père est en général porté disparu. [...]

L’Incorrect

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