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Oso oso : petite musique de vie

Comment diriez-vous que ce nouvel album marque une amélioration par rapport à votre discographie ?

J’aime à penser que ce nouvel album mêle l’ensemble des caractéristiques musicales et lyriques des précédents albums du groupe, regroupées cette fois en un seul album qui peut résumer toute notre discographie.

L’album semble se concentrer sur les souvenirs, qu’ils soient heureux, doux-amers ou remplis de regrets. Quelle est votre relation avec le passé ?

J’ai une bonne relation à mon passé. La plupart du temps, je regarde mon passé avec plus de tendresse qu’au moment où j’ai vécu ces moments. À l’exception des moments vraiment gênants, qui me font être après-coup toujours très mal-à-l’aise.

Comment le compositeur que vous êtes aujourd’hui se compare-t-il à celui que vous étiez lors de la sortie de votre premier album ?

En tant que personne, je suis très différent et marqué par une véritable évolution. En tant que compositeur, en revanche, je crains de ne pas avoir souhaité révolutionner ma manière de faire de la musique.…

Emmanuel Godo : Dante comme axe

Nos lecteurs connaissent déjà Emmanuel Godo pour sa biographie monumentale de Maurice Barrès publiée en 2023 (nous l’avions interviewé à cette occasion), peut-être pour ses essais sur Bloy ou Claudel, ou même pour ses poèmes publiés chez Gallimard (son dernier recueil, Les Égarées de Noël, a reçu cette année le prix Paul-Verlaine). Il nous livre en cette rentrée un livre sur la Divine Comédie tout à fait saisissant, et alors même que les publications sur Dante se sont multipliées ces dernières années, ce dont on ne peut que se féliciter. Mais quel serait l’avantage de l’ouvrage de notre poète-essayiste se frayant une route dans une forêt de travaux universitaires, techniques, historiques, ésotériques, même, et alors que sa démarche peut dérouter par sa simplicité : lire et commenter le chef-d’œuvre du Florentin avec sa fille pour lui en traduire le panorama spirituel déployé il y a sept cents ans ?

Une trajectoire sacrée

C’est justement en se concentrant sur l’essentiel, sur le cœur du poème de Dante, qu’avec une extraordinaire pédagogie, Godo s’en fait l’introducteur idéal pour notre époque.…

Les critiques littéraires d’octobre

UNE RENCONTRE MYTHIQUE : ÉCHEC ET MAT AU PARADIS, Sébastien Lapaque, Actes Sud, 336 p., 22,50 €

Il fallait mobiliser toutes les facettes d’une connaissance intime du Brésil pour parvenir à romancer les conditions dans lesquelles Stefan Zweig se suicida le 23 février 1942 en compagnie de Lotte, sa seconde épouse. L’écrivain autrichien venait de terminer la rédaction du Joueur d’échecs. Le point de départ de la quête de Sébastien Lapaque, c’est la rencontre un mois auparavant de Zweig avec Georges Bernanos qui est alors une des voix de la France libre. Il reconstitue pour nous le dialogue entre un « juif humaniste, sceptique et démocrate, et le catholique errant, gardien de l’homme égaré au siècle des machines ». Cette mise en perspective théâtrale relève évidemment de la pure fiction puisque personne ne sait ce qu’ils se sont effectivement dit lors de cette rencontre. Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser Stefan Zweig à se suicider ?…

Juré n°2 : La justice aux deux visages

C’est une triste nouvelle qui devait fatalement tomber un jour : le grand Clint arrête le cinéma. Il faut dire que le bougre comptabilise presque 70 ans de carrière (!) depuis sa première figuration dans un long-métrage en 1955… et qu’il a mis en boîte pas moins de 40 films, dont une poignée de chefs d’œuvre qui auront marqué durablement l’imaginaire collectif et l’histoire du cinéma américain. Plus qu’un monument, Eastwood est une légende vivante : il incarne à lui tout seul un certain classicisme du cinéma américain qui résiste au temps, seul détenteur possible d’un « John Ford Seal of Approval » (c’est-à-dire l’assentiment posthume du maître).

On attendait donc ce Jury n°2 de pied ferme, mais avec une légère appréhension : vieillesse oblige, le réalisateur a montré quelques signes de faiblesse ces dernières années. À quoi ressemblerait donc l’ultime film de sa carrière ? Pas la peine de faire durer le suspense : Juré n°2 n’est pas le brûlot testamentaire qu’on était en droit d’attendre de la part du maître.…

Barral/Pessoa : mélancolies d’un orphelin

Pessoa est entré en littérature comme certains entrent en religion : avec soulagement et fanatisme. L’idée de vivre des vies rêvées et de les offrir au lecteur par le biais de personnages imaginaires confiant à Pessoa lui-même leurs manuscrits, l’enchante. Mélancolique, mystique, ésotériste, alcoolique, Pessoa réussit merveilleusement bien à rater sa vie réelle (« mieux valait pour moi écrire que de risquer de vivre »), qu’il s’agisse de son métier de rédacteur commercial ou de sa « carrière » littéraire. Il ratera malheureusement sa mort, puisqu’il est devenu célébrissime. Nicolas Barral a dessiné une très belle évocation du personnage, en imaginant l’enquête d’un journaliste chargé de rédiger la nécrologie de Pessoa avant même qu’il ne meure : parfait prétexte pour d’une part insérer des flash-back biographiques, d’autre part montrer les derniers jours de Pessoa déambulant dans Lisbonne (merveilleux paysages urbains), rêvant à ses doubles (ses hétéronymes) et ressassant ses blessures de jeune orphelin exilé en Afrique du Sud, de jeune éditeur ruiné, etc.…

Benjamin Bernheim : la revanche du ténor

Longtemps, les ténors ont boudé la mélodie française. À l’exception de quelques barytons, c’est une cohorte de voix féminines qui, depuis toujours, entretient le feu sacré du genre. Il fallait un artiste d’exception, à la voix somptueuse et à la rigueur implacable, pour combler ce vide discographique. Entre le lyrisme de Berlioz (Les Nuits d’été) et le spleen de Chausson (Poème de l’amour et de la mer), en passant par la sensualité de Duparc (Invitation au voyage, Phidylé…), Benjamin Bernheim éclaire ces perles d’une lumière inédite. Troquant l’opulence de la scène pour l’intimité du salon, le ténor franco-suisse parvient à ciseler les moindres nuances sans affectation ni pathos, trouvant le ton juste sans effort apparent. Le sens du récit va de pair avec le naturel de l’expression.

Et si la voix se détache de l’accompagnement davantage que dans les versions avec orchestre, c’est au profit d’un dialogue polarisé, souvent tendu, avec le piano, admirablement joué par Carrie-Ann Matheson (à laquelle on doit aussi ces nouvelles transcriptions).…

Fontaines D.C. : meilleur groupe de l’univers

C’est d’abord comme un générique de film d’horreur qui apparait dans nos oreilles. Bienvenue dans Romance, le quatrième album de Fontaines D.C. Les garçons du groupe ne cachent pas l’influence que le cinéma a eue sur leurs derniers titres. Grian Chatten, le chanteur, souhaite même composer la musique d’un film. En attendant, il faut porter bien haut la couronne de meilleur groupe de l’univers. En 1991, c’était Nirvana ; en 1994, Oasis ; en 1997, Radiohead ; en 2001, The Strokes ; puis les Arctic Monkeys. Désormais, les princes ce sont eux : ces étranges Irlandais de Fontaines D.C. Plus étranges que jamais. Pour Romance, ils ont changé leur garde-robe, leurs coiffures, et bien sûr, leur musique. Celle-ci s’est métamorphosée en quelque chose de plus industriel, de plus futuriste, de plus magique (« On a voulu créer un réalisme magique » disent-ils), sans oublier de rester organique et vivante.…

Philibert Humm : Dérailler : méthode

Vous évoquez au début de Roman de gare, le succès de Roman fleuve, prix Interallié. Racontez-nous cette histoire intermédiaire entre les deux romans.

Le succès de Roman fleuve m’a complètement dépassé. Ce n’est pas de la fausse modestie : je n’étais pressé par rien, surtout pas par mon éditeur et j’ai écrit ce livre en pensant faire marrer les copains et deux cents types autour. Il s’est d’ailleurs très peu vendu durant les premiers mois, et quant à moi, le contraire m’eût étonné. Et puis soudain, il s’en est vendu des brouettes ! Aujourd’hui encore, je suis assez incrédule. S’il y a mille raisons pour expliquer un insuccès, un succès demeure toujours mystérieux. Fort de ce succès, je n’ai, en tout cas, plus foutu grand-chose. Et puis je me suis dit qu’il fallait que je tente de renouveler l’exploit et me suis donc mis en route durant l’été 2023, partant sur le rail avec l’ami Simon.…

L’Incorrect

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